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Vers une Égypte nucléaire

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Après bien des rebondissements, la Russie et l’Égypte viennent de signer un accord pour la construction de quatre réacteurs nucléaires à Dabaa, à l’ouest d’Alexandrie.

Officiellement, les réacteurs nucléaires russes serviront à des fins exclusivement pacifiques. Comme les réacteurs de l’Inde. Ou ceux de la Corée du Nord. Ou ceux de l’Iran. Pourquoi en effet l’Égypte, gouvernée par les militaires, voudrait-elle se procurer de l’armement atomique ? Elle qui est blottie si confortablement contre des voisins si pacifiques, comme Israël, la Libye ou l’Arabie saoudite... Il est évident que les dangers de guerre nucléaire régionale viennent d’augmenter substantiellement avec la vente de cette centrale nucléaire.

1. Quelles sont les justifications de l’Égypte pour construire une centrale nucléaire ?

Du strict point de vue des ressources énergétiques, l’Égypte n’a pas besoin de centrales nucléaires pour produire son électricité. En effet, 91 % de celle-ci provient des hydrocarbures. Or, l’Égypte peut être autonome en gaz et en pétrole, bien qu’elle manque de raffineries et qu’elle pourrait mieux exploiter ses ressources gazières. Développer la filière nucléaire répondrait donc surtout à des impératifs de diminution de la pollution atmosphérique.

2. Quels sont les motifs cachés ?

La véritable raison pour construire des centrales nucléaires semble être d’obtenir la capacité d’enrichir de l’uranium pour fabriquer des bombes atomiques. Les Russes se sont engagés à transférer aux Égyptiens des technologies nucléaires. Grâce à la couverture des activités nucléaires pacifiques, les Égyptiens pourront s’ils le désirent construire leurs propres centrales nucléaires et s’en servir pour fabriquer des bombes atomiques. L’Égypte pourrait tout aussi bien construire des centrales nucléaires au thorium. Cette technologie, appliquée avec succès par les Américains au début des années soixante, et rachetée par les Chinois, fonctionne très bien. Elle est peu coûteuse et ne produit presque pas de radiations. Elle a cependant un grand défaut aux yeux des dirigeants égyptiens : elle ne peut pas être utilisée pour construire des bombes atomiques.

3. Qu’est-ce que la Russie gagne dans ce contrat ?

La Russie va toucher 25 milliards de dollars grâce à ce contrat. Elle va aussi consolider ses liens avec l’Égypte. La Russie, qui a déjà d’excellentes relations avec la Syrie, est par ailleurs un interlocuteur privilégié de l’Iran et de la Turquie. Avec pour résultat que les États-Unis s’affaiblissent petit à petit dans la région tandis que les Russes s’imposent encore plus comme des partenaires incontournables.

4. Quelles sont les conséquences de la construction de cette centrale ?

L’escalade nucléaire dans la région risque de s’accélérer. C’est Israël qui est responsable au départ de cette escalade nucléaire, puisque ce pays a été le premier de la région à se doter de l’armement nucléaire. Mais le risque élevé que l’Iran et l’Arabie saoudite, avec leurs gouvernements fondamentalistes religieux, se dotent un jour de l’armement atomique inquiète bien plus qu’Israël ou que l’Égypte.