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De réfugiée à pilote intrépide

Née en Afghanistan, elle a relevé de nombreux défis pour devenir la plus jeune à faire le tour du monde en solo

Shaesta Waiz était de passage en novembre à Montréal à l’occasion d’un congrès de l’OACI. On la voit ici au décollage à Athènes lors de son tour du monde à bord de son petit avion.
Photo Matthieu Payen Shaesta Waiz était de passage en novembre à Montréal à l’occasion d’un congrès de l’OACI. On la voit ici au décollage à Athènes lors de son tour du monde à bord de son petit avion.

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Une jeune pilote d’avion de 30 ans, née dans un camp de réfugiés en Afghanistan, veut être une source d’inspiration pour les jeunes filles après avoir bouclé un périlleux tour du monde en solitaire.

En visite à Montréal, Shaesta Waiz a laissé de côté les commandes de son petit monomoteur – un Beechcraft Bonanza A36 – mais pas sa tenue de pilote parée de tous les logos de ses commanditaires.

La jeune femme qui vit en Floride se rend régulièrement dans la métropole, où siège son plus grand soutien l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Et à chaque visite, elle en profite pour inciter les jeunes filles d’ici à entreprendre comme elle des études scientifiques et technologiques.

Et quoi de mieux que le récit de son tour du monde pour prouver à des enfants que tout est possible grâce aux sciences. Souriante et accessible, Shaesta Waiz n’hésite pas à répondre à toutes sortes de questions : « Comment fait-on pipi dans un petit avion ? », « Est-ce que ça t’arrive de t’endormir aux commandes ? » ou encore « Est-ce que ta maman te manque ? »

Afghanistan

Durant son périple, la jeune femme a été confrontée à une belle frousse, mais il semble que surmonter les difficultés est chez elle une seconde nature.

Shaesta Waiz est née près de Kaboul en Afghanistan en 1987, alors que les Soviétiques tentaient d’envahir le pays. Réfugiée aux États-Unis avec sa famille, elle a vécu une enfance austère dans un quartier défavorisé de Richmond, en Californie.

« Je n’avais pas le droit de parler anglais chez moi, nous parlions seulement pachtou et farci, les deux langues afghanes, dit-elle. Jusqu’à l’âge de 16 ans, je pensais devoir me marier jeune et faire des enfants, comme ma mère et ma grand-mère. »

Mais sa persévérance à l’école lui a permis de changer le cours des choses et d’entrer au collège, une première dans la famille.

Elle est également parvenue à vaincre sa phobie des avions, à l’occasion d’un voyage en Floride. « J’avais 17 ans et en montant à bord, j’étais terrorisée, raconte-t-elle. Dans mon siège, je m’agrippais aux accoudoirs, j’imaginais l’avion décoller, remuer dans tous les sens et s’écraser. »

Après un décollage en douceur, elle s’est détendue et s’est mise à réfléchir aux nouveaux horizons qui s’ouvraient devant elle grâce à ce moyen de transport : « Tous les noms de pays que j’avais appris en classe pouvaient devenir des lieux à visiter. »

En contrôle

Cette passion naissante lui a permis de réussir ses études, en dépit des vents défavorables. La jeune fille timide issue d’une famille modeste a dû se fondre dans un milieu très masculin aux côtés de camarades qui rêvaient de devenir pilotes depuis leur plus tendre enfance.

« Il a fallu que je change ma personnalité pour me montrer plus en contrôle et prouver que j’étais capable de prendre les commandes », dit-elle.

Alors qu’elle avançait dans les études, Shaesta Waiz n’a jamais oublié, jamais, toutes ces filles qui comme elle n’ont pas eu une enfance dorée, mais qui n’ont jamais pu réaliser leur rêve.

C’est avec cette idée en tête qu’elle a lancé il y a quatre ans son projet de tour du monde en avion en solitaire.

Avec l’aide de l’OACI, elle a réalisé son voyage en 30 étapes, rencontrant à chaque arrêt des dizaines d’enfants auprès desquels elle faisait la promotion des métiers de l’aviation. « C’est bien de lire l’histoire d’une fille qui vole autour du monde, mais c’est encore mieux quand les enfants peuvent la rencontrer et voir l’avion », affirme-t-elle.

Record

Revenue de son périple en octobre avec le record de la plus jeune femme ayant fait le tour du monde en solitaire, elle souhaite se consacrer à l’éducation des jeunes.

Elle vient de mettre sur pied une bourse d’études à laquelle tous les enfants du monde peuvent postuler, sans distinction d’origine, de sexe ou de religion. « Chaque jeune doit avoir la conviction que tout est possible pour lui », dit-elle.

Embarquer dans une carrière de pilote de ligne n’est pas à l’ordre du jour pour Shaesta Waiz. « Je préfère piloter les petits avions, dit-elle. Mais on ne sait jamais ce que la vie nous réserve. »

Grosse peur

Le froid canadien a bien failli être fatal à Shaesta Waiz. Peu après le début de son tour du monde en mai dernier, elle a décollé de Halifax, en Nouvelle-Écosse, en direction du Portugal. Une étape dangereuse à bord d’un petit avion volant à 9000 pieds de haut et plafonnant à 300 km/h. En cas de pépin, son avion pouvait s’écraser en 6 minutes.

Alors qu’elle survolait l’océan Atlantique depuis trois heures, son antenne a gelé et s’est décrochée de l’avion. « Mon cœur s’est mis à battre très fort. Rapidement, j’ai fait demi-tour pour rejoindre la côte. Pendant ce trajet interminable, l’antenne frappait l’avion violemment. Je regardais en bas et je voyais les vagues s’entrechoquer en dessous de moi. Mais j’ai su reprendre le dessus sur mes émotions pour finalement atterrir en urgence à Saint-Pierre-et-Miquelon. » Après avoir réparé son antenne, elle a pu se rendre à Saint-Jean de Terre-Neuve et reprendre son voyage.

Tour du monde en 29 étapes