/weekend
Navigation

Décrire la vie avec une pointe de nostalgie

À peine un petit air de jazz
Photo courtoisie, Éditioins du Boreal À peine un petit air de jazz
Gilles Archambault
Éditions Boréal
120 pages

Coup d'oeil sur cet article

Pour son 40e livre, À peine un petit air de jazz, Gilles Archambault propose un recueil de 34 nouvelles qui racontent, en petites scènes, en instants volés, l’histoire douce-amère d’un être dont la vie est faite de choses à la fois complexes et simples comme le bonheur et l’amour, le passage du temps... et sa passion pour le jazz.

Gilles Archambault, l’écrivain de l’intimité, de la nostalgie, évoque aussi la fragilité de la vie, la joie, la souffrance, les rêves, les déceptions.

« J’aime de plus en plus le genre de la nouvelle, parce que c’est conforme à mes goûts. Je ne suis pas le genre de lecteur qui lit à tous les deux ans À la recherche du temps perdu. Je suis prêt à accepter le génie des grandes et longues œuvres, mais mon petit génie à moi n’est pas capable de faire ça puis ça n’intéresse pas le petit Gilles de faire ce genre de choses », dit-il avec humour.

Le talentueux écrivain raconte que la dernière nouvelle, plus longue, avait été écrite et réécrite. Les autres textes ont été faits pendant les semaines et les mois où il se languissait à la maison à cause d’un problème de genou. « J’étais vraiment désespéré — le mot n’est pas trop fort. Je me disais, quand pourrais-je sortir ? Moi qui aime beaucoup marcher, je ne pouvais pas aller marcher sur les trottoirs glacés, et puis j’avais mal. »

Il s’en est sorti en choisissant de faire « autre chose que des mots croisés », assure-t-il. « Je me suis dit : je vais écrire. C’est pour ça que ces nouvelles sont plus noires encore que celles que je fais d’habitude. C’était mon état d’esprit, à ce moment-là. » Il a été opéré et va maintenant beaucoup mieux.

La musique personnelle par excellence

Dans sa dernière nouvelle, l’écrivain de 84 ans évoque son amour inconditionnel du jazz, évoque avec nostalgie la musique du film Casablanca. « Je n’ai jamais été musicien. Je ne sais jouer d’aucun instrument. Je ne suis pas un spécialiste — je suis un amateur, c’est pas pareil. Ma connaissance du jazz a beaucoup plus à voir avec le disque et le jeu dans les petites boîtes de jazz plutôt que dans les festivals. »

Le saxophone ténor est son instrument préféré. « Cette musique, si je l’ai aimée, c’est parce qu’elle me plaisait. J’aime le jazz teinté de blues, le jazz qui peut être joyeux à la façon de Charles Mingus, mais mon jazz à moi, c’est plutôt un jazz angoissé, qui ressemble le plus au genre de littérature que j’aime : Buzzati, Kafka, Stendhal. »

Le jazz est, selon lui, la musique personnelle par excellence. « Mon musicien préféré, c’est Zoot Sims. Quand il joue du saxo ténor, c’est mon idée du bonheur. Mais il n’est pas tout seul. Lester Young dans ses débuts avec Count Basie, je l’aime beaucoup. J’aime sa sonorité, le côté vaporeux et angoissé à sa façon. J’aime beaucoup Ben Webster aussi. »

Il a eu le bonheur de voir jouer le grand trompettiste Dizzy Gillespie trois fois, et le saxophoniste Lester Young dans le cadre d’une tournée du Jazz at Philarmonic, au Forum, alors qu’il remplaçait Stan Getz.

► Gilles Archambault est né à Montréal en 1933.

► Il a fait carrière à Radio-Canada comme animateur d’émissions sur le jazz et la littérature et comme réalisateur.

► À peine un petit air de jazz est son 40e livre.

EXTRAIT

À peine un petit air de jazz
photo coutroisie, Maude de Varennes

 

« C’est alors que tu t’es mise à chantonner As Time Goes By, chanson qui m’a toujours bouleversé. Aurais-je tout fait pour te revoir si tu t’étais contentée de sourire en mettant le collier dans son écrin ? Alors tu as parlé de Casablanca et d’Ingrid Bergman. Je t’ai appris le nom du pianiste noir qui chantait cet air, Dooley Wilson. Tu m’as demandé si j’aimais le jazz. J’étais fou de cette musique. Je m’en étais fait une religion. »

– Gilles Archambault, À peine un petit air de jazz