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Le chantage américain

Donald Trump
Photo AFP Donald Trump

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Il n’y a qu’une seule règle contre les maîtres chanteurs : ne jamais céder à leur chantage. Parce que les maîtres chanteurs exigent chaque fois davantage de leurs victimes. Aussi, quand les États-Unis se comportent comme des maîtres chanteurs, une seule solution est possible : leur dire non.

Les États-Unis menacent de lourdes sanctions les États qui ne votent pas comme eux sur Israël. Un comble dans une assemblée où chaque pays peut voter selon sa conscience et ses intérêts. Comment Donald Trump peut-il à la fois condamner les Nations-Unis et en même temps demander le soutien actif des Nations-Unis pour isoler la Corée du Nord ou l’Iran ? Trump n’est pas à un paradoxe près.

1. Que demande la résolution ?

La résolution qui a été adoptée hier à l’Assemblée générale des Nations unies est banale. Elle ne nomme même pas les États-Unis. Tout au plus, elle affirme que toute décision qui altère le statut de Jérusalem est nulle et sans effet. Elle ne fait que reprendre les résolutions votées depuis des années à propos de la Palestine et d’Israël. Aucun pays n’est même obligé de s’y soumettre. Au total, 128 États ont voté pour la résolution ; 9 ont voté contre, dont Israël, les États-Unis et quelques petits pays ; 35 se sont abstenus, dont le Canada et le Mexique ; 21 ne se sont pas présentés au vote.

2. Pourquoi le Canada s’est-il abstenu ?

La diplomatie canadienne fait courir la rumeur que le Canada voulait voter du côté des États-Unis, mais qu’en raison du chantage américain, pour ne pas sembler être une marionnette du gouvernement américain, le Canada a changé sa décision et s’est abstenu. L’histoire est douteuse. Dans tous les cas, le Canada a un urgent besoin d’examiner comment se libérer des griffes du maître chanteur que son voisin du sud est devenu.

3. Pourquoi la politique américaine est-elle assimilable à du chantage ?

La démarche des États-Unis ne fait pas appel à la raison. Elle ne consiste pas à défendre une position avec des arguments logiques. Il ne s’agit pas de convaincre les autres pays de la justesse des vues américaines. Non. Il s’agit principalement de dire aux autres pays que s’ils ne votent pas comme eux, alors ils seront sanctionnés. Dès lors, pourquoi voter ? Cette attitude est pour le moins troublante de la part d’un pays qui se veut la plus grande démocratie du monde. Elle en dit long sur les principes qui gouvernent les dirigeants américains actuels.

4. Pourquoi les États-Unis menacent-ils de sanctions les États qui ne votent pas comme eux ?

Le résultat du vote était évident. Mais Trump a décidé d’en faire une question personnelle. En menaçant les pays qui votaient contre la résolution, il a posé une action d’éclat qui a décuplé l’importance du vote. Trump s’en sert maintenant pour mieux justifier le désengagement financier des États-Unis de l’ONU et de plusieurs pays. Ce retrait des financiers flatte l’isolationnisme d’une partie de l’électorat de Trump et pourrait faire monter sa cote de popularité des républicains.

5. Quels seront les effets du vote ?

Le vote d’hier est un jalon historique. Il mesure l’influence directe des États-Unis dans le monde. Cette influence est très réduite par rapport à celle d’il y a quelques décennies. Elle marque aussi le passage d’une diplomatie parmi les meilleures au monde à une diplomatie de fier-à-bras. Une diplomatie qui isolera les États-Unis.