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Les consommateurs captifs du monopole de Bell

Les consommateurs captifs du monopole de Bell
JOEL LEMAY/AGENCE QMI

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Maxime Bernier déréglemente au grand plaisir de qui?

C’est en 2007 que Maxime «Jos Louis» Bernier, alors ministre conservateur fédéral de l’Industrie, a déréglementé la tarification du téléphone résidentiel, même en régions éloignées et zones rurales, au grand plaisir de Bell Canada. La compagnie avait embauché plusieurs lobbyistes afin de mener son combat, un de plus, auprès de Stephen Harper. Branle-bas qui n’a pas eu lieu, puisque le Parti conservateur fédéral s’est rapidement rendu, comme toujours, aux exigences du patronat et de Bell qui, dans plusieurs coins au pays, est un monopole de fait dans le cadre du téléphone résidentiel et qui, avec Telus et Rogers, forment un autre monopole de fait dans le sans-fil et l’internet. Bah, pour le patronat et ses universitaires commandités, les gros monopoles privés qui nous filoutent (CN-CP, Visa-MasterCard, les banques canadiennes, les pétrolières, les pharmaceutiques, Air Canada, autoroutes et ponts privés, etc.), c’est tout simplement merveilleux ! La cible à attaquer pour ces lucides ce sont les sociétés de propriété collective comme la Caisse de dépôt, Hydro-Québec, la SAQ, etc., qu’ils veulent céder aux fricoteurs afin de s’en mettre plein les poches.

Revenons donc en 2007, année où le plus que lumineux ministre Maxime Bernier, issu du privé et du patronat, sort l’organisme gouvernemental de contrôle des prix qu’est le CRTC (Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes) afin de laisser libre cours au gros monopole privé qu’est Bell d’augmenter les prix du téléphone résidentiel, surtout en régions rurales éloignées, comme bon lui semble : «Carte blanche aux anciens monopoles. Bell et Telus pourront modifier les tarifs de téléphone local à leur guise» (Le Devoir, 4 août 2007). Et depuis 2007, Bell et Telus ont fait preuve d’aucune gêne afin d’arnaquer le consommateur captif avec des hausses injustifiables en raison d’absence de concurrence véritable. L’article du Devoir parle de Bell comme s’il était un «ancien» monopole alors qu’il l’est encore, ce qui explique pourquoi il fait tant d’argent.

Et dire que Maxime Bernier nous a sorti les mêmes vieilles marottes et sornettes calquées sur celles du patronat : cela va stimuler la concurrence, encourager l’innovation et surtout, prenant les consommateurs pour des valises, va faire baisser les prix : «CRTC/Téléphone locale. Porte ouverte à la concurrence (mais où est la concurrence?). La fin d’un monopole froidement accueillie par les consommateurs» (Le Journal de Montréal, 4 août 2007). Bien évidemment, fallait pas être un grand devin ou un génie pour constater que toutes les fadaises de Maxime Bernier n’étaient que de la bouille pour les chats. De fait, les prix ont considérablement augmenté au lieu de diminuer et il n’y a pas eu de nouveaux concurrents, ce qui n’avait pas empêché l’éditorialiste honorifique de Les Affaires, Jean-Paul Gagné, de pondre le 14 avril 2007 un éditorial dont le titre était tout le contraire de ce que voulaient les consommateurs : «Téléphone : Maxime Bernier a voté pour les consommateurs». Probablement qu’une coquille s’est glissée dans le titre de l’éditorial de Jean-Paul. Je crois qu’il aurait fallu lire : «Téléphone : Maxime Bernier a voté pour Bell et ses actionnaires». Maxime Bernier a voté pour les consommateurs qu’a dit Jean-Paul. J’en reviens pas. C’est rire du monde en pleine face.

Selon l’évangile de Maxime, les prix vont baisser

J’habite justement en région, à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson. À la fin de 2012, je payais à Bell pour une simple ligne de téléphone résidentiel la somme de 23,95$, ce qui était déjà beaucoup et même trop. Et à la fin de 2017, ma facture mensuelle de Bell est rendue à 36,85$. Un vol en bonne et due forme que je vous dis. Ce sont les mêmes poteaux et les mêmes fils de téléphone depuis toujours et il n’y a eu aucune amélioration en termes de contenu et de service. Et les gouvernements se font complices de ce scandale en ne faisant absolument rien. Aie, en 5 ans, mon tarif a augmenté de 12,90$ par mois, soit 54%!!! Y’a-t-il quelqu’un qui peut aller voir Maxime Bernier et lui demander c’est pour quand les baisses de prix et l’armée de nouveaux concurrents?

Oh, oh, mais attendez un peu, ce n’est pas fini l’escroquerie. À tous les mois, en sus de mon tarif exorbitant de 36,85$, Bell me charge 4,00$ à titre de «frais de service de zone» (quelle farce grotesque!) et en plus 6,95$ au chapitre de «frais de réseau» (quelle indécence et quel front de bœuf), ce qui fait au total 47,80$ par mois auquel il faut ajouter la TPS-TVQ de 15%, ce qui nous amène au final à 54,97$ à rendre à César Bell. Tout simplement écœurant. Et ce n’est toujours pas fini mes amis. Alors qu’avant l’assistance-annuaire était gratuite, maintenant ce ne l’est plus. J’ai fait l’erreur de demander au téléphoniste le numéro de téléphone d’un abonné à Québec et hop, Bell m’a chargé 3,50$ pour cet «extra», auquel faut ajouter la TPS et la TVQ.

Faut en plus sous-traiter et transférer des jobs

Afin de traiter convenablement et honorablement les patrons et les actionnaires, il faut que Bell, en plus de plumer les consommateurs captifs, sous-traite et déménage en Inde et au Maroc des jobs de techniciens, de téléphonistes et d’assistants : «Bell. Le syndicat dénonce la sous-traitance en Inde» (Le Journal de Montréal, 20 février 2017). Soyez compréhensifs, il faut en laisser pour les patrons, comme Jean Monty qui a pris sa retraite en 2002 à l’âge de 54 ans à titre de président de Bell en encaissant un petit 28 millions$ au moment de son départ et une pension de retraite annuelle de plus d’un million de dollars : «17M$ de rente de retraite de Bell depuis 2003» (Le Journal de Montréal, 4 avril 2017). Et il y a aussi l’ancien p.-d.g. de Bell, Michael Sabia, qui s’est payé la traite avec en plus une pension annuelle de retraite de plusieurs millions de beaux bidous : «Un départ payant pour Michael Sabia. Le nouveau président de la Caisse de dépôt a quitté BCE avec 21 millions en poche» (Le Devoir, 2 avril 2009). Comme disait le poète, ces deux «entrepreneurs» craignent plus la fin du monde que la fin du mois.

Cet argent-là ne tombe pas du ciel. Pour payer grassement les boss, il faut que Bell filoute les consommateurs, «squeeze» les salaires et les conditions de travail de ses employés et ait recours à des échappatoires fiscales. Dire que ça ne prend pas un génie pour diriger Bell. Qu’à cela ne tienne, les dirigeants, qui n’ont pas du tout créé l’entreprise, se versent des millions chaque année. Moi, être propriétaire d’une PME qui opère dans un environnement fort concurrentiel, je serais en beau «joual vert».