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Les mots pour ne pas le dire

Les mots pour ne pas le dire

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Donald Trump, l’individu, ne m’intéresse pas du tout. Il représente tout ce que je déteste : l’ignorance délibérée, le narcissisme, la vantardise, le mensonge, la malhonnêteté, le racisme, le sexisme et un amour hors du commun de l’argent et des gens riches.

Par contre, je suis obsédée par ce qu’il fait dans son rôle de président des États-Unis. Tout n’est pas mauvais – il a eu les c... d’envoyer un missile sur la gueule de Bachar al-Assad mais au final, il travaille à démanteler la plus grande démocratie au monde. Il ne s’est jamais passé une telle chose dans l’histoire du pays. Et c’est le monde entier qui subit les contrecoups.  

Décision liberticides 

Pendant la campagne électorale, Trump a encouragé la violence, il a menacé d’emprisonner son adversaire, comme dans les républiques de bananes, il a fait enlever des pages web de sites gouvernementaux qui ne faisaient pas son affaire, notamment sur les changements climatiques, il a remis en question le processus électoral américain, il ne gouverne que pour sa base – son taux d’approbation est rendu à 35 % – il a nommé une secrétaire de l’Éducation qui ne croit pas à l’école publique et sa réforme fiscale va rendre l’accès aux études supérieures plus difficile.

Et pourquoi pas ? Cela va plaire à sa base. Un sondage Pew (très crédible) réalisé en juin dernier a révélé que 58% des Républicains croient que les universités et les collèges sont mauvais pour l’Amérique. Vous avez bien lu, sont mauvais pour l’Amérique.

En matière de relations internationales, il a remis en question des traités de première importance, insulté publiquement des alliés traditionnels des États-Unis, comme l’Allemagne et la Grande-Bretagne mais n’a que de bons mots pour des despotes appelés Vladimir Poutine, Xi Jinping, Recep Erdogan et même l’immonde Roberto Duterte des Philippines. Jamais il ne les apostrophe. Au contraire, il les encense.

Des mots, toujours des mots

Les dirigeants du Center for Disease Control (CDC), le plus important organisme du gouvernement américain en matière de santé publique, ont reçu des instructions sidérantes : pour que les budgets du CDC soient plus facilement acceptés, on suggère au personnel de ne pas utiliser sept mots et expressions dans leurs textes explicatifs, soit fœtus, transgenre, diversité, vulnérable, droit (à quelque chose), qui repose sur la science, qui repose sur des faits.

Ce sont des mots qui indisposent certains membres influents du congrès, chrétiens évangéliques, pour qui les croyances ont un poids égal aux données scientifiques.

Plus tôt cette année, le Department of Energy avait défendu à ses employés de dire ou d’écrire ‘changements climatiques’.

Après son installation, notre Julie Payette a été accusée par le premier ministre Brad Wall de la Saskatchewan, d’avoir manqué de neutralité dans un discours prononcé lors du congrès annuel de la Conférence sur les politiques scientifiques canadiennes (CPSC).

Croyez-vous à l'horoscope ?

On lui a reproché de s’être moquée de l’horoscope, de la pseudo science, de la négation des changements climatiques et du créationnisme. Wall lui a écrit ‘qu’elle ne devrait pas dénigrer ou se moquer de tous ceux qui croient en un créateur.’

Ajoutant même : ‘Je suis préoccupé par les commentaires que vous avez faits, car ils ne correspondent pas aux standards que requiert votre fonction.’

Pour sa part, le chef conservateur Andrew Scheer a reproché à Justin Trudeau d’avoir défendu Julie Payette.

On est rendus là : la science est reléguée au niveau d’une croyance parmi tant d’autres, même par des dirigeants politiques, y compris l’homme le plus puissant au monde, le président américain.