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La boxe thaïlandaise

Au-delà de la puissance, « l’intelligence » est une arme redoutable en combat. Qui aura la meilleure attaque ou réplique à son adversaire ?
Photo Ben Pelosse Au-delà de la puissance, « l’intelligence » est une arme redoutable en combat. Qui aura la meilleure attaque ou réplique à son adversaire ?

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Tout au long de décembre, notre chroniqueuse participe à des entraînements de certains clubs récréatifs afin d’en relater son expérience. Peut-être de l’inspiration à venir pour vos objectifs de la nouvelle année ? À l’essai cette semaine : un entraînement de boxe thaïlandaise.

« Avant mon premier cours, j’étais tellement nerveux. Je pensais que j’allais mourir », raconte Alex.

Fan fini des arts martiaux, il a choisi de passer de la théorie à la pratique il y a quatre ans. Il entre dans le local avec assurance. Je suis derrière sans craindre pour ma vie, mais avec une nervosité réelle en apercevant le ring au fond de la salle.

Moi, me battre ?

« Je n’y vois aucune violence, dit Alex. C’est plutôt un dialogue, physique. »

Stratégie et puissance

On commence avec un échauffement au saut à la corde. On est loin de la « crème glacée, limonade sucrée, dis-moi le nom de ton cavalier... » de la cour de récréation. Plutôt, on active le cœur, on pratique le jeu de jambes et on travaille la coordination. Après quelques intervalles, on passe déjà à des exercices de technique de base contre adversaire.

Jacques Zorayan, entraîneur à Thailong, est mon adversaire, ou plutôt partenaire. « On est comme une grande équipe. Chacun s’entraide, et on apprend des forces et des techniques des autres athlètes », me dit celui-ci. Il demeure que le but du jeu en boxe thaïlandaise (ou Muay thaï), c’est d’être meilleur que la personne devant soi.

« Cela se passe non seulement avec de la puissance, mais aussi, et surtout, avec la stratégie. Il faut être plus intelligent que l’autre », ajoute Jacques.

Sport technique et complet

Hanches face vers l’avant, la jambe dominante légèrement derrière, les mains près du visage, le menton abaissé « pour protéger ta mâchoire », j’apprends les déplacements dans la position de base. Ensuite, comme néophyte, tout est à travailler, comme « tous » les coups sont permis en boxe thaïlandaise : coup de pied, coup de poing, coup de coude et coup de genou.

Jacques me démontre d’abord les coups de pied (en fait, des coups de tibia, que j’apprendrai). Chacun de mes kicks doit être administré avec toute la puissance dont je suis capable. La force vient du pivot et des hanches.

« Je vais te kicker dans les côtes », me dit Jacques, qui m’enseigne maintenant les techniques pour absorber les coups. J’ai le réflexe de me protéger avec les mains, « ce qui pourrait te casser les doigts », puis l’autre de me reculer, « ce qui donne l’avantage à ton adversaire, qui a plus d’amplitude pour gagner en puissance ». En somme, mes réflexes sont tout faux. Il faut plutôt que je me « regroupe ». Jacques me présente les autres techniques de défense : agripper ou repousser. Il y a mille et une stratégies à adopter, dans un sport lors duquel l’action s’enchaîne rapidement.

« Il y a toujours quelque chose à apprendre. Ça ne finit jamais », me dit Jacques. Je me concentre à garder mes mains près de mon visage, à conserver une posture de base solide en tout temps. À mes côtés, les duos pratiquent les mêmes enchaînements que moi, à plus haute intensité. Toujours, l’entraîneur va les voir pour leur donner des conseils. Peu importe leur niveau, ils ont, eux aussi, mille choses à apprendre.

Maîtriser son corps d’abord

À la fin du cours, on passe à des exercices dans des sacs pendant que l’entraîneur s’exerce avec un élève à la fois. Coude, jab, direct, kick... Jacques ordonne les mouvements, et les élèves les exécutent en y mettant toute leur force. Après cinq minutes, l’athlète en duel se laisse tomber à terre, épuisé.

Vient mon tour. Le temps s’arrête, tous mes sens et mon énergie sont sollicités au maximum. En tout temps, je dois connaître la position de mon corps – et de chacun de ses membres – puis administrer le coup d’attaque ou de défense enseigné plus tôt. Je n’ai qu’à me concentrer sur ma personne, sans craindre ou anticiper les réponses physiques de mon adversaire, et j’en suis épuisée.

« Je viens ici pour développer une meilleure maîtrise de mon corps », me dit Alexandre.

« Et tu ressors complètement crevé. Même le mental est extrêmement sollicité », ajoute-t-il. J’ai à peine la force d’acquiescer.

Envie d’essayer ?

« C’est ma thérapie », entend souvent Jacques Zorayan, entraîneur à Thailong. Beaucoup de ses athlètes viennent une ou deux fois par semaine, parce qu’ils aiment l’ambiance, les demandes physiques du sport et ses effets délicieusement libérateurs. D’autres sont encore plus assidus, cherchant à toujours améliorer leur technique. Puis il y a les quelques autres compétitifs, qui participent à des combats.

« Tout le monde est ensemble. Il y a des niveaux plus experts, mais j’encourage le multiniveaux parce que les échanges entre les athlètes sont vraiment riches et que ça crée une belle communauté », explique Jacques.

Tous les arts martiaux ont leur spécificité, et chaque école, son approche. À Thailong, Jacques privilégie l’apprentissage de la technique par la pratique : la découverte de la théorie dans des exercices de combat. Il est possible de se joindre à un groupe en essai, gratuitement et sans réservation. Les séances de type sparring mettant en scène des combats (contrôlés et encadrés) sont toutefois réservées aux athlètes assidus.