/news/currentevents
Navigation

Croisière d’enfer pour des Québécois

Ils ont eu la peur de leur vie à bord d’un navire qui se trouvait au milieu de la « bombe météo »

Coup d'oeil sur cet article

Ce qui devait être une agréable croisière en famille dans le Sud s’est transformé en un voyage cauchemardesque pour plusieurs Québécois dont le paquebot s’est retrouvé au milieu de la « bombe météorologique ».

Trois jours après avoir retrouvé la terre ferme, Denis Fontaine se dit toujours sous le choc. « Jamais je ne referai une croisière, j’ai eu bien trop peur, confie l’homme de 82 ans. Je ne voudrais même pas rembarquer sur le [fleuve] Saint-Laurent. »

Comme 4000 autres passagers, M. Fontaine a été fortement secoué à bord du Norwegian Breakaway qui a affronté la violente tempête Grayson du 2 au 4 janvier, alors qu’il reliait les Bahamas à New York.

Selon les photos et vidéos qui circulent sur internet et les témoignages des membres de la famille Fontaine, des vagues de 30 pieds ont soulevé le navire pendant près de 36 heures et de l’eau s’est infiltrée à de multiples endroits à l’intérieur du bateau.

« L’eau coulait du plafond et dans les coursives, c’était apeurant », affirme M. Fontaine qui voyageait avec sa femme Claire, leurs trois filles, deux beaux-fils et cinq petits-enfants.

« Le plus effrayant, c’était le bruit, renchérit sa fille Nathalie. On se serait cru en pleine guerre, à ne pas savoir si on allait passer à travers. »

La famille Fontaine a embarqué le 29 décembre à New York pour passer le jour de l’An à bord du bateau de la compagnie américaine Norwegian Cruise Line. « On préparait ce voyage depuis mai, c’était notre cadeau de Noël », dit M. Fontaine.

Retour précipité

Mais après un début de voyage idyllique vers Fort Lauderdale, en Floride, puis Nassau, aux Bahamas, la météo s’est brutalement dégradée. Le 2 janvier à midi, alors que les passagers faisaient escale sur l’île bahamienne Great Stirrup Cay, le capitaine du navire a rappelé tous les touristes à bord afin de rentrer plus rapidement que prévu vers New York.

« Pourquoi se sont-ils pressés de nous faire quitter l’île ? Pourquoi ne pas nous avoir fait patienter un peu, le temps que la tempête passe ? » s’interroge Nathalie Fontaine.

Cette dernière, comme le reste de sa famille, n’a pas fermé l’œil durant la tempête : « J’étais enfermée dans ma cabine à essayer de rassurer ma fille et à prendre du Gravol. »

Le bateau a finalement rallié New York vendredi dernier, avec quelques heures de retard, mais sans blessés graves à bord.

Dédommagement ?

La famille Fontaine est en colère contre le manque de communication de la compagnie.

« Le capitaine nous a simplement annoncé qu’on était en pleine tempête, sans plus. Et en arrivant, on s’attendait à recevoir un courriel d’excuse ou un geste de leur part, mais on a simplement reçu un sondage de satisfaction », déplore Nathalie Fontaine.

Les Québécois comptent envoyer une plainte à la compagnie et demander un dédommagement pour les quelque 1350 $ par personne que leur a coûté la croisière.

De son côté, le croisiériste adresse ses excuses aux passagers pour l’inconfort et les inconvénients qu’ils ont vécus et assure que « pour les dédommagements, nous travaillons avec nos invités qui ont été directement affectés ».

Compensation difficile à obtenir

« Le droit maritime, c’est un cauchemar », lance François Lebeau, avocat spécialisé en droit du voyage. Entre les diverses conventions, dont certains pays seulement sont signataires, les clauses limitent la responsabilité des croisiéristes. Me Lebeau affirme qu’il est possible d’intenter un recours collectif ou une poursuite aux petites créances, mais il faudra probablement faire la preuve que la compagnie n’a pas assuré la sécurité des passagers. Pour Jean Colette, président de l’association des agents de voyage du Québec, l’absence de dommages importants ou de blessures limite les possibilités de poursuite. « Les tempêtes en mer, ça fait partie de l’aventure », dit-il.