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Martin Bédard: à la défense des femmes

Le joueur des Alouettes Martin Bédard dénonce toutes les formes d’agressions

Un dur dans le feu de l’action, Martin Bédard, des Alouettes, n’hésite jamais à réprimander ses coéquipiers qui font preuve de sexisme.
Photo d’archives Un dur dans le feu de l’action, Martin Bédard, des Alouettes, n’hésite jamais à réprimander ses coéquipiers qui font preuve de sexisme.

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Faire un commentaire désobligeant à l’endroit des femmes lorsque Martin Bédard est dans les parages n’est pas une bonne chose. Fougueux dans le feu l’action, le joueur des Alouettes ne met pas les gants blancs pour se porter à la défense des femmes qui sont victimes de toutes sortes d’agression.

Les dénonciations de l’athlète de 6 pieds et 3 pouces et 239 livres ne sont pas tombées dans de sourdes oreilles. À la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes, les prises de position du vétéran joueur de la Ligue canadienne de football ont résonné comme des mélodies apaisantes.

Même dans le vestiaire de son équipe, Bédard ne se gêne jamais pour remettre sur le droit chemin des coéquipiers qui dérapent dans leurs propos parfois teintés de sexisme.

« J’ai trouvé que Martin était un excellent modèle, confie la directrice de la Fédération Manon Monastesse. Il a été un de nos coups de cœur. »

Depuis la vague de dénonciations des inconduites sexuelles, la Fédération a remarqué que peu d’hommes osent se dire ouvertement contre les agressions faites aux femmes. C’est complètement l’inverse pour le joueur de football, selon la directrice.

Commentaires déplacés

« J’entends beaucoup de commentaires de vieilles mentalités, des gars qui se demandent pourquoi leur blonde leur demande de s’occuper du ménage. D’autres vont utiliser le mot bitch comme un automatisme. Ça me perturbe. J’ai déjà demandé à un gars comment il se sentirait si on appelait ses deux filles comme ça. »

Timide de nature, l’homme âgé de 33 ans n’a pas l’habitude de monopoliser l’attention, selon sa conjointe Stéphanie Michaud.

« Défendre les femmes, c’est vraiment comme une seconde nature chez lui, assure-t-elle. S’il entend une femme en détresse, c’est certain qu’il va passer par-dessus sa timidité pour intervenir. Il a des principes et c’est pour ça que je l’aime. »

Il tient sa sensibilité de sa mère qui lui a appris à s’exprimer quand il rencontrait une injustice.

« Ma mère avait eu un copain qui la bousculait, se souvient-il. J’étais intervenu pour qu’il arrête. »

Sa mère est décédée depuis une dizaine d’années. « Mes parents ont divorcé quand j’avais deux ans. Même si elle en arrachait côté santé, elle a toujours pris soin de nous et d’elle-même. C’est une femme super autonome et avec beaucoup de caractère. »

Actions

Ce n’est pas seulement aux mots que l’homme réagit, mais aussi aux actions, au risque même de se mettre dans l’embarras.

« J’ai déjà vu un homme bardasser sa blonde et je l’ai interpellé pour qu’il arrête. Le gars s’est fâché contre moi et m’a frappé. Je l’ai maîtrisé au sol, mais quand les policiers sont arrivés, ils pensaient que c’était moi le fautif. C’est la femme qui leur a expliqué ce qui s’était passé et ils m’ont relâché. »

Conscient de son fort gabarit, le joueur croit néanmoins que chacun peut essayer d’agir, en utilisant les mots d’abord et avant tout.

Le joueur salue le courage des victimes qui ont accepté de parler durant la vague de dénonciations des inconduites sexuelles.

 

Des hommes pour l’égalité homme-femme

 

La Fédération des maisons d'hébergement pour femmes organise chaque année un déjeuner où des hommes de divers milieux se rassemblent pour discuter de ce qu’ils peuvent faire pour favoriser l’égalité entre les hommes et les femmes.

C’est là que la directrice de la Fédération, Manon Monastesse, a rencontré pour la première fois le joueur de football Martin Bédard. Il avait pris le micro l’année passée pour raconter sa propre expérience face à la violence faite aux femmes.

Après la série de scandales d’inconduites sexuelles, la Fédération invite les hommes à remettre en question leurs propres comportements à l’égard des femmes. « Les hommes sont le véhicule du problème, mais ils font également partie de la solution », croit la directrice.

La troisième édition du Déjeuner des hommes pour l’élimination des violences envers les femmes avait lieu le 24 novembre à Montréal et portait sur le thème de la violence faite aux femmes en milieu de travail et de ce que les hommes peuvent faire pour intervenir.

« C’est vrai que tu t’exposes à des railleries quand tu n’es pas dans le boysclub, mais c’est grâce à la force du nombre que ça va finir par bouger. »

Centaines d’invitations

La Fédération déplore que pour rassembler une quarantaine de participants à son déjeuner, elle doive envoyer plus de 500 invitations. La dernière édition s’est tenue lors des 12 jours d’action pour l’élimination de la violence envers les femmes.

En 2016, 118 hommes, dont Martin Bédard, ont signé le manifeste des hommes alliés qui dénoncent les violences faites aux femmes. « C’est un bon point d’ancrage, mais il nous reste encore beaucoup à faire, autant individuellement que collectivement », estime le footballeur.