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Des propos qui font réagir jusqu’ici

Le président des États-Unis aurait qualifié Haïti et des pays africains de «pays de merde»

Jean Ernest Pierre
Photo Dominique Scali En raison de la forte réaction causée par les propos de Donald Trump, l’animateur de radio Jean Ernest Pierre a reçu vendredi un volume d’appels comme il en a « rarement » chez ses auditeurs de la communauté haïtienne.

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Les communautés haïtiennes et africaines du Québec sont « consternées » par les propos « insultants » et « racistes » de Donald Trump, qui aurait qualifié plusieurs nations de « pays de merde ».

« Les gens sont extrêmement offensés. C’est partout sur Facebook, Instagram », dit Kevin Calixte, qui est très impliqué dans la communauté haïtienne de Montréal et qui a notamment été bénévole pour l’accueil de migrants cet été.

Le président américain fait les manchettes depuis jeudi parce qu’il aurait qualifié Haïti et des pays africains de « pays de merde » lors d’une réunion avec plusieurs sénateurs. Vendredi, il a nié avoir utilisé ces mots, mais a avoué avoir utilisé un langage « dur ».

Or, la plupart des personnes interrogées maintiennent que cette polémique témoigne des préjugés « racistes » du président américain. « Ça fait mal à entendre [...] On ne veut plus de l’immigration noire aux États-Unis », interprète Jean-Marie Mousenga, intervenant au Centre Afrika de Montréal.

D’autant plus que M. Trump aurait mentionné au cours de la réunion qu’il préférerait recevoir des immigrants de la Norvège, où la majeure partie de la population est blanche.

« S’il n’avait pas introduit la Norvège là-dedans, on aurait pu croire qu’il parlait de pays où les conditions sont merdiques. Mais là, c’est reçu avec consternation », explique Charles Madet, président de l’Association haïtienne de Québec.

Nuances

Reste que certains prennent l’injure avec philosophie, remarque Jean Ernest Pierre, de la station de radio ethnique CPAM. « Il faut relativiser. On le sait que cet homme a un problème entre les deux oreilles ».

Lors de son émission de vendredi, les propos « inacceptables » du président américain ont fait fortement réagir, remarque-t-il. Mais beaucoup d’auditeurs de la communauté ont affirmé que c’était aux Haïtiens à se prendre en main.

« Certains disent que Trump a simplement dit des choses qui sont évidentes », abonde Kevin Calixte, faisant référence notamment aux problèmes de corruption et de pollution à Haïti.

« Le problème, c’est la façon de le dire. Ce genre de claques, c’est le gouvernement haïtien qui doit les prendre [et non la population] », ajoute-t-il.

« Plutôt que de réagir à des imbécillités », Marjorie Villefranche de la Maison d’Haïti préfère se concentrer sur les commémorations du séisme qui a fait plus de 230 000 morts il y a 8 ans jour pour jour vendredi.

Ironiquement, les migrants qui ont fui les États-Unis cette année pour se réfugier au Canada vont se dire qu’ils ont fait le bon choix, suppose-t-elle.

Trudeau ne commente pas

Du côté politique, la ministre Dominique Anglade, qui a perdu ses deux parents dans le séisme de 2010, a réagi sur Facebook sans nommer Trump. « Que des leaders politiques se permettent aujourd’hui de dénigrer de façon éhontée cette nation haïtienne ne fait que témoigner de leur ignorance face à l’apport de ce pays. »

Le premier ministre Justin Trudeau n’a pas voulu « commenter ce que M. Trump aurait ou n’aurait pas dit ».

– Avec l’Agence QMI

Une vague d’indignation planétaire

Les propos de Donald Trump ont suscité une vague d’indignation à travers le monde vendredi, tant de la part de citoyens que de la part de politiciens.

De nombreux internautes africains ont par exemple partagé sur les réseaux sociaux des photos de gratte-ciel ou de paysages magnifiques de leurs pays, accompagnées du hashtag #shithole, le terme qu’aurait utilisé le président américain.

Ces propos sont « d’autant plus blessants compte tenu de la réalité historique du nombre d’Africains qui sont arrivés aux États-Unis comme esclaves », a déclaré Ebba Kalondo, porte-parole du président de la Commission de l’Union africaine.

Relations diplomatiques

Ces remarques portent un « coup cinglant » aux relations diplomatiques entre Washington et les pays africains, a tweeté la ministre des Affaires étrangères du Botswana, Pelonomi Venson-Moitoi.

« Il ne faut pas confondre les dirigeants de merde que nous, les Africains, élisons, avec notre beau continent », a réagi l’activiste kényan Boniface Mwangi. « Notre continent est le plus béni de tous, mais il a été violé par des impérialistes en collaboration avec nos dirigeants merdiques pendant des générations », a-t-il rappelé.

En Haïti, le gouvernement a dénoncé des propos « odieux et abjects » qui, s’ils étaient avérés, seraient à tous égards « inacceptables, car ils refléteraient une vision simpliste et raciste ».

À l’ONU, le Haut Commissariat pour les réfugiés a qualifié ces propos de « choquants et honteux ».

« Nous valons mieux que cela », a de son côté réagi l’ancien vice-président démocrate Joe Biden. « Ce n’est pas comme cela qu’un président devrait parler et se comporter. Mais surtout, ce n’est pas comme cela qu’un président devrait penser. »

– Avec l’AFP