/news/currentevents
Navigation

La venue d’un civil à la tête du SPVM fait débat

D’anciens chefs de police préviennent que son acceptation serait difficile

Martin Prud’homme
Photo Chantal Poirier Martin Prud’homme

Coup d'oeil sur cet article

Le réel changement de culture au SPVM passera par la venue d’un civil à la tête du corps policier, croient des élus, mais celui-ci pourrait ne jamais se faire accepter en raison des guerres de clans.

Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, et la mairesse de Montréal, Valérie Plante, ont annoncé mercredi la suspension avec solde du chef de police Philippe Pichet. Celui-ci sera remplacé durant la prochaine année par le directeur général de la Sûreté du Québec (SQ) Martin Prud’homme. Le poste à la tête du SPVM sera ensuite ouvert.

« Suite aux constats du rapport Bouchard (voir autre texte), c’est une évidence que le prochain chef de police ne peut pas venir de l’interne, estime le chef de l’opposition à Montréal, Lionel Perez. On veut éviter les enjeux de rivalité des clans, c’est donc préférable que le chef soit un civil pour faire le ménage et changer la culture. »

Le député péquiste Pascal Bérubé et Amir Khadir de Québec solidaire ont aussi soutenu hier que le chef du SPVM devra être un civil, une idée que n’écarte pas la Ville de Montréal.

« Oui, un civil généralement n’appartiendrait pas à ces clans, mais n’aurait peut-être pas l’expertise en gestion policière », répond Alex Norris, président de la Commission de la sécurité publique et élu de Projet Montréal.

Peu d’acceptation

« Ce n’est pas normal de voir quelqu’un de l’extérieur dans une organisation policière. Il n’est accepté que dans des situations exceptionnelles », avance Florent Gagné qui avait lui-même été nommé en tant que civil à la tête de la SQ en 1998, dans un contexte similaire.

Aujourd’hui consultant en politiques publiques, M. Gagné est entré à la SQ tout juste après la publication du rapport Poitras. Le document avait étudié les méthodes d’enquête du corps de police de 4000 membres et incitait la SQ à revoir complètement ses pratiques.

« Ça m’a pris au moins 10 mois avant d’être accepté à l’interne. On m’a fait passer un test de crédibilité, on m’a demandé si j’avais déjà fait de la patrouille, si j’avais déjà arrêté quelqu’un », se rappelle-t-il.

Pour que ses réformes soient acceptées, il aura fallu qu’il s’entoure des « éléments les plus sains de l’organisation ».

Mais il admet que d’autres personnes pourraient ne jamais gagner leur pari dans une organisation policière.

Appartenance

« Florent a été un très bon administrateur, mais quelque chose lui manquait : il n’était pas des leurs. Ça crée un fossé énorme, comme un mur de Berlin », explique Jean-Pierre Gariépy, qui a côtoyé M. Gagné après être devenu chef de la police de Laval en 1997, à la suite de 25 années à la SQ.

« En arrivant à Laval, j’ai eu un ressac, se souvient lui-même M. Gariépy. L’acceptation syndicale est difficile. Heureusement, mon père avait travaillé dans le milieu municipal, donc ça a permis de briser la glace », se rappelle-t-il.

M. Gariépy estime que de nommer un civil à la tête du SPVM serait une bien mauvaise idée et ne ferait pas avancer l’organisation.

« Les policiers voient ça comme une punition pour l’organisation, ils vivent dans l’espoir d’avoir un directeur issu de leur organisation, qui a vécu les mêmes choses qu’eux. C’est une question de fierté et d’appartenance. »