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Politique familiale : la CAQ à la recherche d’un bloc électoral

POL-CONSEIL GÉNÉRAL DE LA CAQ
AUDRÉ KIEFFER / AGENCE QMI

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Les ménages avec enfants – les familles donc – ne forment que le tiers de l’ensemble des ménages, soit grosso modo la même proportion que la part attribuable aux personnes seules. Comment expliquer alors l’attention politique qui leur est réservée?

Laissons de côté les explications du type « parce que les familles, c’est important », « parce que les familles en arrachent », ou encore le larmoyant « les enfants, c’est l’avenir ». Bien qu’il y ait un peu de vrai dans ces affirmations, elles ne nous permettent pas d’expliquer pourquoi les familles se trouvent invariablement au centre de l’attention politique.

Autant le Parti libéral du Québec que la Coalition avenir Québec (CAQ) se sont ouvertement mis à courtiser le vote des familles et ce n’est pas simplement parce que c’est « important » (si tel était le cas, le vote des écologistes devrait alors être chaudement disputé!). Les raisons d’un tel engouement pour les familles sont bien davantage à chercher du côté des impératifs électoraux qui motivent la définition des priorités des différents partis.

Prenons l’exemple de la CAQ afin de montrer en quoi l’orientation famille est d’abord pensée comme outil visant à maximiser les retombées dans les urnes plutôt que comme politique publique effectivement nécessaire. 

La CAQ : base traditionnelle

En récupérant l’Action démocratique du Québec (ADQ), François Legault a construit son parti en s’appuyant sur une base électorale à la cohérence idéologique double. D’abord, le conservatisme fiscal, qui a été la ligne de prédilection de Mario Dumont durant des années, constitue le premier pilier du socle électoral de la CAQ. Partant du principe que l’État est surdimensionné et qu’il gaspille les fonds qu’on lui confie, les partisans de cette orientation voient toujours d’un bon œil une promesse de réduction du « fardeau fiscal ». Selon cette optique, diminuer la charge fiscale des familles est une bonne chose. Pas vraiment parce que l’on se soucie des familles, mais simplement parce qu’on y voit un moyen parmi d’autres de diminuer les revenus de l’État.

Le second pilier du socle électoral de la CAQ est composé d’un courant plus socialement conservateur. Longtemps neutralisés en raison de la mainmise du PQ sur différentes branches du nationalisme, les conservateurs sociaux relèvent la tête depuis une vingtaine d’années. Chez cet électorat, l’orientation famille est importante parce qu’elle est la manifestation concrète d’une adhésion aux valeurs traditionnelles d’ordre, de morale et d’autorité.   

Orientation famille : consolidation et prospection

Pour François Legault, promettre d’aider les familles, c’est donc dans un premier temps travailler à consolider sa propre base. Les conservateurs fiscaux adorent parce qu’ils entendent « baisse d’impôt » et les conservateurs sociaux jubilent puisqu’ils comprennent « Vive la famille! ». En politique, satisfaire sa base est une condition essentielle à tout succès électoral et en ce sens les promesses de la CAQ sont certainement efficaces.

Cependant, la véritable efficacité de cette orientation réside ailleurs. Non pas dans la consolidation de la base caquiste, mais en ce qu’elle permet d’étendre cette base tout en renforçant son unité et sa cohésion.

Je m’explique.

Parmi les ménages avec enfants, nombreux sont ceux qui peuvent voir d’un bon œil l’augmentation de leur revenu disponible. Promettre d’augmenter les transferts fiscaux prévus pour épauler les parents ou  carrément diminuer l’impôt des familles, c’est envoyer un message facile à comprendre à des dizaines de milliers d’électeurs : « tu n’es peut-être pas d’accord avec mon programme, tu es peut-être indifférent par rapport à la politique en général, mais si tu veux plus d’argent dans tes poches, vote pour moi! »

Maximiser les retombées

Courtiser les familles comme la CAQ le fait, c’est donc poursuivre deux objectifs avec une seule promesse : consolider son vote acquis tout en prospectant sur des terres nouvelles. La magie réside ici dans le fait que pour la CAQ, cette opération s’effectue en conservant la cohérence d’ensemble de la proposition politique du parti (contrairement au PQ, par exemple, qui est écartelé entre sa volonté de préserver ce qui lui reste de vote social-démocrate tout en bloquant l’hémorragie de ses appuis vers la droite).

Aussi, une « mesure famille » bien ciblée permet à la formation de François Legault de se construire une image plus humaine et compatissante. Il peut alors flirter avec les thèmes de la justice sociale sans pour autant nuire à ses appuis à droite puisque l’objet de sa compassion n’est pas le « mauvais pauvre », mais la « bonne famille ».

C’est ce qu’on appelle maximiser les retombées d’une promesse.

En un tour de main, François Legault consolide sa base, étend ses appuis et adoucit son image. Le tout au moyen d’une seule promesse (soutenir les familles) qui a en plus le mérite d’être compréhensible en elle-même (contrairement, par exemple, aux promesses d’amélioration des services publics qui doivent être expliquées pour être comprises).

Évidemment, cela n’explique pas la montée de la CAQ dans les sondages ces derniers mois. Mais cela indique que ceux qui refusent de croire en la possibilité d’un gouvernement Legault devraient se raviser.