/news/society
Navigation

L’impact d’un survivant d’Auschwitz sur Québec

Hermann Gruenwald, ancien propriétaire de la Dominion Corset et propriétaire de La Fabrique, a été honoré

Même si ce qu’il a vécu le hante toujours, Hermann Gruenwald tient à raconter son histoire. « En regardant derrière, je me dis que cette expérience que j’ai vécue doit être racontée pour ne plus qu’elle se reproduise », insiste-t-il.
Photo Didier Debusschère Même si ce qu’il a vécu le hante toujours, Hermann Gruenwald tient à raconter son histoire. « En regardant derrière, je me dis que cette expérience que j’ai vécue doit être racontée pour ne plus qu’elle se reproduise », insiste-t-il.

Coup d'oeil sur cet article

Pan méconnu de l’histoire de Québec, un survivant des camps de la mort nazis, qui a marqué l’histoire de la Dominion Corset et qui a joué un rôle clé dans la revitalisation du quartier Saint-Roch, a été récemment honoré par le gouvernement fédéral.

Hermann Gruenwald se considère comme un homme chanceux. Chanceux d’avoir connu une belle carrière en affaires et d’avoir pu fonder une famille, mais surtout chanceux d’être en vie. Contrairement à 5 millions d’autres juifs, lui a survécu à l’Holocauste et à trois camps de concentration.

« Être ici aujourd’hui tient du miracle, tout simplement. Je suis l’homme le plus chanceux du monde », sourit M. Gruenwald, toujours vif malgré ses 92 ans et malgré l’horreur qu’il a côtoyée pendant un an, de 1944 à 1945.

Arraché à son village de Rohod en Hongrie par les nazis, l’homme s’est retrouvé à Auschwitz, principal camp de la mort du régime d’Hitler. Il y est devenu le seul cuisinier juif.

« Je ne sais pas pourquoi ni comment ils ont pu voir un cuisinier en moi. Les SS (policiers nazis) m’ont regardé, adolescent de 17 ans si maigre que j’avais l’air d’un enfant de 9 ans, et m’ont emmené dans les cuisines. C’est ça qu’on appelle la chance », évoque avec émotion celui qui croit que ce poste lui a sauvé la vie.

« Ça m’a donné la sécurité, car je n’étais jamais choisi pour aller au four crématoire. S’ils choisissaient de tuer le cuisinier, qui allait cuisiner le lendemain ? »

Lié à la Dominion Corset

Libéré par les Américains le 7 mai 1945, après des passages dans les camps d’Auschwitz, de Mauthausen et de Guden‐II, Hermann Gruenwald est retourné vivre quelques années en Hongrie, mais a choisi de partir en raison de l’emprise soviétique sur le pays. Arrivé à Québec, il devient directeur de la Dominion Corset, l’un des plus grands fabricants de lingerie féminine au pays. Ça aura été son premier coup de foudre québécois.

« Je regardais l’immeuble de la Dominion Corset et je le trouvais si beau. Pour moi, c’était aussi grand que la Maison-Blanche. J’étais sous le charme », se rappelle l’homme arrivé au pays avec « sa femme, la chemise qu’il avait sur le dos et un dollar en poche ».

Après avoir été directeur de la légendaire usine durant quelques années, M. Gruenwald a été propriétaire de l’entreprise et de la bâtisse de la fin des années 1970 jusqu’à la vente en 1988.

« Je me suis assuré de vendre la compagnie, mais pas l’édifice. Je l’aimais trop pour ça », relate-t-il.

Hommage émouvant

Hermann Gruenwald était ému, en novembre dernier, de remettre les pieds à La Fabrique pour la cérémonie de reconnaissance organisée par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada. « Je me sens comme un homme nouveau de revenir dans ce bâtiment. Je me sens comme le jeune homme que j’étais et qui avait la vie devant lui », a-t-il lancé en regardant les emblématiques murs de pierre rouge.

Il a d’ailleurs raconté longuement comment il avait collaboré avec le maire Jean-Paul L’Allier pour revamper La Fabrique lors de la revitalisation du quartier Saint-Roch. L’édifice est alors devenu un pôle d’attraction important qui abrite aujourd’hui des bureaux de la Ville et l’École des arts visuels de l’Université Laval.

« En la regardant aujourd’hui, je sens que j’ai rempli mon devoir envers cette bâtisse et cette ville, ainsi qu’envers l’idée que j’avais pour eux », confiait l’homme, lié à jamais à La Fabrique depuis le dévoilement de cette plaque de Parcs Canada.