/opinion/columnists
Navigation

Le trumpisme bat de l’aile aux États-Unis

Coup d'oeil sur cet article

La défaite encaissée mardi en Alabama par le candidat républicain au Sénat Roy Moore montre que la vague populiste qui a porté Donald Trump à la Maison-Blanche s’affaiblit.

Pour Donald Trump, gagner compte plus que tout. Pourtant, ses victoires sont rares par les temps qui courent.

En Alabama, le favori de Trump avait perdu aux primaires parce que sa base lui préférait le controversé Moore. Trump lui a ensuite donné un appui enthousiaste pour la générale, mais les électeurs plus modérés l’ont abandonné.

Les républicains ont donc perdu un siège sûr dans un État que Trump avait raflé avec 28 points d’avance. Cette défaite expose les limites du trumpisme.

Un candidat imparfait

Plus trumpiste que Trump, Roy Moore était controversé bien avant d’être accablé par des allégations d’inconduites sexuelles. Deux fois, Moore avait été destitué de ses fonctions de juge pour avoir placé son idéologie réactionnaire au-dessus des lois.

L’ex-stratège de Trump Steve Bannon a fait de Moore un symbole du soulèvement populiste et du « nationalisme blanc » d’extrême droite dont il se veut l’éminence grise.

Comme dans le cas des allégations d’agressions sexuelles contre Donald Trump en octobre 2016, Bannon était certain que l’électorat républicain hyper-partisan fermerait les yeux sur Moore si Trump en appelait à leur loyauté.

Bannon s’est trompé. Trump a perdu son pari.

Des républicains affaiblis

Évidemment, la personnalité toxique de Roy Moore y est pour beaucoup, mais d’autres facteurs expliquent ce revers.

Premièrement, comme on l’a constaté lors des élections de Virginie en novembre, l’association d’un candidat avec Trump est loin de garantir la mobilisation des électeurs sympathiques aux républicains.

Malgré la vigueur de l’économie et de l’emploi, l’électorat continue de désavouer Trump, dont les taux d’approbation ne montrent aucun signe de vouloir décoller.

De plus, les intentions de vote pour les législatives de novembre prochain annoncent une hécatombe chez les républicains du Congrès. Si Trump n’a pas été mobilisateur dans un État fortement républicain comme l’Alabama, on peut douter qu’il puisse l’être dans beaucoup d’États et de districts contestés en 2018.

Opposition gonflée à bloc

Il est désormais clair que l’opposition à Trump constitue une puissante motivation d’aller voter pour de vastes segments de l’électorat, surtout dans les zones urbaines, parmi les femmes, les minorités et les jeunes.

Quel avenir peut avoir un mouvement boudé par les jeunes et les groupes en croissance ?

La victoire démocrate en Alabama est attribuable à la forte mobilisation de ces groupes. Elle montre que l’énergie de la résistance à Trump ne s’est pas estompée depuis les manifestations qui ont suivi l’investiture du président en janvier.

La défaite de Moore est aussi une victoire pour le mouvement de dénonciation des inconduites sexuelles et elle a ravivé les allégations contre Trump.

Plusieurs républicains ont poussé un soupir de soulagement mardi car la victoire de Moore leur aurait apporté bien des ennuis, mais sa défaite demeure un signe de faiblesse.