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François Bellefeuille: champion de l’humour

François Bellefeuille
Photo Samuel Pasquier François Bellefeuille

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Tout sourit à François Bellefeuille, ces temps-ci. Après avoir vendu plus de 300 000 billets de son premier one-man-show, l’humoriste et jeune père de famille est de retour avec une nouvelle proposition, Le plus fort au monde. « Je suis très fier du résultat final. J’ai l’impression que j’ai évolué, que je suis plus punché. Je pense que mes sujets vont plus toucher les gens », dit l’humoriste qui se tient dans le haut du peloton de l’humour depuis quelques années.

François Bellefeuille n’est pas du genre à se tourner les pouces très longtemps. Quatre ­semaines seulement après la naissance de sa fille, en juin dernier, l’humoriste partait en tournée pour roder Le plus fort au monde, qu’il a conçu avec Olivier Thivierge (textes), Simon Cohen (script-édition) et Marie-Christine Lachance (co-mise en scène).

Ce nouveau spectacle, l’humoriste le décrit comme étant beaucoup plus personnel que le précédent. « Dans le premier spectacle, j’avais un numéro avec une mappemonde et un autre avec des livres pour enfants, dit-il. J’avais fait ça pour faire rire, mais ça ne venait pas de moi. Là, je parle de mes enfants et de ma blonde. C’est un gros clash avec le premier spectacle où je parlais de mon célibat. »

Père de Milo, deux ans, et Dali, sept mois, l’humoriste de 41 ans a dû conjuguer ses nouvelles responsabilités parentales avec la création de son nouveau spectacle. « Ma blonde était enceinte pendant que j’écrivais. Ç’a été rough par moments. [...] Au début de l’écriture, j’étais vraiment rouillé. J’avais l’impression que j’écrivais comme il y a cinq ans. C’est un muscle, la créativité. Mais je me suis entraîné. »

Débuts inespérés

Après une carrière de vétérinaire, François Bellefeuille a connu des débuts inespérés en humour après avoir écoulé 303 000 billets de son premier spectacle, qu’il a joué 437 fois durant trois ans et demi.

« J’ai toujours eu à prouver ma place dans ce milieu-là, même si les gens disent que c’est monté bien vite, dit-il. Au début, tout le monde tripait sur mon numéro du faucon, mais plusieurs disaient que je ne serais jamais capable de faire un show complet. Puis, quand j’ai annoncé mon spectacle, certains disaient que je ne dépasserais pas les 75 000 billets vendus. Moi, j’espérais me rendre à 100 000. Quand j’ai vu que j’atteindrais les 300 000, je capotais. »

« Je n’aime pas mettre ces chiffres-là de l’avant, poursuit-il. Je suis un gros fan de l’humilité. Je trouve ça dommage que, dans la nouvelle génération, il y ait beaucoup de m’as-tu-vu. Je ne sais pas si ce sont les réseaux sociaux qui amènent ça, mais je vois de jeunes humoristes qui veulent flasher. Ça me gosse ! Personnellement, j’étais très fier de vendre 300 000 billets. C’est tout un exploit. Mais dans le futur, je veux plutôt me concentrer sur la qualité de mon spectacle que de parler des billets vendus. »

Frapper un mur

Même si tout fonctionne pour lui présentement, ­François Bellefeuille sait ­pertinemment qu’il n’est jamais à l’abri d’un échec. « Je suis un peu hanté à l’idée de me planter un jour, dit-il. En fait, j’ai même l’idée de volontairement m’autosaboter, à un moment donné. Je trouve qu’on apprend énormément quand on frappe un mur et qu’on se relève. »

Mais pour l’instant, avec son nouveau spectacle, l’humoriste n’a qu’un seul objectif en tête : se tenir sur la plus haute marche du podium. Si la devise des Jeux olympiques modernes est « Plus vite, plus haut, plus fort » (Citius, Altius, Fortius), dans le cas de François Bellefeuille, on peut aussi ajouter « plus drôle ».


♦ François Bellefeuille présentera son nouveau spectacle solo, Le plus fort au monde, les 29 et 30 janvier, au Théâtre Maisonneuve de Montréal, ainsi que les 27 et 28 février, à la Salle Albert-Rousseau de Québec. Pour toutes les dates : www.francoisbellefeuille.com.

 

« Il faut que Montréal reste la plaque tournante de l’humour au monde »

François Bellefeuille
Photo Samuel Pasquier

Le scandale sexuel impliquant Gilbert Rozon a profondément secoué le milieu de l’humour, l’automne dernier. Comment François Bellefeuille entrevoit-il cette nouvelle année, avec l’avenir incertain de Juste pour rire et la création d’un nouveau festival d’humour ? Le Journal en a discuté avec lui.

« Je pense que le milieu de l’humour va bien », répond d’emblée l’humoriste, qui préfère se ranger dans le camp des ­optimistes, malgré le tsunami des ­derniers mois.

« Oui, il y a eu des frictions entre ­humoristes, car lorsque tu touches à Juste pour rire, tu touches au gagne-pain et à l’insécurité de certains. ll y a des peurs qui sont associées à ça. On reste quand même des travailleurs autonomes. Même si ta carrière va bien maintenant, tu ne sais jamais si tu n’auras pas besoin d’un coup de pouce dans trois ans. »

« Je n’ai jamais bien aimé Gilbert »

Selon le comique, même si « le royaume s’est effondré », le modèle de Juste pour rire était vieux de 35 ans et il fallait le repenser. « C’est un modèle où il y a des compagnies et des producteurs qui deviennent vraiment gros à cause de leur festival. Pendant une période de temps, la ville leur appartient. C’est un privilège que la ville résonne humour pendant deux ou trois semaines. Mais je ne vois pas pourquoi on donnerait ce privilège à une compagnie qui ne le fait pas nécessairement pour le spectateur ou la ville. »

Depuis quelques années, François Bellefeuille commençait à prendre ses distances avec Juste pour rire. « À un moment donné, quand ce sont les stations de télévision qui viennent te dire qui va être dans ton gala ou non... J’ai déjà animé deux galas, mais ça faisait deux ans que je n’y allais plus. Ça ne me servait plus tant que ça. »

Lors de ses participations au festival, François Bellefeuille a eu l’occasion de voir Gilbert Rozon à quelques reprises. « Je le croisais dans les coulisses, mais je n’ai jamais vraiment eu de discussion avec lui. Une fois, il m’a dit deux ou trois conseils en sortant de scène. [...] Je n’ai jamais bien aimé Gilbert. Je sentais peut-être quelque chose, pas nécessairement par rapport aux agressions sexuelles, mais plus par rapport à quelqu’un qui aime utiliser le pouvoir qu’il a envers les gens. »

Au moment de notre entrevue avec ­l’humoriste, la vente de Juste pour rire n’avait toujours pas été confirmée. Pour François Bellefeuille, l’avenir de la ­compagnie dépend grandement de ­l’identité du futur acheteur.

« Selon son charisme, il pourrait convaincre les humoristes de se ­rallier à lui. Peut-être que la coalition des ­humoristes pourrait servir de négociation pour changer le festival. »

Le nouveau festival d’humour

François Bellefeuille ajoute ne pas ­s’inquiéter des rumeurs qui disent que le siège social de Juste pour rire ­pourrait quitter Montréal. « Montréal va ­toujours rester une ville ­extraordinaire en ­humour. Si Juste pour rire s’en va ailleurs, il va falloir que quelqu’un prenne la relève et amène de gros noms ­internationaux ici. Il faut ­continuer de voir grand. Il faut qu’on ait un ­festival d’humour bilingue à Montréal. Il faut qu’on reste la plaque tournante de ­l’humour au Québec. »

Alors qu’il s’était initialement engagé auprès de Martin Petit, l’automne dernier, pour lancer la coalition des humoristes et le nouveau festival d’humour, Le Grand Montréal comédie fest, François Bellefeuille a décidé de se retirer de l’organisation.

« Je demeure un sympathisant à la cause et je vais essayer d’y participer si mon horaire le permet. Mais je me suis rendu compte que c’était extrêmement prenant. Je pensais qu’on allait pouvoir régler plusieurs choses en deux ou trois semaines. Mais c’était beaucoup plus que ça. C’était énormément de stress et ça jouait dans des sphères que je ne ­connaissais pas. Je me suis dit que ce n’était pas ce que je voulais faire dans la vie. Moi, c’est de l’humour. Mon lien est avec le spectateur. Je suis un créatif. Mais je lève mon chapeau à Martin Petit pour sa ténacité. »

 

Questionnaire « Le plus fort... »

Le nouveau ­spectacle de François Bellefeuille s’appelant Le plus fort au monde, cela nous a inspiré quelques questions.

– Dans quelle discipline olympique serais-tu le plus fort ?

« J’étais quand même pas si pire en ski et en planche à neige, mais je suis peureux. Je regarde le ski de bosses et je suis vraiment impressionné. Ce sont les plus courageux. Sinon, comme je suis assez créatif, je dirais le patinage artistique... (rires). Pour les Olympiques d’été, je dirais le tir à l’arc. J’en avais fait quand j’étais jeune et j’avais bien aimé. Sinon, peut-être le plongeon, j’aurais aimé ça. Surtout être cut en Speedo ! »

– Selon toi, quel animal est le plus fort ?

« L’orang-outan a des bras très forts, mais tu ne peux pas battre la force d’un éléphant. Quand j’étais vétérinaire, j’ai beaucoup travaillé avec des chevaux et des bovins. Un bœuf, c’est fort en sacrament ! Pour se battre, je dirais que c’est le chat le plus fort. Pour des manipulations vétérinaires, ça m’est arrivé de devoir me battre avec des chats et ils trouvaient toujours des entourloupettes. Si le chat pesait 100 livres et qu’il avait la même agilité, ce serait la bête la plus redoutable sur terre. »

– Quelle chanson aimes-tu chanter le plus fort ?

« J’adore chanter Le bon gars, de Richard Desjardins. Je l’ai déjà chantée à l’université pour un défi qu’on m’avait lancé. C’est l’une des premières chansons que j’ai apprise par cœur du ­début à la fin. Je trouve qu’elle est magnifique. »

– Qui de ton entourage te fait rire le plus fort ?

« Ex aequo Simon Gouache et Louis T, qui sont mes deux amis de l’École de l’humour, et Olivier Thivierge. Simon et Louis, quand on est les trois ensemble, on se fait vraiment rire. Olivier est un gars vraiment magnifique. S’il avait le guts d’aller sur scène, il serait vraiment très bon. »

– Quel est le repas le plus fort que tu as mangé ?

« J’aime manger épicé. Je me souviens d’une fois, chez Subway, j’avais fait ajouter de la sauce piquante parce que j’aime bien les piments forts. Je m’étais mis à suer de la tête et à devenir tout rouge. Mais j’aimais ça ! C’est vraiment weird... (rires) »