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Après le rêve de la LNH, voici celui du sport électronique

Le sport électronique fascine et est là pour rester. Tour d’horizon d’une carrière en devenir.

«T’sais, si tu veux devenir joueur professionnel de hockey, tu sais quel chemin prendre pour arriver à la LNH. Pour devenir pro gamer, par contre? Qu’est-ce que tu fais?» - Carl-Edwin Michel
Illustration: Christine Lemus «T’sais, si tu veux devenir joueur professionnel de hockey, tu sais quel chemin prendre pour arriver à la LNH. Pour devenir pro gamer, par contre? Qu’est-ce que tu fais?» - Carl-Edwin Michel

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Samedi matin. Cinéma Impérial.

Une cinquantaine de spectateurs — des jeunes garçons pour la plupart... avec une poignée de parents installés un peu plus loin — visionnent les éliminatoires d’Injustice 2, un jeu de combat réunissant des personnages de DC Comics réalisé par Netherrealm Studios (la boîte derrière Mortal Kombat, notamment).

Des joueurs qui se réchauffent avant le tournoi.
Photo: André Péloquin
Des joueurs qui se réchauffent avant le tournoi.

Après des semaines de tournois en ligne, les 16 meilleurs joueurs du Canada s’affrontent désormais dans une salle de cinéma mythique, érigée en 1913, soit plus d’un quart de siècle avant la Seconde Guerre mondiale, époque revisitée dans Call Of Duty: WW2. Il s'agit du second jeu mis en vitrine en cette seconde édition montréalaise de Northern Arena, un tournoi de sport électronique qui multiplie les événements a mari usque ad mare.

Carl-Edwin Michel.
Photo: Valery Chartrand
Carl-Edwin Michel.

«On a également créé cette plateforme pour aider les jeunes qui voudraient rejoindre ce milieu-là» fait valoir Carl-Edwin Michel, journaliste techno et initiateur de Northern Arena.

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«En ce moment, si t’es un pro gamer, tu te fais découvrir par Internet puis tu t’exiles aux États-Unis ou en Corée comme Stéphanie Harvey ou Guillaume Patry pour poursuivre ta carrière. Avec cette plateforme, je veux que les jeunes qui se disent “Hey! J’aimerais devenir pro gamer. Comment m’y prendre?” y trouvent des réponses. T’sais, si tu veux devenir joueur professionnel de hockey, tu sais quel chemin prendre pour arriver à la LNH. Pour devenir pro gamer, par contre? Qu’est-ce que tu fais? On veut créer des ligues et structures pour éclaircir tout ça», poursuit-il.

«T’sais, si tu veux devenir joueur professionnel de hockey, tu sais quel chemin prendre pour arriver à la LNH. Pour devenir pro gamer, par contre? Qu’est-ce que tu fais?» - Carl-Edwin Michel
Photo: André Péloquin

Le Québec en retard

Rencontrée dans les couloirs de l’Impérial, la consultante en communications numériques Marilou Hudon applaudit les initiatives du genre, mais constate tout de même un certain retard du Québec dans le sport électronique.

Marilou Hudon.
Photo: André Péloquin
Marilou Hudon.

«Nous ne sommes pas encore là en ce qui concerne le financement, l’implication des différents paliers du gouvernement laisse également à désirer, mais — heureusement — ça s’en vient tranquillement. Il y a eu des changements au fil des dernières années comme la fondation de la Fédération des sports électroniques. Il y a aussi certains cégeps et universités qui développent des programmes dans ce domaine, etc. Bref, ça s’en vient. De plus grosses organisations commencent à s’y intéresser. On peut garder espoir!»

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«On a de très bons joueurs. Ce n’est pas ça le problème. Le “problème”, c’est qu’ils doivent s’exporter pour faire carrière parce qu’on a rien pour les retenir», poursuit celle qui a notamment collaboré avec Montreal Esports (aventure financée, notamment, par Georges St-Pierre) et Northern Arena par le passé.

«Actuellement, il y a très peu d’argent d’investi dans l’esports ici. [...]. [L’esports au Québec], c’est souvent du bénévolat, des projets de passions ou des carrières on the side».

Lord_V_Noodles.
Photo: André Péloquin
Lord_V_Noodles.

Au même moment, près de l'écran de projection de l'Impérial, Éric Thavixay se fait éliminer du tournoi. Professeur de danse hip-hop de jour, ce joueur connu sous le sobriquet de Lord_V_Noodles compte également parmi les meilleurs athlètes électroniques de jeux de combats du pays, un genre plus cérébral qu’on pourrait le croire, selon le principal intéressé.

Jouer aux échecs, mais avec des jambettes

«C’est sûr que quand tu commences, tu vas te contenter d’appuyer sur tous les boutons, mais au fil des parties, tu vas comprendre que tel coup à ses avantages et désavantages. De plus, les attaques et blocages sont diversifiés. Il faut donc "étudier" le jeu, les personnages et leurs relations entre eux. Par exemple, avec Robin, tu ne peux lancer de combo avec un coup en bas de la ceinture. Une tactique basic voudrais que tu fasses des jambettes à ton adversaire jusqu’au moment où il bloque en bas, laissant ainsi le haut de son corps ouvert pour ton combo. C’est beaucoup de mind games, en fait!.»

«Comme je travaille à temps plein et que je danse également, l’idéal, pour moi, est de m’entraîner une à trois heures par soir", confie-t-il au passage avant d’ajouter qu’«un vrai "pro", lui, va s’entraîner beaucoup plus. «Ça peut monter jusqu’à 5 h à 6 h par journée. Ça devient une "job" rendue là. Ce n’est vraiment pas facile. C’est un milieu où il faut vraiment faire ses preuves, surtout si on veut être commandité. Ça prend une bonne éthique de travail.»

Shujinkydink en action.
Photo: André Péloquin
Shujinkydink en action.

Bien qu’il n’est pas près d’abandonner le Québec ni sa carrière de professeur de danse, Lord V Noodles lorgne tout de même les États-Unis, histoire de participer à quelques tournois ponctuels.

Une mise en garde, toutefois

Malgré les grosses cagnottes de certains tournois et le marasme entourant de plus en plus ce domaine, le sport électronique n’est pas qu’une partie de plaisir (excusez-la) selon Marilou Hudon.

«Je crois — et plusieurs experts abondent dans le sujet — que [...] les carrières en esports sont [courtes, car les athlètes] se brûlent rapidement", déplore-t-elle tout en pointant du doigt le concept du “gaming house”, une pratique coréenne de plus en plus populaire en Europe et en Amérique du Nord où on force une équipe de sport électronique à vivre, dormir, manger et s’entraîner dans la même demeure.

«Les joueurs sont recrutés et sont installés dans les "gaming houses" vers 15-16 ans. Ensuite, ils commencent à jouer professionnellement vers 18 ans, tout dépendants des lois et des ligues. À 20 ans, plusieurs sont déjà brûlés... et ce n’est pas seulement parce que leurs réflexes sont un peu moins rapides qu’auparavant. C’est aussi parce qu’ils sont écœurés d’être là. Et, tout dépendant de ton équipe et de la valeur qu’on y met sur l’éducation, tu peux te retrouver à 20 ans sans diplôme et tu dois continuer à jouer pour gagner ta vie. À 22, 23 ans, t’es tanné et tu délaisses la compétition pour devenir ‘streamer’ afin de gagner ta vie... et parce que t’as pas d’autres alternatives. À 26, 27 ans, tu n’as pas de diplôme, pas vraiment de vie personnelle puis tu rentres au Québec chez tes parents. Qu’est-ce que tu fais après ça? Comment relancer ta vie ensuite? C’est un modèle incroyablement dommageable.»

D’où l’importance de garder la tête froide, croit Éric Thavixay. «Faut prendre ça sérieusement, mais il faut aussi garder l’aspect "fun" de la chose. De plus, il faut être ouvert. Tu vas faire des erreurs. Tu vas en faire plein, mais tu vas apprendre de celles-ci. Mais bon, si je suis capable, si Alex Bilodeau est capable [NDLR: un autre champion local de jeux de combats), vous êtes aussi capables!»

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