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Sur l'avenue du Parc, coin Laurier

1933

Avant Après
photo Courtoisie des Archives de la Ville de Montréal, Mile-End. Avenue du Parc (intersection de Laurier). 1933. VM98-Y_3P037
Photo Pierre-Paul Poulin

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La chic avenue du Parc

« Bientôt, ces poteaux disgracieux disparaîtront de la belle avenue du Parc ! » se disent peut-être ces Montréalais en regardant les travaux d’enfouissement de la Commission des services électriques à l’intersection nord-est de Laurier. C’est à la fin du 19e siècle que ce secteur de Ville Saint-Louis se développe sous l’impulsion des courtiers torontois McCuaig et Mainwaring. Afin d’optimiser le nombre de terrains à vendre pour leur projet de banlieue, la « Montreal Annex », les deux hommes modifient le tracé de l’avenue du Parc d’une vingtaine de mètres vers l’ouest, lui donnant une étrange courbure à la hauteur de la rue Fairmount. Des résidences bourgeoises et de chics immeubles d’appartements s’élèvent dans les environs jusqu’à l’annexion de Ville Saint-Louis par Montréal en 1910. Les entreprises ayant l’autorisation de s’établir sur l’avenue du Parc en 1912, plusieurs édifices résidentiels adoptent une fonction commerciale. Voisin du théâtre Regent, un élégant bâtiment suit cette tendance en hébergeant plusieurs commerces, telle la chapelière Lillian Rubin, dont la réclame est visible sur le trottoir.

Fumeurs et fans de hockey

Sur l’édifice de la Montreal City & District Bank, la publicité pour les cigarettes Turret est immanquable. Implantée à Saint-Henri en 1908, Imperial Tobacco lance les cigarettes Turret en 1925. Avec son slogan « Turret, le choix des Canadiens », la compagnie vise la classe ouvrière avec ses primes et ses concours. À l’intérieur du carton, des cartes de poker sont à collectionner : une bonne main peut valoir un parapluie, une théière, de la crème à raser ou une paire de gants. En 1932, Turret offre 15 000 $ en prix pour ceux qui devineront correctement le nombre de points accumulés à la fin de la saison par chacune des neuf équipes de la Ligne nationale de hockey. Le prix en argent est doublé pour ceux qui envoient leur réponse sur un carton de cigarette Turret. Trois millions de fans de hockey participent au concours. Après avoir abandonné la marque, Imperial Tobacco relance Turret en 1974. Ces cigarettes bon marché sont vendues jusqu’au tournant des années 1980.

La guerre des tramways

Le tramway no 17 circule en direction nord sur l’avenue du Parc, vers de Cartierville. Au centre d’une vive polémique, l’établissement de ce moyen de transport dans le Mile End remonte à 1892-1893. Au Conseil de la localité de banlieue, deux camps s’affrontent farouchement. Certains élus préfèrent la Montreal Street Railway (MSR), dirigée par Louis-Joseph Forget, desservant le centre-ville et récemment électrifiée. D’autres échevins favorisent Montreal Park and Island Railway (MP&IR), présidée par Louis Beaubien et bien établie en périphérie. Les rumeurs vont bon train à l’égard des manœuvres pour obtenir le contrat : des pots-de-vin de la MSR, voire même l’enlèvement de l’échevin Young pour empêcher le quorum ! C’est dans un climat extrêmement tendu que le Conseil signe finalement un accord de trente ans avec la MP&IR. En difficultés financières, la compagnie ne remplit toutefois pas ses obligations. Poursuivie par Ville Saint-Louis en 1896, elle perd ses tramways dans un incendie. Victorieuse, la MSR acquiert sa rivale moribonde au début du 20e siècle.

♦ Pour en savoir plus, consultez l’excellent ouvrage d’Yves Desjardins, Histoire du Mile End, Québec, Septentrion, 2017. 355 p.