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Le spectre de la médiocrité (2)

Orchestra conductor on stage
Photo Fotolia Amener les gens à se dépasser peut parfois signifier les brasser un peu. C’est ça la recherche de l’excellence.

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Gilbert Sicotte trop dur ? Ils ont pourtant été nombreux, ses élèves et anciens élèves du Conservatoire, à exprimer publiquement qu’il était le meilleur de tous les enseignants sur leur parcours. Certains me l’ont dit personnellement.

Monsieur Sicotte a sans doute fait des erreurs. Des moments d’impatience certains matins sombres d’automne. Mais je crois surtout qu’il est ce que je décrivais dans ma chronique d’hier : un bulldozer de l’excellence. Il veut que ce soit bon.

Parce qu’il respecte le public et parce qu’il aime son art au suprême degré, il ne croit pas que le théâtre peut être moyen. Il ne croit pas qu’une pièce, incluant le jeu des comédiens, doive viser à être seulement correcte.

Exigeants

Il fait partie de ces gens hautement exigeants envers eux-mêmes et autant envers les autres qui poussent la machine vers la recherche d’une certaine perfection. Mais est-ce encore permis en 2017 ? La réponse politiquement correcte consiste à dire qu’avec les bons mots et la gentillesse, on pourra aussi arriver à de grands résultats.

Cependant, dans la réalité de la vie, je suis obligé de vous dire que derrière un très grand nombre de grandes réussites humaines, un bulldozer de l’excellence a donné le ton.

Allez poser la question. Dans les meilleurs orchestres du monde, les chefs d’orchestre sont-ils tous des doux ? Si vous vous présentez à une répétition avec le grand orchestre et que vous ne connaissez pas la moitié de vos partitions, vous pensez quoi ?

Que le chef d’orchestre soulignera ce bel effort d’en avoir appris la moitié et votre attitude positive ? Non, il va vous poivrer devant tout le monde et va maudire vos fausses notes. Il va vous rappeler que lorsqu’on a le privilège de jouer au plus haut niveau, il faut se montrer à la hauteur.

Ovation debout !

Avez-vous déjà pensé que lorsque vous ovationnez debout un spectacle, il est possible que, par-delà le talent des artistes, il y a eu un patron, un metteur en scène, un chef d’orchestre qui a mené l’équipe fermement ? Que si celui-ci n’avait pas sonné la fin de la récréation un matin de répétition où tout était couci-couça, on n’aurait pas eu cette performance hors du commun le soir de la première ?

Ce que je dis est vrai dans le sport pour les équipes qui gagnent les championnats. Les entraîneurs ont parfois eu à faire des rappels à l’ordre, individuels ou collectifs. Cela s’applique sûrement aussi à des accomplissements pour des équipes dans d’autres domaines comme les affaires et les sciences.

En résumé, les Gilbert Sicotte poussent l’humanité. Leur rejet de la médiocrité tire le monde vers le haut. Bien sûr, nous sommes en 2017 et il faut trouver les bons mots, arrondir les coins dans le respect de chacun.

Mais je nous en supplie, il ne faut jamais abandonner la recherche de l’excellence au nom d’une fausse gentillesse envers tout le monde. Le respect d’autrui ne signifie pas la mollesse universelle.