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Ces jeux où l’on incarne des réfugiés

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Les réfugiés, on en a beaucoup parlé ces dernières années, notamment des Syriens qui ont fui leur pays en guerre.

Mais c’est difficile de se mettre à leur place et d’imaginer ce qu’ils vivent.

C’est pourquoi certains développeurs ont tenté de nous mettre dans la peau d’une personne forcée de quitter son pays. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si certains de ces développeurs sont eux-mêmes des réfugiés: pour eux, proposer un tel jeu est un moyen de témoigner ce qu’ils ont vécu et montrer leur réalité.

Voici donc trois jeux qui nous proposent d’incarner le voyage d’un réfugié. Allez, quatre, mais c’est bien parce que le Père Noël m’a dit que vous aviez été sages. Ah non, finalement c’est parce que le quatrième jeu est un «serious game», donc avec une approche plus pédagogique que les jeux commerciaux.

Path Out (Causa Creations - Steam)

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Ce jeu raconte l’histoire de son auteur, Abdullah Karam, un jeune geek syrien réfugié en Autriche. Le premier chapitre, sorti en novembre, est gratuit sur Steam.

Il a l’allure d’un jeu Super Nintendo, et son personnage semble tiré d’un manga avec ses cheveux hirsutes. Mais il s’agit bel et bien du jeune développeur, qui vous propose de prendre sa place et de tenter de passer la frontière turque.

Derrière les graphismes mignons et colorés, le jeu présente sa dure réalité: il faut éviter les mines antipersonnel, les soldats de l’État islamique patrouillent, les militaires du régime syrien ne laissent pas passer les clandestins...

Le jeu est plutôt simpliste et invite basiquement à chercher des objets qui permettent de débloquer l’étape suivante, en évitant les pièges.

L’originalité est qu’Abdullah Karam s’est également enregistré en vidéo, et apparaît régulièrement dans le jeu pour commenter ce qui se passe à l’écran. Ses interventions sont d’ailleurs assez drôles, et virent presque à l’humour noir dans les moments tragiques. «Hey man! Tu m’as encore tué. C’est pas cool!», nous lance-t-il quand un soldat nous tire dessus.

Lorsque le personnage se déplace en ville, si on s’approche d’un chameau qui semble dormir dans la rue, Abdullah apparaît à nouveau et nous rappelle que non, on ne se déplace pas en chameau en Syrie. «Voyons, c’est raciste de penser ça!» s’offusque-t-il, pendant que le chameau est remplacé par un cône orange.

Home behind (TPP Studio - Steam, iOS, Android)

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Ce jeu japonais est sorti en pleine crise des réfugiés syriens, en juin 2016.

Toutefois, il n’évoque pas ouvertement un conflit spécifique, mais propose d’incarner de manière plus générique un père qui fuit la guerre civile. Son village a brûlé, sa fille a disparu: le voilà donc parti à sa recherche tout en devant fuir vers l’Europe.

On joue en vue de côté, il suffit donc d’avancer pour trouver son chemin, mais le défi est ailleurs. Il s’agit de découvrir et gérer des objets et des ressources sur la route pour survivre à la faim, la soif, la maladie ou les mauvaises rencontres.

Le danger rôde, il faut s’équiper pour être prêt à affronter les soldats ou les bêtes sauvages. Il faut être capable de cuisiner à l’improviste, de déverrouiller des portes ou des coffres, explorer des bâtiments.

Il faut aussi négocier des rencontres parfois délicates avec les habitants, qui ne vous voient pas toujours d’un très bon œil.

De très nombreux environnements et évènements générés aléatoirement viennent pimenter les parties (toujours légèrement différentes les unes des autres donc).

Et, là encore, même si cela reste un jeu, il y a toujours ces moments où on réalise que certains ont vécu ce qu’on est en train d’affronter, et où on se dit «mais moi j’aurais fait quoi à leur place».

D’autant que les développeurs s’intéressent vraiment au sujet et rajoutent régulièrement du contenu dans leur jeu.

En novembre, ils ont ainsi implémenté des histoires impliquant des enfants soldats. «C’est dur pour nous de vous dire: “amusez-vous avec ça”», ont-ils déclaré en publiant cet ajout. «Mais on espère que de plus en plus de gens seront interpellés par ces enfants en zone de guerre».

Enterre-moi, mon Amour (Florent Maurin / Pierre Corbinais - iOS, Android)

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Ce jeu français raconte l’histoire de Nour, une infirmière de 27 ans qui fuit les bombardements en Syrie après la mort de sa sœur et tente de rejoindre l’Allemagne.

Mais ce n’est pas elle qu’on incarne.

Le jeu nous met plutôt dans la peau de Majd, son mari resté sur place. Nous ne sommes donc pas dans un jeu d’exploration, mais un jeu de... conversation Whatsapp, le logiciel de messagerie instantanée.

Pendant que Nour nous raconte ce qu’elle vit, on lui répond, on lui envoie des liens utiles, des photos, des emojis, on peut lui donner des conseils ou l’aider quand elle en a besoin... bref, on fait ce qu’on peut pour soutenir la personne qu’on aime, si loin de nous.

Le but de cette fiction interactive est donc de choisir ses propres lignes de dialogues pour tenter d’influencer au mieux la quête de Nour, qui peut se terminer de 19 façons différentes.

Avec Enterre-moi, mon Amour, un titre traduit d’une expression arabe qui signifie en réalité «prends soin de toi», les deux auteurs du jeu ont tenu à s’inspirer de l’histoire vraie d’une réfugiée, nommée Dana. Elle a validé toutes les conversations du jeu.

Malgré les dessins en guise d’illustration, le jeu propose donc pour l’essentiel d’échanger des textos. Ce gameplay a priori simpliste rend pourtant le jeu réaliste: on a l’impression d’écrire sur son téléphone à une véritable personne. Et on ressent les émotions à la fois de Majd et de Nour, à travers ses réponses.

L’expérience est très originale. Le jeu se déroule d’ailleurs en temps semi-réel: lorsque Nour a besoin, par exemple, de quatre heures pour effectuer une action, il vous faudra attendre ce délai avant de recevoir une notification de sa part.

À noter enfin que le jeu est coproduit par la chaîne Arte France, Figs et The Pixel Hunt: ces derniers sont connus au Canada pour avoir produit en 2013 Fort Mc Money, le jeu-documentaire qui faisait découvrir au joueur les dessous de la vie à Fort McMurray, en Alberta.



Bonus: Envers et Contre Tout (sur fureteur)

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Celui-là est un «serious game» créé en 2005 par l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR).

Son but n’est donc pas tant de proposer une vraie expérience ludique, mais avant tout de conscientiser. Envers et Contre Tout nous met donc dans la peau d’un ou d’une réfugiée dans une douzaine de scènes, qui vont de l’interrogatoire musclé dans notre pays contrôlé par l’armée à la quête de nouveaux amis dans le pays d’accueil.

Le gameplay est certes limité, il s’agit de cliquer sur des réponses, faire glisser des objets, ce genre de choses. Mais ces situations sont des prétextes pour obtenir davantage d’informations sur la situation des réfugiés, le droit, les pays qui les accueillent.

C’est une manière originale et interactive de s’informer.

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