/entertainment/opinion/columnists
Navigation

Tirs groupés sur Catherine Deneuve

FILES-ENTERTAINMENT-GERMANY-FILM-FESTIVAL
Photo AFP Catherine Deneuve

Coup d'oeil sur cet article

L’actrice Catherine Deneuve et une centaine de Françaises ont eu le courage (ou l’imprudence) de publier, hier, dans le quotidien Le Monde une tribune libre dénonçant l’hystérie collective déclenchée par la campagne #MeToo. Elles en prennent aujourd’hui pour leur rhume. On les accuse d’inconscience à donner la nausée et de trahir la cause des femmes.

Le quotidien britannique The Guardian laisse même entendre que Catherine Deneuve doit sa réputation internationale uniquement à son rôle d’épouse se prostituant l’après-midi dans le film Belle de jour ! Des quatre coins du monde, on dénigre les malheureuses signataires, professeures d’université, auteures, actrices, artistes et femmes d’affaires, soulignant à grands traits qu’elles comptent même dans leurs rangs, ô horreur ! une ex-actrice porno.

C’est un hasard si cette tribune libre est publiée deux jours après le gala des Golden Globes. Oprah Winfrey y a prononcé une allocution qui a marqué les esprits, défendant l’égalité des femmes et prônant le respect mutuel entre les sexes. Après avoir réécouté Oprah Winfrey plus d’une fois, je n’ai décelé dans ses propos aucune agressivité contre les hommes, mais plutôt une dénonciation mesurée du racisme et du sexisme.

LE VIOL EST UN CRIME, MAIS...

La tribune libre publiée dans Le Monde n’a pas le raffinement de l’allocution d’Oprah. Les propos sont moins pondérés et plus bruts, mais il n’en reste pas moins, comme déclarent les cent femmes, « que si le viol est un crime..., la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit ni la galanterie une agression machiste ». Ces « traîtresses » ont raison de dénoncer l’hystérie déclenchée par les millions d’utilisateurs des mots-clics apparus sur les réseaux sociaux depuis l’affaire Weinstein.

Dans leur manifeste, elles écrivent que cette fièvre « sert les intérêts des ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux et des pires réactionnaires ». Elle sert aussi très bien les tenants du puritanisme et de la rectitude politique, comme elle encourage les révisionnistes de l’histoire, des arts et de la littérature. Ces révisionnistes veulent refaire le monde d’hier selon les critères d’aujourd’hui.

CARMEN, REVUE ET CORRIGÉE

Dans les circonstances, faut-il s’étonner qu’on veuille réécrire La belle au bois dormant, que le metteur en scène Leo Muscato corrige le dénouement de l’opéra Carmen, dont la première a eu lieu à Florence, dimanche dernier ? Au lieu que ce soit Don José, fou de jalousie, qui tue Carmen, c’est elle qui le tue sous prétexte de légitime défense.

J’avise les révisionnistes qu’ils ont du pain sur la planche. Seulement dans les opéras de Verdi et de Donizetti, sept héroïnes sont tuées violemment ! Sans parler du théâtre et des romans où très souvent les femmes meurent en victimes, lâchement laissées pour compte ou trompées par leurs amants.

La tribune libre de Catherine Deneuve et cie s’en prend enfin à la justice expéditive qu’on exerce par les réseaux sociaux. C’est une situation que déplorent tous les juristes et qui inquiète la plupart des gouvernements, même si on ne sait trop par quel bout aborder le problème.

Pour l’instant, l’état de droit dont la plupart des pays occidentaux se vantent encore n’existe plus. Nous sommes revenus au temps des sorcières de Salem, à cette différence près que, cette fois, ce sont des hommes qu’on pend haut et court.

TÉLÉPENSÉE DU JOUR

Même les juges prétendent ne pas avoir les moyens de se payer un avocat.