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Mordecai Richler, sors de ce corps

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Connaissez-vous Martin Patriquin ? À première vue, c’est possible que le nom ne vous dise rien, mais si je vous rappelais ce fameux article du magazine MacLean’s clamant que le Québec est la province la plus corrompue du Canada ? Ou cette charge vitriolique du New York Times contre la désormais célèbre charte des valeurs de Pauline Marois et Bernard Drainville ?

Dans l’un et l’autre cas, ces brûlots sont l’œuvre fort discutable de ce Patriquin qui sévit dans plusieurs quotidiens anglophones, à la CBC et à iPolitics, un site d’opinions apparu sur internet il y a près de 10 ans et qui se targue de commenter par le menu toutes les grandes questions politiques.

C’est ainsi que Martin Patriquin a commenté, il y a une dizaine de jours, l’indignation presque unanime des Québécois contre le fait que Netflix peut se soustraire à la perception de la TPS et de la TVQ. Après avoir présenté Pierre Karl Péladeau comme le plus grand semeur de discorde du Québec (most divisive figure), Patriquin laisse entendre que c’est par intérêt personnel que PKP mène la charge contre l’iniquité fiscale que crée Ottawa en oubliant les taxes pour les géants du web.

PKP FERAIT LE MALIN

Québecor n’est-elle pas propriétaire d’illico, dont le succès freine l’expansion de Netflix au Québec ? PKP aurait même été assez malin, selon Martin Patriquin, pour convaincre des concurrents aussi notoires que Bell Média de faire campagne avec lui contre Ottawa et, en particulier, contre Mélanie Joly, la ministre du Patrimoine.

Patriquin rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, une attaque concertée du monde culturel du Québec avait empêché Stephen Harper de former le gouvernement majoritaire dont il rêvait. On se souviendra qu’en 2008, peu de temps avant l’élection générale, invoquant des économies nécessaires, Harper avait sabré 45 millions $ dans le budget de la culture, privant du même coup plusieurs troupes de faire des tournées à l’étranger.

C’est vrai que cette coupe sauvage avait déclenché un tollé, mais pas seulement au Québec, comme le prétend Patriquin. Dans cette affaire, le milieu québécois avait seulement été plus bruyant que le reste du Canada.

PATRIQUIN, UN BON QUÉBÉCOIS ?

Chaque fois qu’il plonge sa plume dans le venin pour parler du Québec, Patriquin ne manque pas de rappeler, toujours dans une langue anglaise recherchée et un style d’une grande élégance, qu’il est né au Québec et qu’il aime profondément sa province d’origine. Il est bien le digne successeur de feu mon ami Mordecai Richler, qui a entretenu toute sa vie une relation d’amour-haine avec le Québec.

Patriquin juge que l’arrivée de Netflix et des autres géants du web a profondément modifié le paysage. Au point où la nouvelle politique culturelle canadienne peut maintenant faire fi de la culture québécoise et favoriser surtout le milieu anglophone, « le poids politique du Québec étant devenu négligeable à Ottawa ».

Patriquin conclut qu’après avoir été presque oblitéré au Québec il y a sept ans, le Parti libéral y est maintenant si populaire – il a même fait élire au Lac-Saint-Jean son premier député en 37 ans – qu’il peut désormais ignorer les Québécois !

Je préfère croire que Patriquin a tort d’affirmer que le gouvernement de Justin Trudeau se fout des Québécois, mais le sort que le fédéral réserve aux travailleurs de la Davie Shipbuilding me rend perplexe. Si Patriquin avait raison ?

TÉLÉPENSÉE DU JOUR

Beaucoup de commentateurs font bien de donner leur opinion, car elle n’a pas beaucoup de valeur !