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Pas si fou, le président

Vexé par les critiques sur sa santé mentale, Donald Trump s’est lui-même qualifié de « génie très stable ».
Photo AFP Vexé par les critiques sur sa santé mentale, Donald Trump s’est lui-même qualifié de « génie très stable ».

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Les gars (et les filles, mais jusqu’à maintenant, la place n’a été occupée que par des hommes) normaux, simples et gentils ne finissent pas à la présidence des États-Unis.

Il faut être un peu malade, mégalomane, égocentrique pour se voir à la Maison-Blanche.

C’est vrai, Donald Trump est tout ça et peut-être pire encore. À lire ses messages sur Twitter, ses coups de gueule virtuels, facile de conclure que ce commandant-en-chef est plutôt un chien enragé. Et l’idée que c’est à lui qu’on a confié les codes de l’arsenal nucléaire a de quoi provoquer des cauchemars.

Des présidents américains équilibrés, il ne semble pas y en avoir eu beaucoup : Nixon, à la fin, avait sombré dans l’alcool; Reagan commençait à être ravagé par la maladie d’Alzheimer; Wilson était un raciste fini et Kennedy, un courailleux, boosté aux médicaments. Pour ne nommer que ceux-là.

PAS JUSTE INTELLIGENT, GÉNIAL

L’actuel occupant de la Maison-Blanche n’a rien fait pour s’aider au cours des cinquante dernières semaines. Sauf que Michael Wolff, avec son livre controversé Fire and Fury, Inside the Trump White House, vient de lui lancer au visage des centaines de pages de nouvelles insultes. Celles-là, Trump ne les prend pas.

L’homme d’affaires new-yorkais se montre constamment irrité par ce qu’il perçoit être des descriptions malhonnêtes de ses accomplissements à la présidence. D’où l’équation, mauvaises nouvelles = fake news. Un aspect de sa vanité est encore plus vite froissé : lorsqu’on questionne son intelligence.

Du coup, Trump ne montre aucune gêne à proclamer qu’il a « un des QI les plus élevés », mais aussi « la meilleure mémoire au monde ». Et qu’il est, comme il l’a répété le week-end dernier, non pas juste intelligent, mais « génial... et un génie très stable, en plus ». Une obsession que des gens plus qualifiés que moi pourraient beaucoup mieux expliquer.

UN MEETING POUR CONTREDIRE UN LIVRE

Ce que Michael Wolff est venu dire – entre deux approximations, trois faussetés et quatre vérités – c’est que Trump est loin d’être aussi brillant qu’il le prétend : « L’homme, a-t-il résumé hier matin à CNN, ne peut pas enchaîner deux phrases cohérentes. »

Cherchant par tous les moyens à réfuter l’auteur, la Maison-Blanche a fait le choix inusité hier après-midi de nous laisser voir le président à l’œuvre avec une vingtaine d’élus, républicains et démocrates.

Réunis autour de la grande table du « Cabinet room », Donald Trump a passé la parole à un et à l’autre, puis, devant nous les correspondants, ils se sont mis à négocier la réforme de l’immigration, si chère au président. Tout cela pendant plus de cinquante minutes !

RESTER INCONTOURNABLE

On a voulu nous montrer que le président des États-Unis avait toute sa tête et ça a marché. J’y étais, fiez-vous à moi : Donald Trump, même avec sa syntaxe chancelante et un vocabulaire répétitif, n’a pas fait un fou de lui.

Semblait-il se perdre dans les détails des politiques discutées ? Avait-il l’air de mêler « réforme totale » et « changements ciblés » en matière d’immigration ? Donnait-il l’impression de vouloir dire à chacun ce qu’il voulait entendre? Absolument !

A-t-on réussi toutefois à prouver que peu importe ce que ses détracteurs en pensent, les grandes discussions et les décisions finales passent par lui ? Que le président, c’est lui et que les élus, aussi sûrs d’eux-mêmes peuvent-ils être, continuent de lui donner du Monsieur ? Eh oui ! Ces jours-ci, c’est amplement pour lui.