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Voyageurs américains, méfiez-vous!

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Être un touriste américain n’importe où dans le monde comprend sa part de risque. Tout jeune voyageur québécois a croisé un jour un Américain avec un drapeau canadien sur son sac à dos pour être mieux accueilli par les étrangers rencontrés.

C’est le prix à payer pour être citoyen d’une superpuissance qui, depuis un siècle, ne s’est pas gênée pour se mêler des affaires des autres comme en Iran dans les années 1950, au Vietnam dans les années 1960, au Chili dans les années 1970 ou au Nicaragua dans les années 1980, pour ne nommer que ces cas-là.

Des bibliothèques entières décrivent les motivations, nobles et beaucoup moins nobles, derrière ces initiatives. Normal de marcher sur des œufs lorsqu’on vous associe à des villages rasés au napalm ou au renversement de dirigeants démocratiquement élus.

À la liste, il faudra désormais ajouter les insultes du président Trump à l’égard de pays africains et d’Haïti. Pour un temps au moins, même le plus farouche opposant de Donald Trump va, au mieux, se faire crûment apostropher dans les rues de Lagos et de Port-au-Prince, au pire, se faire cracher dessus. Ça vous cochonne un voyage.

ALLEZ ICI, PAS LÀ !

Le département d’État, qui a à cœur de limiter les dégâts, vient de simplifier son système d’avertissement aux voyageurs américains : quatre niveaux, quatre couleurs différentes, même un enfant peut s’y retrouver. Le Mexique est un des pays les plus affectés par ces nouvelles désignations, et ça tombe bien, les touristes québécois y affluent par milliers ces temps-ci.

La diplomatie américaine place le Mexique au niveau 2, c’est-à-dire « faites preuve d’une prudence accrue ». Une bonne nouvelle pour le ministre mexicain du Tourisme, Enrique de la Madrid, interrogé la semaine dernière par le Miami Herald : les grandes destinations — Cancún, Los Cabos et la ville de Mexico — ont été placées au même niveau que l’Espagne et la France.

Pas tout à fait étonnant : l’immense majorité des voyageurs québécois est rentrée sans s’être sentie le moins du monde menacée dans ses « tout inclus ». Reste que les Américains ont apposé une étiquette « Do not go ! » à cinq États du Mexique, rongés par la violence.

PIRES QUE DES ÉTATS EN GUERRE

Les États de Colima, du Tamaulipas, Guerrero, Michoacán et Sinaloa ont été placés dans la liste des endroits les plus dangereux au monde, sur le même pied que le Yémen, l’Afghanistan et la Syrie. Paradoxal, je l’avoue, par rapport à ce que je viens de souligner au sujet de la sécurité que ressentent nos compatriotes sur les plages mexicaines, mais il vaut le coup de relever que le Mexique en 2017 a enregistré son année la plus meurtrière depuis que des statistiques sont compilées.

D’ailleurs, si le département d’État américain est sévère, notre propre ministère des Affaires étrangères l’est davantage encore, indiquant sur son site web neuf États mexicains, et non seulement cinq, où il est conseillé d’« Éviter tout voyage non essentiel ». Reste à voir si « en avoir assez de l’hiver » peut être casé parmi les « voyages essentiels ».

Pour revenir à la classification américaine, nos voisins du Sud sont encouragés à choisir des destinations plus sécuritaires, et même la France et l’Allemagne, par exemple, n’y sont pas tout à fait, ayant été classées dans la catégorie « Faites preuve d’extrême prudence » à cause des risques terroristes.

Parmi les destinations de choix : le Canada, un des rares nos 1. Pas qu’on y tienne, mais ça devrait nous éviter les insultes de Donald Trump. Tant mieux !

PAYS « DO NOT TRAVEL »

Selon le département d’État américain, 2018

  • Afghanistan
  • Syrie
  • Irak
  • Iran
  • Yémen
  • Somalie
  • Sud-Soudan
  • Libye
  • Mali
  • République centrafricaine
  • Corée du Nord

HOMICIDES, MEURTRES, MORTS VIOLENTES EN 2017

Afghanistan

  • 2640 (entre janvier et octobre)

Yémen

  • Entre 8670 et 10 000 (depuis mars 2015)

Syrie

  • 10 204

Irak

  • 13 187

Mexique

  • 23 101 (entre janvier et novembre)