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La liste d’attente des victimes d’agression sexuelle s’allonge

Un organisme de la Rive-Sud de Montréal manque de ressources pour les aider

La Traversée agression sexuelle
Photo Prisca Benoit Stéphanie Turcotte, Julie Beaupré, Marie-Josée Laflamme, Catherine Raty, Nadège Stephen et David Toubiana travaillent à l’organisme La Traversée, à Saint-Lambert. Ils aimeraient avoir plus d’argent pour aider les victimes d’agression sexuelle.

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Un organisme de soutien aux victimes d’agression sexuelle, déjà débordé, reçoit de plus en plus de demandes depuis la vague mondiale de dénonciations, sans que ses ressources augmentent.

« On est à 18 mois d’attente chez les femmes et à 10 mois chez les enfants », se désole le directeur général de La Traversée à Saint-Lambert, L. Philippe Angers.

L’organisme permet à des victimes de suivre gratuitement une psychothérapie avec un professionnel. Elles passent environ un an avec l’un des six psychothérapeutes.

« Si on pouvait soutenir les victimes plus rapidement, on éviterait la détérioration de la santé mentale », croit la responsable des services psychologiques de l’organisme, Stéphanie Turcotte.

La Traversée a reçu 27 000 $ du million accordé par Québec aux organismes communautaires en octobre dernier après les affaires de Harvey Weinstein, au États-Unis, Gilbert Rozon et compagnie. Même si elle est bien accueillie, l’aide reste insuffisante, selon la psychologue.

« Avec cette somme, je peux engager un psychologue à 10 heures par semaine pendant un an. Qui va vouloir d’un tel horaire ? Ça nous permet de rencontrer seulement six femmes de plus pour un an », soutient Mme Turcotte.

Liste d’attente

Pour l’instant, 75 femmes sont toujours sur la liste d’attente. L’organisme n’a pas voulu dévoiler la liste d’attente pour les enfants et adolescents. Depuis les premières dénonciations il y a près de deux mois, La Traversée reçoit chaque semaine de cinq à sept nouvelles demandes.

« On sent que c’est soutenu d’une semaine à l’autre. Si ça se maintient comme ça pendant 52 semaines, on aura trois fois plus de demandes que l’an passé », calcule Mme Turcotte.

La situation s’apparente au mouvement « Agression non dénoncée » en 2014, remarque-t-elle, alors que la Traversée avait aussi vécu une vague de demandes supplémentaires. L’organisme reçoit aussi beaucoup plus d’appels pour des conseils et des questions.

« C’est directement lié à la vague de dénonciations, est convaincue Mme Turcotte. On essaie de les aider du mieux qu’on peut, même si on n’est pas un centre d’écoute. »

Besoin de 400 000 $

Le directeur général cherche à amasser 400 000 $ pour que l’organisme réponde convenablement à la demande. Avec cette somme, il pourrait engager quatre employés supplémentaires.

Même si le mouvement de dénonciation en est un de libération, certaines victimes trouvent difficile de constater chaque semaine des nouveaux cas d’agression sexuelle, estime Mme Turcotte.

« On entend beaucoup parler du bénéfice, mais peu des crises que ça suscite. Certaines nous disent qu’elles sont carrément écœurées d’en entendre parler, comme si ça avait l’effet de réactiver leurs propres blessures. »