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Joannie Rochette: des lames au bistouri

Joannie Rochette
Photo Pierre-Paul Poulin L’ex-patineuse Joannie Rochette est appelée à relever un autre défi en menant à terme ses études en médecine à l’Université McGill.

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Joannie Rochette est toute menue, mais elle ne recule devant aucun défi. La médaillée des Jeux olympiques de 2010 est en quête d’un diplôme en faculté de médecine à l’Université McGill. Elle n’a pas choisi la voie la plus facile, disons-le.

Personne n’a oublié le courage et la résilience dont cette patineuse artistique a fait preuve aux Jeux de Vancouver, alors qu’elle est parvenue à décrocher une médaille de bronze même si elle avait le cœur brisé après avoir appris le décès de sa maman chérie des suites d’une crise cardiaque.

Les gens lui parlent encore de sa performance étincelante aux Jeux olympiques de Vancouver.
Photo courtoisie
Les gens lui parlent encore de sa performance étincelante aux Jeux olympiques de Vancouver.

Aujourd’hui, Joannie Rochette ne sort ses lames qu’à l’occasion, notamment pour aller patiner sur le bassin dans le Vieux Port. « Non, je ne fais pas de pirouettes pour me faire remarquer ! » lance-t-elle en riant.

Elle patine uniquement pour le plaisir, ayant délaissé les spectacles depuis un bon moment afin de se concentrer entièrement à ses études en médecine entamées il y a deux ans et demi. Des lames, elle est passée au scalpel.

Un stimulant

La gloire de l’Île-Dupas, dans la région de Lanaudière, avoue que le passage du patinage artistique à ses longues études en médecine n’a pas été facile.

Il faut dire qu’elle n’est pas une étudiante comme les autres. Ses professeurs savent bien qui est cette Joannie Rochette, même si la jeune femme de 31 ans essaie de se faire discrète dans les salles de cours.

« Disons que ça ajoute une certaine forme de stress pour parvenir à obtenir mon diplôme, souligne-t-elle. Il m’est arrivé pendant la première année de mes études de me demander pourquoi je m’étais lancée là-dedans. C’est toutefois un stimulant de repartir à zéro dans un autre domaine que le sport, d’avoir à tout apprendre. Ça rend la satisfaction de réussir encore plus grande. »

Rochette carbure aux défis. Ce cycle d’études de cinq ans, en plus des deux années de résidence, ne l’effraie pas.

« J’aurais pu poursuivre ma participation à des spectacles de patinage durant plusieurs années, mais je me suis dit, à l’âge de 28 ans, qu’une carrière comme médecin peut m’amener jusqu’à 70 ans. Alors, étudier à temps plein durant cinq ans n’est rien, lorsqu’on y pense bien. »

Pourquoi avoir choisi des études en médecine ?

« J’ai toujours voulu faire ça. De voir comment chacun des muscles fonctionne est quelque chose de passionnant. Comme tous les étudiants, j’ai dû passer par l’étape de la dissection de cadavres lors du premier cycle. C’est sûr que ça donne un coup la première fois qu’on fait ça. Mais on s’y habitue. »

Serais-tu intéressée à devenir chirurgienne ?

« Non, je me verrais plutôt en médecine familiale ou en médecine interne. Je ne sais pas encore où tout ça va me mener. C’est encore trop tôt pour prendre une décision. »

À quel moment s’est produit le déclic pour te lancer dans cette nouvelle avenue ?

« Lorsque j’ai constaté que j’étais à la merci des producteurs de spectacles. L’élément déclencheur est survenu après l’annulation d’un spectacle pour des raisons budgétaires. J’en avais marre de dépendre des producteurs pour gagner ma vie, même si le stress de la compétition n’était plus là durant les spectacles. J’avais besoin d’accomplir quelque chose de différent et c’est sur un coup de tête, en 2015, que j’ai envoyé ma demande d’inscription à quelques facultés de médecine, et elle a été acceptée à McGill. Ça s’est passé si vite que je n’ai même pas eu le temps de faire mes adieux au monde du patinage artistique. L’Université McGill a une solide réputation, et d’étudier en anglais me sera utile dans l’exercice de ma profession. »

À quelle étape es-tu rendue dans tes études ?

« J’ai complété les dix blocs d’études de la partie théorique sur les bancs de l’école et je commencerai à travailler dans des hôpitaux en janvier, question d’apprendre sur le terrain comment les choses se passent. J’ai hâte de vivre l’expérience, car ça va devenir plus concret. Je vais côtoyer des médecins, assister des chirurgiens et rencontrer des patients. Je vais me faire poser des questions par des vétérans dans le milieu, et c’est un exercice d’humilité puisqu’on réalise par le fait même qu’on a tellement de choses à apprendre. »

Pourquoi avoir choisi d’étudier à l’Université McGill ?

« Cette institution me donnait la liberté de suivre en ligne les cours durant mon année dite préparatoire, ce qui m’a ainsi permis de poursuivre ma carrière de patineuse une année de plus. »

Crois-tu que le stress que tu as dû gérer lors des compétitions internationales te sert aujourd’hui dans tes études ?

« Possiblement. Je sais que je suis capable de gérer ça. Je reconnais toutefois que je ne me sens pas zen lorsque je suis en période intensive d’examens. Les décideurs écrivent des commentaires sur nous, au sujet de notre personnalité, et ils ne nous jugent pas sur nos notes. Mais nous, on les voit, nos notes... »

Quels sont tes meilleurs souvenirs de ta carrière en patinage artistique ?

« Je dirais que ce fut la première de mes six conquêtes du titre canadien dans la catégorie senior. C’était en 2005 à London et toute la famille avait fait le voyage en autobus entre Lanaudière et cette ville ontarienne afin de m’encourager. Je n’en savais rien jusqu’à ce que j’aperçoive les membres de la famille dans les gradins, une fois ma routine terminée et la victoire acquise. L’effet-surprise avait été extraordinaire. »

Ta plus grande réalisation en carrière demeure cette médaille de bronze décrochée dans des circonstances difficiles aux Jeux de Vancouver. Quels souvenirs en gardes-tu ?

Elle a vécu un mélange de joie et de tristesse en décrochant une médaille de bronze aux Jeux de 2010 à Vancouver, peu de temps après avoir appris le décès de sa mère. 
Photo courtoisie
Elle a vécu un mélange de joie et de tristesse en décrochant une médaille de bronze aux Jeux de 2010 à Vancouver, peu de temps après avoir appris le décès de sa mère. 

« Ce fut une semaine terrible. Un mélange de joie et de grande peine. Ces Jeux de Vancouver, je ne les ai pas vécus au complet. Heureusement que j’ai été bien encadrée et soutenue, notamment par des gens comme mon psychologue Wayne Halliwell et mon coach Manon Perron, ainsi que par les dirigeants du comité organisateur et par Sylvie Fréchette. Sylvie était bien placée pour comprendre ce que je vivais comme drame, moi qui étais si proche de ma mère. Il n’y a que sur la glace que c’était moins douloureux et j’ai heureusement su offrir une solide prestation pour monter sur le podium. Je me demande encore comment j’ai fait pour réussir tout ça dans de telles circonstances, car je n’étais pas dans un bon état d’esprit. Lorsque je vois les images de mon programme court aux Jeux de 2010, je suis encore bouleversée. Bien des gens me disent, plus de sept ans plus tard, où ils étaient et ce qu’ils faisaient lorsque j’ai offert cette performance deux jours après le décès de ma mère. Ça me fait toujours chaud au cœur. »

Peux-tu nous parler de ton implication au sein de la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC, de la Fondation de l’Institut de cardiologie de Montréal ainsi que dans les organismes Vision mondiale et Right to play ?

« Je suis fière d’en être la présidente d’honneur, car il est si important d’amasser des fonds pour poursuivre la recherche et assurer une meilleure prévention. Ma mère Thérèse est décédée à l’âge de 55 ans. C’est si jeune. Je pense à elle tous les jours... »

Joannie Rochette

Joannie Rochette est présidente d’honneur de la Fondation des maladies du cœur.
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Joannie Rochette est présidente d’honneur de la Fondation des maladies du cœur.

Joannie Rochette est née le 13 janvier 1986 à la Visitation-de-l’Île-Dupas, dans la région de Lanaudière. Elle réside dans le Vieux Montréal depuis six ans.

Occupation : elle est étudiante à la faculté de médecine de l’Université McGill ; elle est présidente d’honneur de la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC ; elle est impliquée au sein de la Fondation de l’Institut de cardiologie de Montréal ainsi que dans les programmes Vision mondiale et Right to play, notamment pour aider la cause des femmes dans des pays sous-développés.

Carrière : médaillée de bronze aux Jeux olympiques de 2010 à Vancouver, Joannie Rochette a aussi obtenu une cinquième position aux Jeux de 2006 à Turin ; vice-championne mondiale en 2009 ; trois fois dans le top 5 lors des finales Grand Prix ISU ; trois fois médaillée aux championnats des 4 continents ; six fois championne canadienne senior, soit de 2005 à 2010 ; première patineuse de l’histoire au Canada à avoir été couronnée championne dans les rangs novice, junior et senior.