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Radio-Canada est plus infaillible que le pape

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Le pape François lui-même semble maintenant plus faillible que notre société d’État. Dans une encyclique de 18 pages rendue publique hier, l’ombudsman Guy Gendron, gardien de l’orthodoxie radio-canadienne, consacre 39 de ses 10 514 mots à déplorer que, dans l’affaire Sicotte, une « démarche journalistique, par ailleurs exemplaire, ait faussé la perception de nombreux téléspectateurs », dont je suis !

Tous les commentateurs et chroniqueurs ont critiqué le reportage du Téléjournal du 15 novembre faisant état d’allégations de harcèlement psychologique à l’encontre du comédien Gilbert Sicotte, professeur au Conservatoire depuis des décennies. Plus d’une centaine de personnes ont porté plainte à Radio-Canada – un nombre exceptionnel – et sept téléspectateurs, insatisfaits des réponses reçues de la SRC, ont fait appel à l’ombudsman.

Mais nous sommes tous dans l’erreur. L’ombudsman noircit des pages et des pages pour démontrer à quel point la direction de l’information a suivi scrupuleusement les « normes et pratiques journalistiques » de Radio-Canada, mieux connues à l’interne sous le discret acronyme « NPJ ».

UNE CELLULE DE CRISE

Pour bien s’assurer qu’on n’enfreignait aucune règle des « NPJ », Michel Cormier, le grand patron de l’info, a même créé une « cellule spéciale constituée d’une demi-douzaine de cadres » pour superviser le travail du brave Louis-Philippe Ouimet. C’est déployer beaucoup de moyens pour une affaire dont l’ombudsman lui-même se demande si elle est d’intérêt public. « Il n’existe pas de test infaillible, écrit-il, permettant de distinguer ce qui est d’intérêt public de ce qui ne l’est pas. Chaque média en a une interprétation différente... »

À ce qu’on peut constater, l’interprétation que fait Radio-Canada de l’intérêt public est plutôt large. Ce sont 14 minutes du Téléjournal (incluant l’entrevue qui a suivi) qui ont été consacrées à « l’affaire Sicotte ». Dans un style du plus pur jésuitisme, l’ombudsman pose cette question éminemment tortueuse : « Était-il manifestement déraisonnable d’estimer que ce reportage était d’intérêt public ? »

L’INTÉRÊT PUBLIC A LE DOS LARGE

Il faudrait être naïf pour croire que seul l’intérêt public a prévalu tout au long du travail de ce Ouimet, qui aurait commencé le 19 août 2017. C’est parce qu’on savait avoir en mains un reportage juteux qu’on a mis tant de soins à le préparer, évitant avec une certaine mauvaise foi toute entrevue avec des personnes dont le témoignage pourrait atténuer la portée de certaines allégations. C’est parce qu’on a eu peur de se faire « scooper » qu’on a précipité les choses et diffusé un reportage plus ou moins bien ficelé. C’est d’ailleurs le seul reproche que se permet de faire l’ombudsman à l’endroit de son alma mater.

UN DRÔLE D’OMBUDSMAN

Quoi que puisse prétendre l’ombudsman qui se fend en quatre pour justifier le reportage de Radio-Canada et défendre son service d’information et son impétueux journaliste, jamais Guy Gendron ne convaincra les téléspectateurs sérieux que les pratiques pédagogiques de Gilbert Sicotte, si démodées soient-elles, valaient qu’on l’exécute publiquement de façon aussi sommaire.

Michel Cormier et consorts savaient fort bien aussi – ils l’ont avoué quelques jours après – qu’il serait inévitable que les téléspectateurs amalgament cette affaire avec celles des agressions sexuelles qui faisaient la manchette depuis quelques semaines.

Le jugement si alambiqué de Guy Gendron démontre hors de tout doute qu’un ombudsman digne de ce nom ne peut être nommé par le PDG de Radio-Canada, et encore moins avoir été un membre de son personnel durant des années.

TÉLÉPENSÉE DU JOUR

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