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Quand le mari de la mairesse devient la femme du maire

Quand le mari de la mairesse devient la femme du maire
Photo d'archives, Agence QMI

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Samedi dernier, Le Devoir a publié une entrevue avec Pierre-Antoine Harvey, le conjoint de la mairesse de Montréal, Valérie Plante. Je l’ai relue deux fois plutôt qu’une pour comprendre le malaise qui s’installait en moi au fil des phrases.

Et puis j’ai compris : jamais ce texte n’aurait été écrit en 2017, ni même imaginé, si la mairesse avait été un homme et son conjoint, sa blonde.

Imaginez un instant un article de ce genre sur l’épouse de Denis Coderre !

Il n’y a aucune malice dans l’exercice que j’ai fait pour le démontrer, c’est-à-dire réécrire le texte du Devoir en inversant les sexes, Pierre-Antoine Harvey est devenu Pierrette-Antoinette Harvey et Valérie Plante, Valery Plante.

Une observation s’impose : il y existe bel et bien des différences entre les sexes, y compris des différences culturelles qui perdurent. Se déclarer ‘conjoint de gauche féministe et progressiste’ n’empêche nullement un homme dans la quarantaine d’avoir des réflexes en 2017 comme si nous étions encore en 1950.

Ce n’est ni la faute de la journaliste, une femme, ni celle du journal, ni même de l’interviewé : c’est comme ça.

L’original est en premier.

TEXTE ORIGINAL (Le Devoir)

Par Jeanne Corriveau

Le mari de la mairesse

Pour clore cette minisérie qui met en lumière les travailleurs de l’ombre de certains succès de l’année 2017, Le Devoir a rencontré un homme dont la vie a changé lors de la soirée électorale du 5 novembre. Pierre-Antoine Harvey ne s’est d’ailleurs pas encore tout à fait remis de la victoire fracassante de sa conjointe, Valérie Plante.

Le soir du 5 novembre, quand les Montréalais ont choisi Valérie Plante pour succéder à Denis Coderre, Pierre-Antoine Harvey a vite compris que le quotidien de sa petite famille ne serait plus jamais le même. Vers minuit, ils ont quitté le Corona, où les candidats de Projet Montréal s’étaient rassemblés, pour rentrer à la maison, non pas dans la voiture louée pour la campagne électorale, mais en voiture de police.

  « J’ai eu un choc. Le lendemain a été traumatisant », admet Pierre-Antoine Harvey en entrevue au Devoir.

 Au lendemain de sa victoire, Valérie Plante s’est levée dès 6 h 30 pour aller remercier les électeurs à la sortie du métro Square-Victoria, puis, elle s’est rendue à pied à l’hôtel de ville. Les journalistes étaient nombreux, les équipes de télévision aussi. C’était la frénésie.

 

En début d’après-midi, Valérie Plante a tout de même eu droit à deux heures de répit. Revenue à la maison, elle en a profité pour faire une sieste. À 15 h, le téléphone a sonné. « Vous êtes où ? », a demandé la responsable de l’agenda au cabinet de la mairie. C’est que le service de sécurité de la Ville cherchait la nouvelle mairesse.

« On était habitués à s’organiser broche à foin », admet M. Harvey qui avait été désigné chauffeur de la candidate à la mairie pendant la campagne électorale.

Le saut en politique

Économiste de gauche à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), Pierre-Antoine Harvey a rencontré Valérie Plante dans les années 1990 alors que tous deux faisaient un certificat en intervention multiethnique à l’Université de Montréal. Ils ont maintenant deux enfants, Émile, 14 ans, et Gaël, 11 ans.

Âgé de 44 ans — Valérie Plante en a 43 —, Pierre-Antoine Harvey a dû prendre en charge la maisonnée. Mais il le faisait bien avant la victoire de novembre dernier. « Ça faisait un an et trois mois que ma blonde était en campagne électorale. Ç’a commencé quand elle a décidé de se présenter à la chefferie de Projet Montréal en août 2016 », se rappelle-t-il.

Avant d’être approchée par Projet Montréal pour être candidate comme conseillère municipale en 2013, Valérie Plante n’avait jamais exprimé d’ambitions politiques, dit-il. Une fois confirmée candidate dans Sainte-Marie, elle a appris qu’elle allait devoir affronter Louise Harel dans ce district. « Je me souviens de l’avoir ramassée en petite boule dans le divan parce qu’elle avait le sentiment que c’était fini », relate Pierre-Antoine Harvey. « Mais elle a encaissé le coup et retroussé ses manches. »

C’était la première des victoires successives de Valérie Plante. D’abord contre Louise Harel, puis contre Guillaume Lavoie à la chefferie de Projet Montréal en décembre 2016 et finalement contre Denis Coderre en novembre dernier.

Vie de famille

Les semaines qui ont suivi l’élection de Valérie Plante ont chambardé l’organisation familiale. « Ça a été tellement intense au début qu’elle n’avait pas le temps de m’appeler. J’ai pété un plomb à ce moment-là », reconnaît Pierre-Antoine Harvey.

Valérie Plante, la mère de famille, est moins présente à la maison. L’organisation de son temps se planifie désormais à l’hôtel de ville. L’avantage de la politique municipale, c’est que les élus sont généralement à Montréal, concède Pierre-Antoine Harvey.

« Sa secrétaire Isabelle essaie de protéger ses matins pour qu’elle soit avec les enfants et qu’elle parte à 8 h, à la même heure qu’eux. Ça assure une certaine constance par rapport aux enfants. Ce qu’on aimerait, c’est qu’au moins deux soirs de semaine, elle vienne souper à la maison. »

C’est donc au papa que revient la gestion des lunchs, des devoirs, des soupers, des cours et des rendez-vous des enfants. Valérie Plante doit aussi accepter que la maison soit un peu moins en ordre.

Lui-même pris par ses engagements professionnels, il lui est d’ailleurs arrivé de ne pas être en mesure d’accompagner son plus jeune fils à un rendez-vous. « J’ai appelé Isabelle [secrétaire de Valérie Plante] et je lui ai demandé de mettre dans l’agenda de Valérie qu’elle devait amener Gaël à son rendez-vous à 17 h. Elle l’a mis dans son horaire et a tassé les autres choses. »

Mais selon lui, la conciliation travail-famille fera en sorte que Valérie Plante pourrait être moins visible que son prédécesseur.

« Il y a un véritable changement de culture à instaurer à l’hôtel de ville. La mairesse ne veut pas se rendre disponible autant que l’ancien maire et elle aime aussi prendre le temps quand elle va visiter des groupes. C’est un effort d’organisation, mais c’est aussi un effort de dire non à des gens. Je pense que les gens vont comprendre et qu’ils sont ouverts à ça. »

Le couple et la politique

Selon lui, la politique doit changer. « J’ai beau être un homme moderne et féministe, c’est sûr que c’est une dynamique dans le couple à laquelle on n’est pas habitués. Dans notre socialisation, la politique est demeurée un sport de gars. »

Pierre-Antoine Harvey ne veut pas mêler vie familiale et politique. « Il y a une division entre la personnalité publique et ma blonde. J’ai arrêté de lire tous les articles de journaux, d’écouter tout ce qui se dit sur elle, sur les décisions qu’elle prend. Il y a un détachement entre les deux personnalités. »

S’il a l’habitude de donner des conseils aux membres de l’exécutif de la CSQ où il travaille, il se garde bien d’en donner à sa conjointe : « Je suis plus une oreille qu’un conseiller. J’ai constaté qu’il y a beaucoup de monde qui ont une opinion et qui veulent lui dire quoi faire. Je pense que le rôle d’écoute est plus apprécié », explique-t-il.

« Ce qui est fascinant, c’est le nombre de gérants d’estrade. [...] J’ai même reçu des messages pour me suggérer de dire à ma blonde qu’elle devrait faire ceci ou cela. »

L’épreuve de la politique

Les premières semaines ont toutefois été éprouvantes. L’entourage de la mairesse a assuré à Pierre-Antoine Harvey qu’un horaire plus régulier serait instauré après les Fêtes.

L’univers politique le préoccupe un peu : « C’est difficile pour n’importe qui de voir la personne qu’on aime se faire critiquer publiquement. Le public et les médias jugent parfois un peu rapidement. Le jour où il va y avoir une crise ou qu’elle pourrait être caricaturée de manière méchante, c’est ce qui m’inquiète ».

 

VERSION RÉÉCRITE

La femme du maire

Pour clore cette minisérie qui met en lumière les travailleurs de l’ombre de certains succès de l’année 2017, Le Devoir a rencontré la femme dont la vie a changé lors de la soirée électorale du 5 novembre. Pierrette-Antoinette Harvey ne s’est d’ailleurs pas encore tout à fait remise de la victoire fracassante de son conjoint, Valery Plante.

Le soir du 5 novembre, quand les Montréalais ont choisi Valery Plante pour succéder à Denis Coderre, Pierrette-Antoinette Harvey a vite compris que le quotidien de sa petite famille ne serait plus jamais le même. Vers minuit, ils ont quitté le Corona, où les candidats de Projet Montréal s’étaient rassemblés, pour rentrer à la maison, non pas dans la voiture louée pour la campagne électorale, mais en voiture de police.

« J’ai eu un choc. Le lendemain a été traumatisant », admet Pierrette-Antoinette Harvey en entrevue au Devoir.

Au lendemain de sa victoire, Valery Plante s’est levé dès 6 h 30 pour aller remercier les électeurs à la sortie du métro Square-Victoria, puis, il s’est rendu à pied à l’hôtel de ville. Les journalistes étaient nombreux, les équipes de télévision aussi. C’était la frénésie.

En début d’après-midi, Valery Plante a tout de même eu droit à deux heures de répit. Revenu à la maison, il en a profité pour faire une sieste. À 15 h, le téléphone a sonné. « Vous êtes où ? », a demandé la responsable de l’agenda au cabinet de la mairie. C’est que le service de sécurité de la Ville cherchait le nouveau maire.

« On était habitués à s’organiser broche à foin », admet madame Harvey qui avait été désignée chauffeure du candidat à la mairie pendant la campagne électorale.

Le saut en politique

Économiste de gauche à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), Pierrette-Antoinette Harvey a rencontré Valery Plante dans les années 1990 alors que tous deux faisaient un certificat en intervention multiethnique à l’Université de Montréal. Ils ont maintenant deux enfants, Émile, 14 ans, et Gaël, 11 ans.

Âgée de 44 ans — Valery Plante en a 43 —, Pierrette-Antoinette Harvey a dû prendre en charge la maisonnée. Mais elle le faisait bien avant la victoire de novembre dernier. « Ça faisait un an et trois mois que mon chum était en campagne électorale. Ç’a commencé quand il a décidé de se présenter à la chefferie de Projet Montréal en août 2016 », se rappelle-t-elle.

Avant d’être approchée par Projet Montréal pour être candidat comme conseiller municipal en 2013, Valery Plante n’avait jamais exprimé d’ambitions politiques, dit-elle. Une fois confirmé candidat dans Sainte-Marie, il a appris qu’il allait devoir affronter Louise Harel dans ce district. « Je me souviens de l’avoir ramassé en petite boule dans le divan parce qu’il avait le sentiment que c’était fini », relate Pierrette-Antoinette Harvey. « Mais il a encaissé le coup et retroussé ses manches. ‘

C’était la première des victoires successives de Valery Plante. D’abord contre Louise Harel, puis contre Guillaume Lavoie à la chefferie de Projet Montréal en décembre 2016 et finalement contre Denis Coderre en novembre dernier.

Vie de famille

Les semaines qui ont suivi l’élection de Valery Plante ont chambardé l’organisation familiale. « Ça a été tellement intense au début qu’il n’avait pas le temps de m’appeler. J’ai pété un plomb à ce moment-là », reconnaît Pierrette-Antoinette Harvey.

Valery Plante, le père de famille, est moins présent à la maison. L’organisation de son temps se planifie désormais à l’hôtel de ville. L’avantage de la politique municipale, c’est que les élus sont généralement à Montréal, concède Pierrette-Antoinette Harvey.

« Sa secrétaire Isabelle essaie de protéger ses matins pour qu’il soit avec les enfants et qu’il parte à 8 h, à la même heure qu’eux. Ça assure une certaine constance par rapport aux enfants. Ce qu’on aimerait, c’est qu’au moins deux soirs de semaine, il vienne souper à la maison. »

C’est donc à maman que revient la gestion des lunchs, des devoirs, des soupers, des cours et des rendez-vous des enfants. Valery Plante doit aussi accepter que la maison soit un peu moins en ordre.

Elle-même prise par ses engagements professionnels, il lui est d’ailleurs arrivé de ne pas être en mesure d’accompagner son plus jeune fils à un rendez-vous. « J’ai appelé Isabelle [secrétaire de Valery Plante] et je lui ai demandé de mettre dans l’agenda de Valery qu’il devait amener Gaël à son rendez-vous à 17 h. Elle l’a mis dans son horaire et a tassé les autres choses. »

Mais selon elle, la conciliation travail-famille fera en sorte que Valery Plante pourrait être moins visible que son prédécesseur.

« Il y a un véritable changement de culture à instaurer à l’hôtel de ville. Le maire ne veut pas se rendre disponible autant que l’ancien maire et il aime aussi prendre le temps quand il va visiter des groupes. C’est un effort d’organisation, mais c’est aussi un effort de dire non à des gens. Je pense que les gens vont comprendre et qu’ils sont ouverts à ça. »

Le couple et la politique

Selon elle, la politique doit changer. « J’ai beau être une femme moderne et féministe, c’est sûr que c’est une dynamique dans le couple à laquelle on n’est pas habitués. Dans notre socialisation, la politique est demeurée un sport de gars. »

Pierrette-Antoinette Harvey ne veut pas mêler vie familiale et politique. « Il y a une division entre la personnalité publique et mon chum. J’ai arrêté de lire tous les articles de journaux, d’écouter tout ce qui se dit sur lui, sur les décisions qu’il prend. Il y a un détachement entre les deux personnalités. »

Si elle l’habitude de donner des conseils aux membres de l’exécutif de la CSQ où elle travaille, elle se garde bien d’en donner à son conjoint : « Je suis plus une oreille qu’une conseillère. J’ai constaté qu’il y a beaucoup de monde qui ont une opinion et qui veulent lui dire quoi faire. Je pense que le rôle d’écoute est plus apprécié », explique-t-elle.

« Ce qui est fascinant, c’est le nombre de gérants d’estrade. [...] J’ai même reçu des messages pour me suggérer de dire à mon chum qu’il devrait faire ceci ou cela. »

L’épreuve de la politique

Les premières semaines ont toutefois été éprouvantes. L’entourage du maire a assuré à Pierrette-Antoinette Harvey qu’un horaire plus régulier serait instauré après les Fêtes.

L’univers politique la préoccupe un peu : « C’est difficile pour n’importe qui de voir la personne qu’on aime se faire critiquer publiquement. Le public et les médias jugent parfois un peu rapidement. Le jour où il va y avoir une crise ou qu’il pourrait être caricaturé de manière méchante, c’est ce qui m’inquiète ».

NOTE: Une chose qui m'énerve prodigieusement ? Quand on omet de donner le nom au complet de 'subalternes' comme la 'secrétaire Isabelle'.