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Les ripoux de la santé

CHUM
Photo Éric Yvan Lemay Un beau, gros CHUM qui a coûté des milliards aux contribuables et où les mêmes contribuables paient le gros prix pour un téléviseur dans leur chambre.

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Les ripoux de la santé. Ou devrait-on plutôt dire les ripoux de la maladie?

Vous les connaissez. Ce sont ceux pour qui la maladie est une source sans fin de profits. Appelons-ça la business de la maladie.

Au Québec, dans notre système de santé et de services sociaux de plus en plus à multiples vitesses selon les revenus du patient ou du prestataire, c’est un mal qui se propage sous l’œil approbateur de nos gouvernants.

Ce matin, le Journal en donne un nouvel exemple : «les patients relogés dans le nouveau Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) doivent désormais payer près de 300 $ par mois pour avoir la télévision dans leur chambre, soit près du triple de la facture qu’ils recevaient à l’Hôpital Notre-Dame».

Eh oui. Pendant que le tandem Barrette-Couillard, eux-mêmes des médecins spécialistes, ont considérablement augmenté la rémunération des médecins, on laisse une compagnie privée facturer à des patients du CHUM un montant outrancier pour l’ultime «privilège» de regarder la télé alors qu’ils sont alités à l’hôpital.

Un peu plus et seulement les médecins pourront eux-mêmes se payer un téléviseur dans leur chambre s'ils sont hospitalisés au CHUM.

Question d’ajouter l’insulte à l’injure, citée dans le même article, la «porte-parole du Centre hospitalier, Lucie Dufresne, a pour sa part rappelé que l’entreprise Mosino était la meilleure option parmi les soumissionnaires».

La «meilleure option» à près de 300$ par mois? De qui se moque-t-on ici?

Au Québec, être «malade», vulnérable ou perdre de son autonomie, commence d'ailleurs à coûter de plus en plus cher. Dans un système de santé public, cela est carrément inéquitable et inacceptable.

Le système public de santé a été conçu pour offrir des soins et des services selon les BESOINS des personnes et non pas selon leurs REVENUS.

Or, depuis vingt ans, nos gouvernements s’acharnent contre ce principe fondamental de justice sociale en sabrant dans les soins et les services directs à la population.

Ce qui, inévitablement, ouvre la porte au secteur privé pour pallier le manque croissant de ces mêmes services et soins.

Les exemples, aujourd’hui, ne manquent plus.

Combien d’entre vous se sont fait dire par un médecin pour un test diagnostic pourtant disponible au public: «avez-vous des assurances privées?» La raison, disent-ils, étant que les «listes d’attente» au public seraient tellement longues qu’il faudrait absolument aller au privé pour avoir le test en question.

Parfois, c’est vrai et parfois, c’est la faute du médecin qui, sur le formulaire de requête pour le test, refuse dans les faits d’indiquer clairement le délai qu’il ou elle exige pour son ou sa patiente. Comme quoi, non seulement le gouvernement encourage-t-il cette privatisation croissante, mais certains médecins aussi.

Autre question : avez-vous remarqué le nombre de cliniques dites GMF (Groupe de médecine familiale) offrant aussi des services «sans rendez-vous» où, dans le même édifice, se trouve «par hasard» un laboratoire privé de prélèvements en tous genres?

Traduction : une fois le médecin consulté, si vous avez besoin d’un prélèvement, il vous demandera encore une fois si «vous avez des assurances privées». Dans ce cas-ci, pour aller directement, dans le même édifice, à un laboratoire privé.

Or, ces mêmes médecins sont rémunérés par les fonds publics. Comment se fait-il, dans ce cas, que les prélèvements «offerts» dans le même édifice que la dite clinique ne soient pas eux aussi couverts par le trésor public?

Bref, comment se fait-il que la ou le patient qui a une assurance privée ou les moyens de payer de sa poche des centaines de dollars pour une analyse d’un simple prélèvement, a droit à la rapidité de se rendre directement au labo «privé» dans le même édifice de la clinique? Mais que la ou le patient sans assurance privée ou les moyens de payer se fasse répondre cavalièrement d’aller faire la queue à l’hôpital ou au CLSC pour un prélèvement couvert par le public?

Bienvenue au Québec de 2018. Là où tous ne sont plus égaux même lorsque vient le temps de faire faire un prélèvement, un test diagnostic ou encore, regarder la télé dans sa chambre d'un méga hôpital de 3 milliards de dollars.

Ça suffit.