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Il mise sur les régions insatisfaites

Le lieutenant conservateur au Québec soutient que l’électorat s’éloignera des riches libéraux «déconnectés»

Alain Rayes
Photo Guillaume St-Pierre Le député conservateur de Richmond-Arthabaska, Alain Rayes, a été nommé lieutenant politique du nouveau chef Andrew Scheer cet été. Il était de passage au bureau parlementaire du Journal à Ottawa pour faire un bilan de cette année mouvementée.

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OTTAWA | Ce n’est qu’une question de temps avant que le Parti conservateur ne dirige de nouveau le pays, assure son lieutenant au Québec, Alain Rayes. Le député et ex-maire de Victoriaville a pris du galon au sein de l’opposition officielle depuis l’arrivée de son nouveau chef, Andrew Scheer, ce printemps. Il voit d’un bon œil les perspectives d’un succès électoral de la Coalition avenir Québec au provincial, un autre signe que les gens des régions montreront bientôt la porte, selon lui, aux politiciens « déconnectés », comme Justin Trudeau ou Bill Morneau.

Comment expliquez-vous les récents gains des Libéraux, qui restent en tête des sondages au Québec malgré les récents scandales ?

On peut voir le verre d’eau à moitié vide ou à moitié plein. Oui, on a perdu deux députés lors des élections partielles, face à un premier ministre qui fait campagne avec l’argent des contribuables [en se rendant sur place, NDLR]. Quand on regarde les résultats, dans presque toutes les partielles on a fait mieux que nos résultats des dernières élections. L’an passé, personne n’imaginait Justin Trudeau perdre la prochaine élection. Aujourd’hui, je pense que plus personne ne peut dire avec certitude qu’elle sera une victoire facile pour Justin Trudeau. Je pense que tout le monde est convaincu que la lune de miel est finie maintenant.

Vos publicités semblent s’adresser aux conservateurs convaincus. Comment vous et votre chef, Andrew Scheer, allez réussir à élargir vos appuis ?

On parle aux gens qui sont comme nous autres. Andrew Scheer, Alain Rayes, Gérard Deltell, on ne provient pas de ce monde-là, celui qui est autour de Bill Morneau et de Justin Trudeau. Je pense que ça frappe l’imaginaire. Oui, ils sont comme des célébrités, mais puisqu’ils créent des politiques qui nous touchent, il faudrait au moins qu’ils connaissent notre réalité. Quand le premier ministre et le ministre des Finances se sont attaqués aux PME, ils ont essayé de les faire passer [les entrepreneurs] pour des méchants qui investissent dans des paradis fiscaux. C’est très mal connaître les régions de dire des choses comme ça. On met de côté des gens qui sont fiers de leur région, qui sont des personnalités dans leur milieu. C’est un bel exemple des limites de la notoriété de Justin Trudeau.

Dès juillet, le cannabis sera légal. Comptez-vous cesser les critiques à cet égard si ça se passe bien ?

Ça ne se passera pas bien. C’est impossible, et ça a été démontré dans les endroits où ça a été légalisé. Surtout, on va trop vite. Il va y avoir des situations qui vont être catastrophiques pour des gens, des familles. Ça ne peut pas faire autrement. On n’aura pas les délais nécessaires pour faire de l’éducation, de la sensibilisation. Il n’y a rien à y comprendre, sauf espérer que les sénateurs vont réussir à retarder le processus le temps que les choses se fassent le mieux possible, pour minimiser les impacts.

Au Québec, la Coalition avenir Québec semble avoir le vent dans les voiles. Allez-vous tirer des conclusions des élections de 2018 ?

Oui. Je pense que plusieurs provinces comme le Québec vont élire des partis de centre-droite. C’est la possibilité pour la génération X de prendre sa place dans les élections. Si on ne le fait pas là, c’est une autre génération qui va prendre sa place. Je fais aussi un constat : il existe une différence entre les régions et les grands centres. Il faut regarder la politique différemment. Les enjeux de Montréal, Toronto, Vancouver ne sont pas les mêmes que Rimouski, Trois-Rivières, Victoriaville, Tingwick et toutes les autres petites municipalités. Justin Trudeau, c’est un gouvernement des grands centres. Quand il met en place une banque d’infrastructures pour les grands centres, quand je vois une patinoire de 6 M$ à Ottawa, je me dis qu’ils ne sont aucunement conscients des besoins des régions.

Pourquoi les Québécois et Québécoises deviendraient soudainement conservateurs en 2018 ?

Je regarde Brian Mulroney, un premier ministre qui a eu la plus importante majorité au Canada [en 1984, NDLR]. Donc, il y a beaucoup de Québécoises et Québécois qui ont voté conservateur un jour dans leur vie. Quand je prends un café au Tim Horton’s dans ma circonscription et que je rencontre quelqu’un qui vote libéral, c’est toujours pour des raisons superficielles. Mais quand je leur parle d’enjeux, ils n’adhèrent pas aux propositions du gouvernement. Les gens ne devraient pas sous-estimer l’impact qu’a le Québec à l’intérieur du Parti conservateur en ce moment. Parce que la question n’est pas de savoir s’il retournera au pouvoir, mais juste quand. Le Québec a une décision à prendre. Voulons-nous que nos préoccupations, nos enjeux du Québec fassent partie d’un grand parti national ? Moi ma réponse à ça, c’est oui.


Le Journal a rencontré des représentants des trois oppositions fédérales pour des entrevues que nous vous présentons en ce début d’année. Lundi, au tour du chef du NPD Jagmeet Singh et de la chef du Bloc Québécois Martine Ouellet.