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Sous l’emprise des Hells Angels

Les motards ont clairement établi leur mainmise sur le crime organisé québécois au cours de l’année 2017

Marc Bordage, qui figurait parmi les criminels les plus recherchés, a fait l’objet d’une arrestation spectaculaire au centre-ville le mois dernier. Le motard de 54 ans était en cavale depuis 2009. Il aurait été désigné par un délateur comme un membre des « Filthy Few », soit la distinction des Hells qui ont tué pour l’organisation.
Photo courtoisie, Cogeco Nouvelles Marc Bordage, qui figurait parmi les criminels les plus recherchés, a fait l’objet d’une arrestation spectaculaire au centre-ville le mois dernier. Le motard de 54 ans était en cavale depuis 2009. Il aurait été désigné par un délateur comme un membre des « Filthy Few », soit la distinction des Hells qui ont tué pour l’organisation.

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Si 2016 fut l’année du retour en force des Hells Angels, 2017 a vu les motards établir leur mainmise sur le marché criminel québécois.

« Les Hells Angels et leurs clubs affiliés sont devenus l’élément criminel le plus influent et le plus puissant au Québec. Pour les corps policiers, la question n’est plus tellement de tenter de les éliminer du paysage, mais plutôt de freiner leur expansion et leur emprise sur le territoire », observe Pierre de Champlain, auteur de plusieurs livres sur le crime organisé.

Le nouveau chef de la police de Montréal (SPVM), Martin Prud’homme, abondait dans le même sens en entrevue au Journal le 20 décembre.

« Est-ce qu’on va les enrayer ? Non. Mais on va s’y attaquer et les contrôler », disait-il.

Alors qu’il dirigeait la Sûreté du Québec (SQ), M. Prud’homme a remis les Hells en tête des priorités de la police provinciale en 2017, en décriant leur « intimidation ».

La SQ avait tenté de leur porter un coup fatal avec l’opération SharQc qui a permis d’écrouer la centaine de membres en règle que les Hells comptaient en 2009. Mais ils sont revenus plus forts que jamais.

Enracinés partout

La bande criminelle, qui a fêté ses 40 ans d’existence au pays en décembre, contrôle le marché des stupéfiants sur la quasi-totalité de la province. Elle perçoit une « taxe » de 10 % des recettes de vente de drogue auprès des trafiquants qui louent « son » territoire.

Ses 70 membres full patch présentement en liberté comptent sur pas moins de 187 aspirants au sein de 12 clubs supporteurs pour leur prêter main-forte dans le trafic de drogue et d’autres activités criminelles.

« Ils sont enracinés partout et contrôlent bien le territoire. Ils profitent de chaque occasion, notamment lors de festivals, pour se faire voir en public et mettre en évidence leurs couleurs », note M. de Champlain, qui a aussi travaillé à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) comme analyste du renseignement.

Mafia en reconstruction

Contrairement à la mafia italienne, les Hells « ont l’avantage de profiter d’un énorme bassin de recrutement dans toutes les régions du Québec », mentionne Pierre de Champlain.

Parlant de la mafia montréalaise, elle a connu l’une des années les plus calmes de la dernière décennie au chapitre des règlements de comptes sanglants.

Mais la mafia reste « considérablement affaiblie et désorganisée » après plus de 10 ans d’une lutte de pouvoir meurtrière, selon l’ex-spécialiste de la GRC.

Le Journal rapportait le 13 décembre que Vittorio Mirarchi, un protégé du caïd Raynald Desjardins, serait pressenti comme le « prochain parrain ». Le jeune mafioso d’origine calabraise vient de retrouver sa liberté après six ans de prison pour avoir comploté en vue de l’assassinat de l’aspirant parrain Salvatore Montagna en 2011.

« Il devra démontrer sa capacité à s’imposer et à se faire respecter. Il aura comme défi de rebâtir les ponts entre les différentes factions de la mafia par le recours à la médiation », d’après M. de Champlain.

Bilan 2017 : Crime organisé

Ripoux libérés

Marc Bordage, qui figurait parmi les criminels les plus recherchés, a fait l’objet d’une arrestation spectaculaire au centre-ville le mois dernier. Le motard de 54 ans était en cavale depuis 2009. Il aurait été désigné par un délateur comme un membre des « Filthy Few », soit la distinction des Hells qui ont tué pour l’organisation.
Photos d’archives

L’année 2017 a également été celle de la libération d’un ex-policier spécialiste des motards criminels et un ancien avocat de la mafia montréalaise, qui avaient tous deux été emprisonnés pour gangstérisme. Benoit Roberge et Loris Cavaliere ont pu réintégrer leur domicile après avoir chacun fait leur mea culpa devant la Commission des libérations conditionnelles du Canada. Roberge, un retraité du SPVM, avait purgé trois des huit années d’une peine infligée pour avoir vendu des informations aux Hells Angels. Cavaliere, qui a notamment défendu le défunt parrain Vito Rizzuto, avait facilité les activités de certaines têtes dirigeantes du crime organisé montréalais qui tenaient leurs réunions dans son bureau d’avocat.

Les maîtres du pot

Marc Bordage, qui figurait parmi les criminels les plus recherchés, a fait l’objet d’une arrestation spectaculaire au centre-ville le mois dernier. Le motard de 54 ans était en cavale depuis 2009. Il aurait été désigné par un délateur comme un membre des « Filthy Few », soit la distinction des Hells qui ont tué pour l’organisation.
Photos d’archives

Le Journal révélait en septembre que la pègre asiatique exerce maintenant « le monopole » de la culture intérieure de marijuana à Montréal, Laval et Longueuil, d’après le SPVM qui a multiplié les saisies dans des sous-sols de « maisons de pot » en 2017. Quatre plants sur cinq saisis dans la métropole québécoise proviennent des cultivateurs d’origine asiatique, qui exploitent « au moins » 500 plantations d’envergure – de 300 à 1500 plants chacune – chaque année, seulement sur l’île de Montréal. La légalisation du joint de pot au Canada en 2018 ne devrait pas les affecter puisque la majeure partie de leur production serait exportée sur la côte est des États-Unis.

Commandos de tueurs

De gauche à droite: Leeroy Abraham, Elvis Comoe, Jeff Joubens Theus, Ebamba Lufiau, Kens Emmanuel Noël, Vladimir Laguerre.
Photos d’archives
De gauche à droite: Leeroy Abraham, Elvis Comoe, Jeff Joubens Theus, Ebamba Lufiau, Kens Emmanuel Noël, Vladimir Laguerre.

L’année 2017 a permis d’établir que la mafia montréalaise avait déjà eu recours aux gangs de rue pour exécuter ses « jobs de bras », incluant des contrats de meurtre. Les meurtres de Gaétan Gosselin – qui était le meilleur ami du caïd Raynald Desjardins – et de Vincenzo Scuderi, commis en janvier 2013, ont été résolus en juin dernier par les plaidoyers de culpabilité de cinq membres du Unit 44, un gang du quartier Rivière-des-Prairies proche des Bô-Gars. Également en juin, une demi-douzaine de jeunes gangsters associés aux Rouges ont été arrêtés et accusés d’un meurtre et de trois incendies criminels. Ils auraient notamment abattu Angelo D’Onofrio par erreur, en 2016, dans un café italien, en confondant la victime de 72 ans avec un mafioso du clan Rizzuto.

Assassiné devant son fils

Marc Bordage, qui figurait parmi les criminels les plus recherchés, a fait l’objet d’une arrestation spectaculaire au centre-ville le mois dernier. Le motard de 54 ans était en cavale depuis 2009. Il aurait été désigné par un délateur comme un membre des « Filthy Few », soit la distinction des Hells qui ont tué pour l’organisation.
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Il n’y a eu qu’un seul meurtre lié à la mafia italienne à Montréal, en 2017. Mais les assassins d’Antonio De Blasio auraient pu choisir un autre moment pour exécuter leurs basses œuvres que le soir du 16 août. Les tueurs ont enfreint une règle non écrite dans le crime organisé lorsqu’ils ont criblé de balles le mafioso de 45 ans sous les yeux de son jeune fils, au parc Ladauversière, dans l’arrondissement de Saint-Léonard, où l’ado venait de terminer son entraînement de football. De Blasio avait déjà été avisé par les policiers que sa vie était en danger. Le mobile de ce meurtre non résolu reste un mystère.

La poudre de la pègre libanaise

Marc Bordage, qui figurait parmi les criminels les plus recherchés, a fait l’objet d’une arrestation spectaculaire au centre-ville le mois dernier. Le motard de 54 ans était en cavale depuis 2009. Il aurait été désigné par un délateur comme un membre des « Filthy Few », soit la distinction des Hells qui ont tué pour l’organisation.
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Le 29 mars, deux hommes de Mirabel ont été arrêtés en Ohio, aux États-Unis, quand leur avion, qui revenait au Canada avec une cargaison de 132 kilos de cocaïne, a dû se poser d’urgence en raison d’ennuis mécaniques. Le pilote Sylvain Desjardins et le camionneur David Ayotte étaient à la solde d’importateurs de drogue québécois reliés à la pègre libanaise. Une enquête du SPVM sur ce réseau a démontré que cette organisation faisait 3 millions $ de revenus par mois et écoulait en moyenne 2 kilos de cocaïne par jour sur le marché canadien. Desjardins a écopé de huit ans de pénitencier cet automne, comparativement à cinq ans pour Ayotte.