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Gilles Vaillancourt est de retour à Laval

L’ex-maire jouit maintenant d’une semi-liberté en maison transition

Notre photographe a pu prendre des clichés de Gilles Vaillancourt pour la première fois depuis que ce dernier est sorti de prison, dimanche.
Photo Martin Alarie Notre photographe a pu prendre des clichés de Gilles Vaillancourt pour la première fois depuis que ce dernier est sorti de prison, dimanche.

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L’ex-maire de Laval, Gilles Vaillancourt, a pris un coup de vieux en prison. Il a recommencé ses allées et venues dans son royaume depuis une semaine, fraîchement libéré après avoir passé moins d’un an derrière les barreaux pour avoir fraudé ses concitoyens.

Notre Bureau d’enquête a appris que Vaillancourt est arrivé mardi dernier à la maison de transition Carpe Diem, située dans un parc industriel de l’île Jésus.

Un photographe du Journal l’a croqué sur le vif un peu après 9 heures dimanche matin, alors qu’il sortait de l’établissement par un froid glacial.

L’ex-politicien est brièvement retourné à l’intérieur parce qu’il avait oublié quelque chose et s’est ensuite dirigé vers son véhicule au volant duquel il a quitté les lieux.

Selon deux sources, le Gilles Vaillancourt qui vient de retrouver sa liberté n’a rien à voir avec le politicien fier et souverain qu’ont connu les Lavallois pendant 40 ans, dont presque 24 à titre de maire.

Il y a à peine plus d’un an, il serrait encore des mains en se présentant au palais de justice de Laval pour plaider coupable à des accusations de fraude, complot et abus de confiance. Aujourd’hui, l’homme de 76 ans a le dos courbé et marche d’un pas lent.

Il se joint aux autres

Lors de sa journée d’accueil du 12 décembre à la Résidence Carpe Diem, Gilles Vaillancourt, qui devait subir une première évaluation, est resté à l’intérieur toute la journée. Le lendemain, il s’est joint aux autres résidents pour partager le souper, avons-nous appris.

La salle à manger de la maison de transition qu’habite désormais l’ex-maire.
Photo tirée du site web de la Résidence Carpe Diem
La salle à manger de la maison de transition qu’habite désormais l’ex-maire.

L’établissement comporte 35 places pour des ex-détenus qui réintègrent la vie en société. L’ex-fraudeur en cravate y partage son quotidien avec des criminels, dont des pédophiles, des membres de gangs de rue et des trafiquants de drogue.

En maison de transition, Gilles Vaillancourt bénéficie d’une semi-liberté, ce qui signifie qu’il n’est pas totalement maître de ses allées et venues.

Il est soumis à un couvre-feu et doit effectuer quelques heures de bénévolat chaque semaine, à un endroit dont le nom a été masqué dans une décision de la Commission des libérations conditionnelles du Canada.

Une des chambres de la maison de transition qu’habite désormais l’ex-maire.
Photo tirée du site web de la Résidence Carpe Diem
Une des chambres de la maison de transition qu’habite désormais l’ex-maire.

Il sera rattaché à cet établissement pendant un an avant d’être admissible à une libération conditionnelle totale.

Le 1er décembre 2016, Gilles Vaillancourt avait été condamné à une peine d’incarcération de cinq ans, onze mois et quinze jours. Il était emprisonné au Centre fédéral de formation, un pénitencier situé dans l’est de Laval. En raison de sa bonne conduite, il a obtenu sa semi-liberté le 16 novembre dernier.

Selon un rapport des autorités carcérales, Vaillancourt avait tendance à banaliser ses crimes lorsqu’il était à l’ombre, mais il a ultimement exprimé des regrets et demandé pardon à ses victimes.

De « maire à vie » à criminel

  • Gilles Vaillancourt a été élu pour la première fois comme conseiller municipal du district de Laval-des-Rapides en 1973.
  • Il est devenu maire en juin 1989 après le départ de Claude Ulysse Lefebvre.
  • À la tête du parti PRO des Lavallois, il a été réélu sans opposition sérieuse lors des 6 élections municipales suivantes. Cela lui valait le surnom de « maire à vie ».
  • Il a démissionné le 9 novembre 2012, sentant la soupe chaude, alors que l’Unité permanente anticorruption (UPAC) multipliait les perquisitions dans le cadre d’une enquête criminelle au sujet de son administration.
  • Il a été arrêté, avec 36 autres personnes, le 9 mai 2013. Selon la poursuite, l’ex-maire aurait dirigé un véritable empire criminel pendant une quinzaine d’années. Sous sa gouverne, des cartels d’entrepreneurs en construction et de firmes de génie-conseil se seraient partagé la presque totalité des contrats publics octroyés par la ville de Laval. En retour, ces firmes devaient verser une ristourne de 2 % en argent comptant pour la caisse du PRO des Lavallois.
  • Il a plaidé coupable le 1er décembre 2016 à des accusations de fraude, complot et abus de confiance et a été placé en détention immédiate.
  • Selon la Commission des libérations conditionnelles, il est impossible de savoir exactement combien Vaillancourt a volé. Toutefois, l’ex-maire a remis 8,6 M$ en avouant sa culpabilité. Une partie de cette somme se trouvait dans des comptes en Suisse.
  • Parmi les 37 personnes arrêtées, seul l’entrepreneur Tony Accurso n’en a pas encore fini avec la justice. Il a plaidé non coupable et a subi un premier procès cet automne, procès ayant avorté par surprise à la toute fin parce qu’une membre du jury a été contaminée par des Informations venues de l’extérieur. Accurso devra revenir en cour au début janvier pour fixer la date d’un second procès.