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Sens de l’organisation et belle simplicité

Mike Sherman pense en fonction de la collectivité

Mike Sherman fera ses débuts dans la Ligue canadienne de football à la barre des Alouettes.
Photo Agence QMI, Dario Ayala Mike Sherman fera ses débuts dans la Ligue canadienne de football à la barre des Alouettes.

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Pour une surprise, l’embauche de Mike Sherman à titre d’entraîneur en chef des Alouettes en est toute une ! Mais ce n’est pas parce qu’il a connu de beaux succès à la barre des Packers de Green Bay, de la prestigieuse Ligue nationale de football, qu’il faut s’attendre au retour de la coupe Grey à Montréal l’an prochain. Sherman est très explicite quant à la somme de travail qui attend tout le monde chez les Alouettes. Il possède visiblement un bon sens de l’organisation en plus de démontrer une belle simplicité.

Durant son allocution de près d’une dizaine de minutes hier, on n’a pas senti chez lui ce sentiment de supériorité qui anime certains entraîneurs américains qui débarquent au Canada.

Il ne s’est pas affiché comme un vendeur, comme on l’avait vu avec Dan Hawkins, qui n’avait fait que cinq matchs avec les Alouettes en 2012.

C’est debout et sans notes écrites qu’il a entretenu les journalistes et une poignée d’abonnés de saison réunis dans un hôtel du centre-ville, hier matin. Son discours était captif.

Il n’a pas fait mention de ses cinq années à Green Bay, où il a occupé les doubles fonctions de directeur général et d’entraîneur en chef de cette célèbre organisation durant quatre ans.

De 2000 à 2005, Mike Sherman a été la barre des Packers de Green Bay dans la NFL.
Photo REUTERS
De 2000 à 2005, Mike Sherman a été la barre des Packers de Green Bay dans la NFL.

Soulignons en passant que son pourcentage victorieux de ,663 (53-17) lui confère le deuxième rang dans l’histoire de cette équipe derrière le grand Vince Lombardi (fiche de 89-29-4 pour une moyenne de ,754).

C’est en répondant à une question en rapport avec Brett Favre, qu’il a dirigé durant son association avec les Packers, qu’il a mentionné son nom.

Scherman n’a jamais parlé de lui-même et de ses réalisations.

La recette du succès

Son discours était axé sur la marche qu’une organisation doit suivre pour arriver au succès. Il a cité les critères suivants : esprit d’équipe, goût de la victoire, horreur de la défaite, sens des responsabilités, passion, discipline et respect de la stratégie.

Rien de sorcier, comme il l’a dit lui-même, mais des choses essentielles au succès d’une équipe.

Le 24e entraîneur de l’histoire des Alouettes amène une vaste expérience de 38 ans dans le coaching. En plus de travailler dans la NFL, il a œuvré aux niveaux universitaire A&M et secondaire.

On voit aussi Mike Sherman à l’époque où il a dirigé le A&M de l’Université du Texas dans la NCAA.
Photo REUTERS
On voit aussi Mike Sherman à l’époque où il a dirigé le A&M de l’Université du Texas dans la NCAA.

Le football est sa passion.

Une belle preuve est qu’il a dirigé l’équipe de l’école secondaire Nauset Regional, où il habite à Cape Cod, de 2015 jusqu’au mois de mai dernier.

« Certains se passionnent pour le golf, mais je ne joue pas au golf », explique-t-il en riant.

Les confrontations Canadien-Bruins d’antan

Originaire de la région de Boston, il ne manquait rien des confrontations Canadien-Bruins dans sa jeunesse.

« Je n’étais pas le plus fanatique des amateurs de hockey, mais ces matchs m’intéressaient grandement pour la grande rivalité qui opposait ces deux équipes, a-t-il raconté.

C’était à l’époque des Big Bad Bruins. Ils misaient sur les grandes vedettes qu’étaient Bobby Orr et Phil Esposito. Le Canadien comptait dans ses rangs Ken Dryden, qui m’a toujours fasciné, et Guy Lafleur.

Je ne peux pas dire que je détestais le Canadien, mais je n’aimais pas qu’ils battent les Bruins. C’est arrivé souvent dans les séries ! »

« Les deux organisations cherchaient continuellement l’excellence et je pense que cela a exercé une influence sur ma carrière d’entraîneur ».

Homme de famille

Sherman dit aimer les défis et trouver des solutions.

Dieu sait qu’il hérite d’un tas de problèmes avec les Alouettes.

Or, il ne serait pas venu à Montréal sans l’assentiment de son épouse Karen avec qui il partage sa vie depuis 35 ans et qui lui a donné cinq enfants.

« Si elle avait dit non, un autre que moi serait ici devant vous, a-t-il indiqué.

Je compte beaucoup sur elle et je ne me vois pas vivre séparé d’elle. »

Il n’était jamais venu à Montréal avant d’y faire sa première visite il y a une dizaine de jours. En retournant chez lui, il a assuré sa femme qu’elle se plairait ici.

Le couple a été émerveillé par sa visite à la basilique Notre-Dame et dans le Vieux-Montréal mardi. Il devait se rendre au campus de l’Université McGill après la conférence de presse d’hier avec leur fille Selena, qui pourrait faire ses études à Montréal.

Un actif pour le recrutement

S’il se présente comme un personnage sans prétention, il ne fait pas de doute que sa présence donnera de la crédibilité aux Alouettes.

Ses contacts aux États-Unis et sa réputation devraient aider l’organisation dans sa quête de joueurs américains de talent.

« Il faudra faire un énorme travail de dépistage afin de dénicher des joueurs qui pourront nous aider, a-t-il dit à cet égard.

Je pense qu’avec mes contacts, pas seulement avec les équipes de la NFL et leurs directeurs généraux, mais aussi avec leur service de recrutement, on sera en mesure de trouver des joueurs de talent.

Ces recherches seront la clé de notre succès sur le terrain. »

L’audace de Reed a rapporté

C’est en obtenant le numéro de téléphone de Mike Sherman par l’entremise du gendre de celui-ci, qui fait partie du personnel d’entraîneurs adjoints des Rams de Los Angeles, que Kavis Reed a établi le contact avec celui qui devait devenir éventuellement son nouvel entraîneur en chef.

Le directeur général des Alouettes ne détenait aucune information à l’effet que le poste pourrait intéresser Sherman. Il ne l’avait jamais rencontré. Mais il a fait preuve d’audace. Il s’est dit qu’il n’avait rien à perdre.

« Les chances de réussite étaient minces (il utilise le terme long shot en anglais), raconte Reed.

« On a parlé strictement de football en termes généraux lors de notre premier entretien. Je dirais que ce fut un élément clé pour la suite des choses. On a parlé de son expérience et des gens avec qui il a travaillé. Ce premier contact a servi de fondation aux conversations qui ont suivi

« Je lui ai parlé de notre situation à Montréal. Je lui ai demandé comment on peut arriver à maintenir de la constance dans le rendement d’une équipe. Mais je n’ai pas sondé son intérêt pour le poste tout de suite. Je ne voulais pas brusquer les choses. »

Les discussions se sont échelonnées sur six semaines.

« Sa venue est quelque chose de grandiose pour notre organisation, continue Reed.

« La présence d’un entraîneur de sa trempe va nous aider à replacer notre équipe où elle devrait être. Ça va nous aider beaucoup aussi en ce qui a trait au recrutement. »

Un boni

La direction des Alouettes sentait-elle le besoin de réussir un coup d’éclat pour se repositionner sur l’échiquier sportif montréalais ?

« Pas nécessairement, mais ne vous méprenez pas sur mes propos, répond Andrew Wetenhall, fils du propriétaire de l’équipe.

« La venue de Sherman nous procure de la crédibilité et de la visibilité. Mais on avait été clair aussi quand on a lancé le processus de recherche du prochain entraîneur. On voulait quelqu’un capable de relancer l’organisation.

« On a rencontré plusieurs candidats. Il y en avait plusieurs qui possédaient de bonnes compétences. On voulait prendre le temps qu’il fallait. Mais l’arrivée de Sherman se veut en quelque sorte un boni.

« En plus d’être doté des qualités que l’on recherchait, il possède une grande réputation. On ne peut demander mieux. »