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Six mois après l’incendie meurtrier de la tour Grenfell, l’amertume des survivants

Six mois après l’incendie meurtrier de la tour Grenfell, l’amertume des survivants
Photo AFP

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Six mois après le terrible incendie qui a coûté la vie à 71 personnes, les rescapés de la tour Grenfell, à Londres, sont traumatisés et pleins d’amertume.

« Vous dites que c’est de l’histoire ancienne mais ce n’est pas de l’histoire ancienne, j’ai vécu avec ça tous les jours ces six derniers mois », témoignait, tremblante, une jeune femme lors d’une réunion organisée par les pouvoirs publics mardi.

Sa mère vivait au 23e étage de la tour. Par chance, elle n’était pas chez elle le soir de l’incendie. Mais cette réfugiée d’Érythrée a « perdu son foyer pour la deuxième fois ». « Elle va avoir 67 ans et elle vit dans une chambre d’hôtel depuis six mois”, s’est indignée sa fille, dénonçant le « manque d’empathie” des autorités.

Les habitants de la tour mais aussi d’immeubles situés à son pied ont été évacués le soir de l’incendie. Fin novembre, 208 ménages avaient trouvé un nouveau logement permanent mais 123 autres vivaient toujours dans des hébergements d’urgence, la grande majorité à l’hôtel.

Noël à l’hôtel

À quelques jours des fêtes de fin d’année, « est ce que quelqu’un a pensé à l’impact que ça a pour ceux qui vont fêter Noël avec leurs enfants dans une pièce unique, sans pouvoir cuisiner un repas de Noël ou s’asseoir autour d’une table? » a interrogé Judy Bolton, directrice de l’association Justice4Grenfell, lors de cette réunion publique.

« Qu’avez vous mis en place pour vous assurer que les gens ne se sentent pas isolés, mis à l’écart, ignorés? » a-t-elle demandé.

« La période des fêtes est souvent marquée par un stress, une anxiété et une dépression accrus », a reconnu Mary Weale, responsable des communautés au sein du conseil de Kensington et Chelsea, quartier où se trouve la tour. « Noël approchant, nous devons nous sentir particulièrement concernés par les risques de suicide », a-t-elle dit, il s’agit d’« identifier les personnes à risque ».

La santé psychologique des habitants du quartier est un problème « énorme” et ils auront besoin de soutien « pendant plusieurs années », a-t-elle aussi déclaré.

Mais certains se plaignent de ne pas avoir reçu l’appui espéré.

« Né au 10e étage de cette tour » Ishmael Francis-Murray dit n’avoir bénéficié d’« aucune assistance ». « Mes enfants n’arrivent pas à dormir », a-t-il témoigné, et la tour, dont la carcasse lugubre s’élève vers le ciel, leur rappelle quotidiennement le drame.

Dans le quartier, les rues sont constellées de petits rubans jaunes, peluches et marques d’affection envers les disparus et des mots vengeurs réclament « vérité » et « justice ».

Vassiliki Stavrou-Loraine, 66 ans, qui vit juste en face de la tour Grenfell, « pense chaque jour » à cette nuit tragique du 13 au 14 juin où l’immeuble de 24 étages s’est embrasé. Plus de deux cents personnes ont pu échapper aux flammes mais des dizaines d’autres ont été prises au piège.

Appels à l’aide

« On entendait des enfants hurler, appeler désespérément à l’aide. Puis tout d’un coup leurs voix se sont tues. C’était le pire moment de ma vie », raconte à l’AFP la retraitée. Elle vit depuis 35 ans dans le quartier et connaissait plusieurs victimes.

Outre le traumatisme, Vassiliki Stavrou-Loraine énumère les problèmes physiques causés par les fumées, l’air restant chargé de poussière plusieurs jours après l’incendie: « Bouche sèche », « yeux irrités », « nausée », « maux de tête », « de ventre »..... « Beaucoup de gens se plaignent », assure-t-elle, et “nous ne connaissons pas les effets à long terme sur notre santé”.

La méfiance envers les pouvoirs publics est aussi palpable. Certains pensent que le bilan des morts établi par la police est sous-estimé, évoquant des personnes qui vivaient dans la tour illégalement.

L’enquête publique, conduite par un ancien magistrat, est aussi contestée. Une pétition appelant à l’intervention de la Première ministre pour « restaurer la confiance » dans cette enquête a réuni près de 15.000 signatures, dont celle de la chanteuse Adele.

Jeudi, jour anniversaire du drame, une messe à la cathédrale Saint-Paul, et une marche seront organisées en hommage aux disparus.