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Un humanisme hautement contagieux

<i>L’humanité, ça sent fort|Chroniques 2011-2017</i></br>
Émilie Dubreuil</br>
Préface de Rafaële Germain</br>
Éditions Somme toute
Photo courtoisie L’humanité, ça sent fort|Chroniques 2011-2017
Émilie Dubreuil
Préface de Rafaële Germain
Éditions Somme toute

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S’il fallait à tout prix trouver un équivalent à cette auteure, je penserais aussitôt à Pierre Foglia, dont on s’ennuie énormément. Bref c’est à lui que me fait penser Émilie Dubreuil dans sa détestation de la vie brune et tiède et souvent désespérante. Mais en même temps, on n’est pas obligé de lui trouver un équivalent. Émilie se tient par elle-même, elle n’a pas besoin de comparable et elle est unique.

Écrivant merveilleusement bien, en allant droit au but, Émilie sait raconter des histoires sans en avoir l’air, des histoires de filles et de gars entremêlées, parfois aussi avec des enfants. Des histoires d’amitié et de retrouvailles, de ruptures, de larmes et de colère devant l’imbécillité et la laideur qui plombe « nos plus beaux paysages [...] à grand renfort de Miracle Whip ».

L’humanité qui sent fort

Qu’il s’agisse d’amours perdus, de drague, de vieux souvenirs enfouis depuis l’enfance, de météo et de décors à couper le souffle, à Tadoussac ou en Gaspésie, on en prendrait encore. Je ne lis jamais ses chroniques, sauf lorsqu’un « ami » Facebook en partage une sur sa page, mais je me dis que c’est bien ainsi, car je la découvre avec émerveillement, dans ce recueil d’une quarantaine de chroniques écrites sur quelques années, dans différents médias.

Qu’elle nous parle de ses copines et de leur présence nécessaire pour affronter la vie drabe, de sa grand-mère nonagénaire « en décalage avec notre époque », qu’elle pourfende ceux qui « ne parlent pas un crisse de mot français » après huit ou dix ans de présence au Québec, ou nos vilains tics de langage, « une problématique, comme genre style » l’humanité, celle qui « sent fort » et j’ajouterais, qui sent bon la solidarité, n’est jamais loin et ça fait du bien.

Parce qu’un jour ou l’autre, nous avons tous traversé des déserts affectifs, des moments de profond découragement, « des passes difficiles » et que nous avons cherché ce qui pouvait nous consoler, nous réconcilier avec la vie, nous faire rêver de nouveau, en nous demandant, avec l’espoir retrouvé, si la vie ne serait pas, après tout, « une immense table de billard où nos relations se font et se défont au gré des coups de bâton ». Parfois, c’est l’ami. D’autres fois, le scotch, le vin ou les pilules...

Humilité de la vie

Encore d’autres fois, c’est la jolie barmaid à l’oreille attentive, ex-étudiante en théâtre, une superbe rousse au sourire tranquille et apaisant. « Des hommes, des femmes, des intellos pour la plupart, se succédaient sur les bancs haut perchés et la jolie rousse s’occupait d’eux. » Elle était leur mère, leur grande sœur. Disparue trop tôt, avant même d’avoir cinquante ans, elle avait réussi, malgré l’humilité de sa vie, « son métier d’être humain ». On en redemanderait encore et encore, des Julie la Rousse et des Émilie de la rue Saint-Urbain, parce que « les autres, c’est aussi le paradis ».

« Comment fait-on quand une très grande partie de sa collectivité ne nous aime pas la face, nous conspue, nous désavoue ? », se demande-t-elle en se mettant dans la peau d’un Jean Charest pendant la crise étudiante, dans un sursaut d’humanité. Question sans réponse que le bruit des casseroles n’est pas parvenu à étouffer.