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Expulser les Haïtiens coûtera cher aux États-Unis

Donald Trump montre la porte à des travailleurs diplômés qui contribuent grandement à l’économie

Près de 10 000 migrants ont traversé la frontière de manière irrégulière cet été en passant par le rang Roxham à Saint-Bernard-de-Lacolle, en Montérégie.
Photo d’archives Benoît Philie Près de 10 000 migrants ont traversé la frontière de manière irrégulière cet été en passant par le rang Roxham à Saint-Bernard-de-Lacolle, en Montérégie.

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Les quelque 50 000 Haïtiens menacés d’expulsion par l’administration Trump sont pour la plupart des travailleurs diplômés, parfois même propriétaires et parents d’enfants américains, dont le départ risque de porter un dur coup économique aux États-Unis.

Washington a récemment abrogé le Statut de protection temporaire (TPS) accordé aux Haïtiens, un permis de séjour temporaire dont certains bénéficient depuis plus de 20 ans et qui ne leur permet pas d’obtenir un statut permanent.

Comme eux, les Salvadoriens et les Honduriens sont menacés d’expulsion, Washington estimant que leurs pays d’origine sont désormais assez sûrs pour qu’ils retournent chez eux.

Or, ces trois communautés totalisent plus de 300 000 personnes profondément enracinées dans leur pays d’accueil.

Payeurs de taxes

Ce sont « des migrants productifs, payeurs de taxes et respectueux de la loi », indique le Center for Migration Studies de New York, puisque leur statut leur interdit un quelconque écart légal.

Le centre de recherche souligne que les Haïtiens sont les plus diplômés des trois communautés et parlent pour la plupart parfaitement l’anglais, ce qui en fait des travailleurs prisés des entreprises.

Le Center for Migration Studies a publié en août un portrait statistique des Haïtiens, Salvadoriens et Honduriens bénéficiaires d’un TPS.

Un trou de 164 milliards $

Ce portrait indique que plus de la moitié de ces migrants ont des enfants nés en sol américain, plus de 80 % travaillent, 30 % ont une hypothèque et 11 % ont créé leur propre entreprise.

Si tous s’en allaient, « les États-Unis perdraient 164 milliards de dollars en produit intérieur brut au cours de la prochaine décennie », calcule le Center for American Progress.

Du côté canadien, le député Emmanuel Dubourg, d’origine haïtienne, a été dépêché à New York il y a quelques semaines pour contrer une nouvelle vague d’immigration comme celle de l’été dernier.

À ceux qui pensent suivre les traces des quelque 10 000 demandeurs d’asile qui ont traversé illégalement la frontière depuis cet été, M.Dubourg rappelle que « seulement 10 % des demandeurs sont acceptés ».

Il souligne que les demandeurs rejetés risquent la déportation vers Haïti bien avant juillet 2019, la date que leur a donnée l’organisation Trump pour quitter les États-Unis.

Combien sont-ils ?

  • 50 000 Haïtiens
  • 47 400 ont 16 ans et plus
  • 78 % ont 25 ans ou plus
  • 27 100 foyers

Quel rôle économique jouent-ils ?

  • 81 % travaillent (contre 63 % des Américains)
  • 81 % vivent au-dessus du seuil de la pauvreté
  • 57 % ont une assurance maladie
  • 10 % sont sans emploi
  • 4 % ont créé leur propre entreprise
  • 23 % ont une hypothèque
  • 45 000 $ : revenu familial moyen (56 000 $ pour un Américain moyen)

Quelle est leur formation ?

  • 96 % parlent un peu l’anglais
  • 75 % parlent bien – à uniquement l’anglais
  • 71 % ont terminé le secondaire
  • 37 % ont fait des études postsecondaires

Où vivent-ils ?

  • Floride: 32 500 
  • New York: 5200
  • New Jersey: 3400
  • Massachusetts: 2700
  • Pennsylvanie: 1400
  • Connecticut: 1200
  • Georgia: 1100
  • Caroline du Nord: 1000