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Voici ce qui cloche avec Phénix

Pour une première fois, les détails des graves problèmes de conception du système de paie sont connus

Nathalie Mathieu
Photo Boris Proulx Les bordereaux de paiements émis automatiquement par le système Phénix sont illisibles, critiquent les fonctionnaires fédéraux rencontrés par Le Journal, dont cette agente de Service correctionnel Canada.

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OTTAWA | Il ne prend en compte que 2 décimales sur 3 dans la paie, va chercher de l’argent sans crier gare chez les fonctionnaires et contrevient même à une loi fédérale. Le système de paie Phénix, qui fêtera en février son deuxième anniversaire de fiasco, comporte son lot de secrets, listés dans un document obtenu par Le Journal.

Nous en savons désormais un peu plus sur les grains de sable qui coincent les engrenages du catastrophique système de paie fédéral, qui n’arrive toujours pas à payer près d’un fonctionnaire sur deux et a déjà coûté un demi-milliard de dollars.

Le document préparé par le ministère fédéral chargé de la paie, le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada, dévoile des détails frappants sur les ingrédients qui ont concocté le gâchis.

« Ceux qui ont acheté ce système sont des incompétents, réagit Magali Picard, de l’Alliance de la Fonction publique du Canada. Ça montre bien qu’au jour un, tous les ingrédients du fiasco étaient là. »

Voici un florilège des meilleurs exemples.

Aucun signal d’alerte

Phénix n’a pas été configuré pour alerter les gestionnaires par courriel, au moment opportun, lorsque surviennent des problèmes. Ils ne savent donc pas quand ils doivent approuver des transactions importantes, retardant la paie.

Des recouvrements-surprises

Phénix a été personnalisé pour recouvrer les montants payés en trop aux employés sans avertissement, et parfois même en contradiction avec des arrangements pris avec eux. Les fonctionnaires sont surpris de recevoir des paies tronquées, et peuvent se retrouver soudainement sans argent.

Problèmes d’assurance dentaire

Phénix n’a pas été conçu pour envoyer en même temps tous les documents pertinents à l’assureur des fonctionnaires, ce qui est exigé pour leur inscription. Cela engendre des erreurs dans leur couverture d’assurance dentaire, et plus de coûts pour le programme.

Un chiffre de trop après la virgule

Phénix a été conçu pour ne prendre en compte que deux décimales après la virgule dans ses calculs. Cela pose un problème puisque les systèmes de gestion des ressources humaines utilisent trois chiffres après la virgule, un format plus précis et conforme aux exigences des conventions collectives.

Contraire à une loi fédérale

Les retenues obligatoires des employés ne sont pas réactivées quand ils reviennent d’un congé avec étalement du revenu. Cela est contraire à la Loi sur l’assurance-emploi, qui force l’employeur à déduire ces montants à chaque paie.

Le salaire annuel caché

Phénix n’a pas été configuré pour afficher le salaire annuel, ou commutatif, sur les bordereaux de paie des employés. Le système collige pourtant cette information, et elle était visible sous l’ancien système. Les employés ont de la difficulté à analyser leur paie et n’arrivent pas à valider qu’elle ne contient pas d’erreurs. Cela leur fait perdre confiance dans le système de paie.

Des primes qui disparaissent

Phénix a été délibérément configuré pour établir des primes d’éloignement seulement pour le poste régulier des employés. En cas d’affectations à d’autres postes, ces paiements cessent et ne reviennent parfois même pas à leur retour à leur poste d’origine. Ce problème touche particulièrement les employés postés dans le Grand Nord.

Faible salaire pour les nouveaux

Phénix a été personnalisé délibérément pour offrir par défaut le plus bas échelon salarial pour leur catégorie d’emploi, au lieu des montants spécifiés dans leurs documents d’embauche. C’est le cas pour tous les employés permanents ou temporaires, les étudiants, et les employés qui sont transférés d’un ministère à l’autre.

Des sommes repayées en double

Phénix n’a pas été configuré pour recalculer le total des montants payés en trop, ce qui a comme conséquence de recouvrer certains paiements à de multiples reprises à même le salaire d’un employé.