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Le spectre de la médiocrité (1)

ART- ET AU PIRE, ON SE MARIERA
Photo Agence QMI, Sébastien St-Jean Gilbert Sicotte

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L’ombudsman de Radio-Canada a tricoté une réponse au flot de critiques concernant le reportage sur le comédien et professeur Gilbert Sicotte. Pas de faute journalistique, mais un manquement éditorial. Bof.

La poussière retombée, cette embardée contre monsieur Sicotte aura quand même soulevé une question utile. Reste-t-il une place dans la société pour ceux qui veulent atteindre des sommets, amener un groupe à se dépasser, tendre vers la perfection ? Je les appellerai les bulldozers de l’excellence.

Bien sûr, il y a la méthode. On ne crie plus après les gens en 2017. On ne traite plus les humains à coups de pied et de blasphèmes. Nous nous sommes donné des cadres en matière de harcèlement et d’intimidation.

À lire et à écouter les réactions à l’histoire de monsieur Sicotte, on se rend vite compte que, caché sous le drap de ces règles vertueuses, se cache autre chose. C’est un véritable droit à la médiocrité que certains réclament. On réclame le droit de ne pas se faire dire ses vérités, le droit de ne pas croiser de gens trop exigeants.

Dire la vérité

Il ne faut pas confondre intimidation et vérité professionnelle. Dire à un élève en théâtre que sa performance est mauvaise, nulle, si c’est vrai, ce n’est pas de l’intimidation. Mais est-ce encore permis ? Je suis convaincu que les enseignants au Conservatoire n’osent plus.

Pourtant, se faire dire des vérités semblables est essentiel, surtout lorsqu’on arrive à ce niveau. Si quelqu’un performe mal dans une grande école de théâtre ou de musique, il vaut mieux qu’on le lui dise clairement. Soit cela servira d’électrochoc pour travailler plus fort afin d’atteindre ses buts. Soit ce sera l’occasion de changer de branche et d’éviter de devenir un acteur moyen en chômage perpétuel.

Taire la réalité ou l’habiller dans de faux compliments « pour le bel effort » n’est pas un service à rendre. Sauf qu’aujourd’hui, comment oser dire cela à un jeune qui ne s’est jamais fait dire non ? Lorsqu’il a renversé sa gouache sur une feuille, on lui a dit qu’il s’agissait du plus beau dessin jamais exécuté.

Lorsqu’il a eu un problème à l’école, l’enfant-roi a expliqué à ses parents que c’était la faute du prof, du directeur, du concierge et des autres élèves et non la sienne. Ses parents, outrés, ont appelé à l’école, prenant sa défense. Il a passé sa vie sur un piédestal à se faire dire oui.

C’est dur

Quand soudain, il arrive dans un monde où seule l’élite de l’élite trouve le moyen de gagner sa vie, c’est dur, très dur. Et la société lui a enseigné que tout ce qui est dur porte le nom d’intimidation. Et lui est une victime. Il se pose en victime plutôt que de regarder les choses en face.

Claude Julien s’est fâché cette semaine à l’entraînement après des matches joués en fainéants par sa troupe. Il a crié ! Je l’ai entendu de mes oreilles aux nouvelles ! Aurait-il même utilisé des gros mots ? Cela fait de la peine à ses petits poussins. D’autres victimes.

(La suite demain.)