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Interdire le cellulaire à l’école?

Bloc école cellulaire
Photo d'archives

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Qualifié de « fléau » par Emmanuel Macron, le téléphone intelligent sera banni dès la rentrée 2018 dans les collèges et les écoles primaires de France.

C’est du moins ce qui est envisagé.

On ne parle pas seulement de l’interdire en classe, mais dans tout le périmètre scolaire.

Vécu

Le ministre de l’Édu­cation du Québec y a vu une mesure qui serait « difficile d’application » chez nous.

Je soupçonne que les réticences de M. Proulx ont beaucoup à voir avec le fait que la mesure serait extrêmement impopulaire auprès des jeunes, pour qui toute interdiction est une entrave à une liberté qui doit être absolue, puisque leurs parents leur ont rarement dit non.

Je me suis résigné aux cellulaires dans les corridors et à la cafétéria de l’université.

Mon problème est lorsque ces engins sonnent intempestivement pendant mes cours.

J’en suis venu à la conclusion que seule la méthode forte fonctionne, du moins pour moi.

Dans mes classes, je vous jure que c’est vrai, j’ai toujours sur moi un carton rouge, identique à celui que les arbitres de soccer brandissent pour signifier l’expulsion d’un joueur.

À la moindre sonnerie, le propriétaire de l’engin doit quitter la classe et n’y revenir qu’avec ma permission.

Je n’ai pas de carton jaune en guise d’avertissement. C’est le rouge d’emblée. Problème réglé définitivement.

Je leur dis que c’est extrêmement déconcentrant pour moi, ce dont ils se foutent complètement.

Je leur dis aussi : si on vous demande de le fermer au cinéma par politesse, où l’on va pour s’amuser, imaginez à l’université, où l’on vient pour apprendre.

Mon petit discours ne vise pas à les convaincre, ce qui est peine perdue, mais à leur faire comprendre comment je justifie l’interdiction et l’expulsion.

Évidemment, dans les grands amphi­théâtres, il n’y a pas moyen d’éviter qu’ils regardent s’ils reçoivent des messages, d’autant que plusieurs souffrent de dépendance au sens fort du terme.

Impacts

Il ne faut certes pas mettre toutes les technologies dans le même panier, et certaines offrent d’intéressantes possibilités pédagogiques. Mais elles ont aussi des impacts pervers.

Je vous assure que les étudiants ont une moins grande capacité de concentration que jadis.

Leur lecture est plus hachée, plus cursive, plus butineuse, moins approfondie.

À force de vivre dans un univers virtuel de messages extraordinairement courts, tous les livres leur semblent trop longs.

Or, certaines œuvres ou certains raisonnements complexes imposent obligatoirement de se couper du monde extérieur pendant le temps requis pour la compréhension, ce qui est impossible si on vérifie toutes les cinq minutes les messages entrés.

Ces outils reconfigurent carrément le fonctionnement de leur cerveau et leur rapport au savoir.

Et croyez-moi, c’est loin d’être seulement positif.