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Des travailleuses du sexe dévoilent les textos de leurs clients

Des travailleuses du sexe dévoilent les textos de leurs clients
Courtoisie

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« Sans capote? Et si on tombe enceinte, on fait comment pour la garde du gosse? Une semaine sur deux ? Je prends Noël, j’adore cette période... »

Elles sont sept travailleuses du sexe vivant en France et possèdent un sens de la répartie qui leur permet de ne pas perdre trop de temps avec les personnes chiantes (faut savoir se garder du temps pour ranger les bouteilles de champagne au réfrigérateur ou pour aller manifester contre l’esclavage des migrants en Libye). Elles publient en ligne leur réalité, pour ne pas que d’autres la trafiquent à leur place.

C’est pourquoi elles ont créé la populaire page Facebook Perles de Clients, qui recense les envolées lyriques de clients ou les demandes de fellation sans condom (parce qu’un sandwich, ça se mange sans cellophane, argumente un mec).

Au départ c’était pour décompresser, m’explique Sarah-Jeanne, une des TDS derrière le site. «C’est chouette si ça peut faire rire les travailleuses du sexe, leur permettre de se reconnaître et de se sentir moins isolées. Ce n’est pas une page de militantisme, mais on y trouve du soutien.»

La page est ensuite devenue plus inclusive, ouverte à tous, afin de dévoiler aux personnes qui ignorent la réalité de l’industrie de sexe l’envers du décor. « Nous voulions montrer que notre métier peut être drôle, et blessant, comme tous les métiers. C’était une envie de dédramatiser et de sortir de la dichotomie « esclavage sexuel » contre « travail de rêve et argent facile », enchaine Sarah-Jeanne.

 

Un coup de fouet dans les clichés

Leur popularité a grandi lorsque le journal français Le Monde et le magazine Neon se sont empressés de faire découvrir à leurs lecteurs ces travailleuses du sexe qui veulent donner un coup de fouet aux images de Pretty Woman ou de victime nymphomane sans dignité qui leur collent aux implants fessiers.

Les lecteurs ont craqué devant des perles de confusion et de franchise désarçonnante (un client qui s’insurge que « finalement les escortes sont des putes » reçoit comme réponse que « bien vu! Nous ne sommes pas des coiffeuses effectivement!») Et même de poésie (lorsqu’un client demande par texto à une escorte de lui écrire un truc intime, qui ne se retrouve pas sur son site web, elle lui confie « quand il pleut et que les escargots sortent sur le trottoir, je les ramasse un par un pour les remettre dans l’herbe. J’ai pas envie qu’ils se fassent écraser par les gens. »)

 

Une mécanique misogyne à mettre knock-out

Les sept femmes modèrent elles-mêmes leur page Facebook et expliquent que même si elles se moquent parfois des clients, en montrant leurs impolitesses et leur envie de les voir tout de suite-maintenant-lubrifiée-et-avec-des-bas-jaretelles-pas-filés, elles souhaitent d’abord exposer que le manque de respect ne vient pas de nulle part.  

Cette misogynie est partout dans la société, pas seulement dans les échanges entre clients et belles de jour ou de nuit. Quand un client tente de négocier le tarif pour un service sexuel, c’est, pour l’équipe des Perles de Clients, « le même mécanisme qui sous-tend l'idée du devoir conjugal, du harcèlement de rue, de la culture du viol: croire que les femmes sont des corps offerts, disponibles, à prendre, et que c'est naturel. »

 

Pour Sarah-Jeanne, la teneur des messages traduit donc quelque chose déjà présent dans la société et dans ce que reçoivent les femmes inscrites à des sites de rencontres traditionnels, mais « qui est exacerbé dans nos textos parce qu’en contactant une pute, les hommes se lâchent. »

Il y sinon beaucoup de clients potentiels qui tentent de les séduire, de les convaincre de prendre un café gratuitement avec eux entre deux rendez-vous professionnels et qui souhaitent échanger conseils pour une bonne sodomie contre séance de yoga tout nu.

Recevoir de tels messages provoque de la lassitude et de l’agacement, mais aussi l’envie impatiente de tout partager avec les amies. « On imagine le mec qui nous envoie ça, qui est sûrement un monsieur ordinaire avec sa petite vie irréprochable, sa famille, ses collègues. Parfois ça nous fait dire qu’on a de la chance de pas être la femme de ces mecs-là», explique Sarah-Jeanne.

Certaines correspondances les enchantent davantage au moins.  « Ce que je préfère c’est après une rencontre, quand le mec m’explique ce qu’il a aimé et pourquoi. J’aime aussi les messages de clients réguliers avec lesquels il y a une complicité. Les messages de clients qui prennent rendez-vous correctement, avec courtoisie, clarté et concision, ceux qui me font dire que je vais les voir avec trop de plaisir ceux-là, les petits chouchous. »

Même si la page Perles de Clients n’est pas là pour encourager un débat sur la prostitution, elle permet tout de même aux lecteurs de comprendre la réalité des travailleuses du sexe. Sarah-Jeanne conclue que si le sexisme et la violence auxquelles les travailleuses du sexe sont exposées est le reflet de la culture du viol, les travailleuses les vivent de manière très spécifique, du fait de la stigmatisation et de la criminalisation des actes sexuels tarifés.