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Mes féministes

grande entrevue avec Louise Beaudoin
Photo d'archives, Ben Pelosse Louise Beaudoin

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Mercredi, j’ai interviewé l’ex-ministre Louise Beaudoin pour Les Francs-Tireurs. Cette entrevue sera diffusée à Télé-Québec dans quelques semaines...

Madame Beaudoin (qui a 72 ans, mais qui ne les fait pas du tout) était brillante, drôle, allumée, culottée.

En discutant avec elle, je me disais : « Dieu que les femmes de cette génération avaient du chien ! »

LES DÉFRICHEUSES

Je pense entre autres à Denise Bombardier, Liza Frulla, Monique Jérôme-Forget, Lysiane Gagnon, Michèle Viroly, Lise Watier, Andrée Ruffo, Michèle Fortin (ex-grande patronne de Radio-Canada et de Télé-Québec), Andréa Jourdan (animatrice, productrice, chef, femme d’affaires) et, dans une autre génération, Janette Bertrand.

Ces femmes ne se sont jamais perçues comme des petites choses fragiles qu’il fallait protéger.

Elles n’ont pas attendu qu’on les invite à la table des grands. Elles ont pris leur place !

Elles ont sorti leur hache et elles ont foncé !

Elles ont tracé leur voie advienne que pourra, elles ont déboisé, déblayé, défriché !

Michèle Viroly était la première femme journaliste aux nouvelles de Radio-Canada, Michèle Fortin était la première femme à diriger la télévision française de Radio-Canada, Denise Bombardier était la première femme à animer une émission d’affaires publiques, etc.

Pensez-vous que ces femmes se roulaient en boule et pleuraient dans leur coin quand un obstacle leur barrait le chemin ?

Jamais.

Elles avaient plus de courage, plus de témérité et plus de couilles (désolé pour le terme sexiste, je suis un vieux schnock) que la plupart des hommes de leur génération.

LA TÊTE SUR LE BILLOT

Aujourd’hui, grâce au travail de ces pionnières, les jeunes femmes n’ont jamais eu autant de possibilités devant elles...

Pourtant, si je me fie à ce que je lis dans les journaux et ce que j’entends à la télé et à la radio depuis quelque temps, j’ai l’impression que le Québec n’a jamais été aussi fermé aux femmes.

S’il vous plaît !

Arrêtez de dénoncer, de revendiquer, de demander, d’exiger et de réclamer, et foncez, bordel !

Relevez vos manches et chargez !

Tu veux réaliser un film ? Fais comme tous ces passionnés de cinéma qui se sont débrouillés avec les moyens du bord et qui ont mis leur tête sur le billot (Xavier Dolan, Marc-André Lavoie, Simon-Olivier Fecteau, Charles-Olivier Michaud ou Kim Nguyen), et réalise-le !

N’attends pas qu’on instaure des quotas !

Pensez-vous que les femmes que j’ai citées plus haut ont attendu une invitation en bonne et due forme pour entrer dans la grande salle ?

Elles ont défoncé la porte !

DANSER LE TANGO

Et savez-vous ce que j’aime aussi de ces femmes ?

Ce sont des séductrices. Dans le grand jeu de la séduction, ces femmes, j’en suis sûr (je ne les connais pas toutes personnellement, mais je fréquente certaines d’entre elles), ne se sont jamais perçues comme des proies sans défense, mais comme des players.

Et quand des hommes osaient se comporter de façon inappropriée avec elles, je suis convaincu qu’elles les remettaient à leur place assez vite, merci.

Quand j’entends le mot « féminisme », c’est à ces femmes que je pense.

Pas aux pleureuses de vingt ans qui font le tour des talk-shows pour demander à la méchante société qu’elle leur tire une chaise pour qu’elles s’assoient.