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Québec ferme la porte à un salaire minimum de 15 $ l’heure

Près de 220 000 Québécois travaillent au salaire minimum

Wynne Couillard
Photo d'archives, Simon Clark Le cabinet du premier ministre du Québec a refusé de dire au Journal s’il est d’accord ou non avec la première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, qui dénonce qu’un Tim Hortons fasse payer le prix de la hausse du salaire minimum à ses propres employés en leur coupant les pauses et en les privant de certains avantages sociaux. Sur cette image prise en septembre dernier à l’Assemblée nationale, M. Couillard et Mme Wynne.

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À moins d’un an des élections, Québec ferme la porte au salaire minimum à 15 $ l’heure, après la vigoureuse sortie publique de la FTQ, qui a ridiculisé ses opposants et promis d’en faire un enjeu électoral.

« On ne peut pas dire : “Parce que McDonald’s peut l’augmenter à 15 $ l’heure, il faut que nous, comme gouvernement responsable, on l’augmente aussi à 15 $”. Non, c’est hors de question », tranche Florent Tanlet, l’attaché de presse de la ministre du Travail, Dominique Vien.

Québec mise plutôt sur des hausses progressives. L’an dernier, il a haussé le salaire minimum de 0,50 $. On saura ce mois-ci si l’augmentation de 0,50 $, prévue cette année encore, tient toujours. En 2020, il atteindra 12,45 $, selon ses projections.

Le gouvernement déposera aussi au printemps un projet de loi pour revoir la Loi sur les normes du travail, comprenant l’ajout éventuel de vacances, mais refuse d’en dire plus pour l’instant.

Pas peur

L’été dernier, le président et chef de la direction de McDonald’s Canada, John Betts, a pourtant affirmé au Journal qu’il ne craignait pas l’impact du 15 $ l’heure. Le numéro deux du Groupe MTY, Éric Lefebvre, a aussi déclaré ne pas fermer la porte au 15 $, comme Peter Simons, PDG de la Maison Simons.

Québec encourage ces entreprises à passer à l’action. « Si ces gens-là ont les capacités de payer leur monde à 15 $ l’heure, qu’ils le fassent », rétorque Florent Tanlet, attaché de la ministre du Travail.

Mais, pour lui, il faut y aller doucement pour ne pas blesser l’économie portée par nos PME. Il rappelle que la Banque du Canada a prévenu que 60 000 emplois étaient menacés par cette hausse au pays.

« Marketing syndical »

François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales de l’Association des restaurateurs du Québec (ARQ), est lui convaincu que le gouvernement ontarien va bientôt se mordre les doigts.

« C’est du marketing syndical, le 15 $ l’heure ! », ironise-t-il. Selon lui, si le salaire bondit trop vite, les restaurateurs devront gonfler leurs prix et embaucher moins de travailleurs... et peut-être même fermer boutique parfois.

Le PDG du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), Léopold Turgeon, dit que cette hausse ferait mal aux 25 000 PME de son industrie. « Une hausse rapide et importante du salaire minimum serait dommageable pour le secteur », craint-il.

Vivre avec 20 000 $

Rappelons qu’au Québec, le salaire minimum est de 11,25 $ l’heure, soit de 20 475 $ par année. S’il passait à 15 $, les travailleurs auraient 6825 $ de plus dans leurs poches.

« C’est malheureux de gagner un salaire bas. Mais il y a plein de crédits et de soutien qui font que, finalement, ce n’est pas ton vrai salaire, et ça, on a tendance à l’oublier », conclut l’attaché de presse de la ministre du Travail.

Au Québec

  • Le salaire minimum est de 11,25 $ l’heure, soit de 20 475 $ par année. S’il passait à 15 $, les travailleurs auraient 6825 $ de plus dans leurs poches.

Des présidents pas si riches que ça

La majorité des patrons de PME gagnent moins de 73 000 $ par année et sont trop coincés financièrement pour payer leurs employés 15 $ l’heure, assure la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI).

« Au pays, deux propriétaires de PME sur trois gagnent moins de 73 000 $ », tient à rappeler Simon Gaudreault, directeur des affaires économiques à la FCEI, piqué au vif par les attaques du président de la FTQ, Daniel Boyer, de la semaine dernière.

Mercredi, le numéro un du syndicat de 600 000 travailleurs a ridiculisé l’écart de salaires grandissant entre patrons et employés, en tapant sur le clou du salaire minimum à 15 $ l’heure, lors de la présentation du bilan de la centrale à ses bureaux de Montréal.

« Quand tu as trois maisons un peu partout dans le monde, quatre chalets, cinq bateaux et six Mercedes... t’en as peut-être assez. Partage un peu, et permets à tes employés de gagner leur vie décemment », s’était-il indigné.

Classe moyenne

Cette vision des propriétaires d’entreprises semble scandaliser la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. Selon elle, les patrons de PME québécoises font même partie de la classe moyenne.

Plus de 99 % des entreprises au Québec sont des PME, dont plus de la moitié ont cinq employés et moins, souligne la fédération.

« Il y a quatre fois plus de propriétaires d’entreprises qui gagnent 40 000 $ par année que ceux qui gagnent 250 000 $ », relativise Simon Gaudreault, de la FCEI.

Plus encore, les salaires des chefs d’entreprise sont à prendre avec un grain de sel parce qu’ils consacrent bien plus de temps au travail. Pas moins de 41 % d’entre eux travaillent plus de 50 heures semaine... alors que c’est le cas pour seulement 6 % des employés, renchérit-il.

La FCEI rappelle enfin que les grandes bannières comme les Tim Hortons ou les McDonald’s sont souvent des franchisées en région et sont souvent détenues par des entrepreneurs locaux qui n’ont pas les reins aussi solides qu’ils en ont l’air.