/entertainment/shows
Navigation

Pierre Lapointe: une «science du cœur» bien calculée

GEN - PIERRE LAPOINTE EN SPECTACLE AU CORONA
Photo MARTIN ALARIE Pierre Lapointe

Coup d'oeil sur cet article

MONTRÉAL | Fort de son succès critique depuis sa sortie en octobre, l’album La science du cœur de Pierre Lapointe a été savamment transposé sur la scène d’un Théâtre Corona qui affichait complet, jeudi soir. Dépouillée d’orchestration, la formule épurée en trio, à Montréal pour deux soirs, va droit au cœur.

«On a des souvenirs ici, a lancé Pierre Lapointe, se souvenant d’avoir offert ici la première de La forêt des mal-aimés ainsi que d’y avoir tourné le clip Tel un seul homme.

«C’est un mélange de Paris tristesse et de La raison du cœur qu’on vous propose. Alors, si vous n’allez déjà pas bien, attachez votre tuque, ça n’ira pas mieux», a prévenu l’ancien coach de La Voix, l’air pourtant amusé.

Or, dans les faits, sa «science du cœur», titre de son septième opus, est très bien calculée. La mélancolie est ambiante, en raison de paroles frontales et impitoyables, dont notre homme a le secret.

Qu’il est honteux d’être humain et Un cœur ont certes remué en ouverture avec leurs amours à double tranchant. Mais comment résister à cette poésie si finement ficelée et livrée dans une prestation de haute volée?

Artiste engagé

Pierre Lapointe nous a habitués à ses interprétations théâtrales et très senties, et, une fois de plus, il ne nous a pas déçus. Tandis que sa grâce et son intensité marquaient la magnifique Retour d’un amour, la pièce Une lettre, que «le doyen» Daniel Bélanger a mise en musique, n’a pas manqué de donner des frissons.

Les lignes de ma main a connu un cafouillage, dont notre hôte s’est habilement sorti avec esprit. «Je pensais au musicien Philippe Brault, a-t-il expliqué. Il remplaçait les paroles "Si le bonheur a choisi votre âme pour y faire son nid", par "pour y faire du ski". Il fallait que j’avorte cette phrase de mon esprit!»

L’artiste engagé, pour qui les amours gaies devraient enfin aller de soi dans notre société, n’est jamais bien loin non plus. Celui-ci fait entendre une voix des plus naturelles sur Mon Prince charmant.

Dans la mise en scène, tout est également sciemment placé. Les éclairages sont à l’image de l’auteur-compositeur, classique et moderne à la fois. Une sorte de cage formée de faisceaux lumineux multicolores - rien d’extravagant - sert parfaitement d’arène aux chansons-concepts, dont plusieurs sont tirées des autres albums, comme L’étrange route des amoureux (Punkt), départie de ses rythmes de calypso.

Formule épurée

Pas besoin de sortir les violons (qu’on retrouve pourtant en force sur l’album) pour assurer la montée dramatique de pièces maîtresses, dont Sais-tu vraiment qui tu es. Le trio que Lapointe forme sur scène avec Amélie Fortin au piano et João Catalão, fascinant au marimba, arrive à reproduire l’essentiel de l’instrumentation, malgré sa formule épurée.

Au moment d’écrire ses lignes, il restait encore quelques titres au programme, dont La science du cœur et Alphabet, qui devaient retentir juste avant l’incontournable Deux par deux rassemblés.

La première partie, teintée d’humour, avait été confiée à Félix Dyotte, qui signe aussi la pièce Zopiclone sur La science du cœur.