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Elle adore son «bébé verglas»

La femme croyait être stérile, mais elle est tombée enceinte durant cette panne généralisée

Dominique Di Salvio a posé récemment en compagnie de son fils Raphaël Di Salvio-Noël. Raphaël est né le 25 septembre 1998.
Photo courtoisie Dominique Di Salvio a posé récemment en compagnie de son fils Raphaël Di Salvio-Noël. Raphaël est né le 25 septembre 1998.

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« On se réchauffait comme on pouvait. Finalement, ça a donné un petit miracle ! » Pendant que le Québec était plongé dans la crise du verglas en 1998, Dominique Di Salvio concevait un petit bébé, qui aura lui aussi 20 ans cette année.

Peu après le début de la crise, l’électricité a été interrompue dans le logement lavallois de la femme aujourd’hui âgée de 44 ans. Son copain, qu’elle avait rencontré deux mois auparavant, avait encore du courant dans son appartement de Montréal. Alors maman d’une fillette de un an, Mme Di Salvio a fait ses valises avant de sauter dans l’autobus avec sa petite pour rejoindre son nouvel amoureux au chaud.

Or, quelques heures plus tard, les tourtereaux se sont retrouvés dans le noir en raison d’une panne sur l’île.

« On a quand même décidé de rester dans l’appartement de Montréal puisqu’il n’y en avait pas plus chez nous à Laval, raconte la mère, rencontrée à son domicile de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, dans les Laurentides, peu avant Noël. On a passé six jours sans électricité et notre priorité était que ma fille soit au chaud. »

25 septembre 1998
Photo courtoisie
25 septembre 1998

 

Pénurie de condoms

Puisque tout était fermé, qu’ils n’avaient pas de voiture et que les autobus ne fonctionnaient pas, les amoureux devaient trouver des façons de tuer le temps lorsque la petite dormait.

« Disons que c’est plus facile de se réchauffer à deux, a lancé Mme Di Salvio, dans un sourire. Mais après deux jours, nous n’avions plus de condoms et il y avait une pénurie dans les pharmacies... Et on avait encore froid ! »

Pendant quatre jours, le couple a décidé de continuer d’avoir des relations sexuelles même s’il ne pouvait plus se protéger. Il faut dire qu’ils avaient l’esprit plutôt tranquille puisque Mme Di Salvio s’était fait confirmer par son médecin qu’elle était stérile après une opération aux ovaires.

« Mais il y a clairement quelque chose de magique qui s’est passé pendant les quatre jours, parce que la vie m’a envoyé un petit miracle », a-t-elle confié, les yeux pétillants.

Au début de sa grossesse, la femme était complètement dans le déni. Elle avait d’importantes nausées, mais elle attribuait son malaise à la qualité médiocre de l’eau après le verglas.

Dans le déni

Lorsque sa grossesse a été confirmée, Dominique Di Salvio a ressenti une avalanche d’émotions. D’un côté, elle était folle de joie d’attendre un autre enfant. Mais de l’autre, elle était avec le père de celui-ci depuis seulement quelques semaines.

« Finalement, j’ai pris la meilleure décision de ma vie en le gardant, a-t-elle dit. Mon fils est devenu un merveilleux jeune homme et son père est le meilleur papa du monde, même si nous nous sommes séparés après 15 ans de vie commune. »

Après avoir entamé des études en cinéma à sa sortie du secondaire, le jeune Raphaël Di Salvio-Noël, 19 ans, a décidé de prendre une année sabbatique pour travailler dans une boucherie avec son père. Encore aujourd’hui, sa mère ne peut s’empêcher de le surnommer son « bébé verglas ».

Pas de « baby-boom »

Contrairement à la pensée populaire, on ne recense aucun « baby-boom » lié à la crise du verglas de 1998.

Même si plusieurs couples ont tenté de se réchauffer comme Dominique Di Salvio et son conjoint de l’époque, le taux de naissance n’a pas augmenté cette année-là. Au contraire, un peu plus de 75 000 bébés ont vu le jour en 1998, soit un moins grand nombre que les 60 années précédentes, selon les données recensées par l’Institut de la statistique du Québec.

En Montérégie, où des milliers de Québécois résidant dans le fameux « triangle noir » ont été plongés dans le noir pendant plus d’un mois, le nombre de naissances environ neuf mois après la crise est parmi le plus bas de toute l’année 1998 dans cette région. Le portrait est semblable du côté de Montréal.

Stressées

Cela dit, une conséquence de la crise sur les « bébés verglas » a été prouvée scientifiquement par le Projet Verglas de l’Université McGill. Selon cette étude, des enfants dont les mères étaient enceintes en janvier et en février 1998 auraient développé des séquelles physiques, cognitives et comportementales. Ces effets seraient dus au stress maternel prénatal vécu par les femmes pendant la crise.