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Gaffe d’UN milliard avec Bombardier

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Si le gouvernement Couillard et la Caisse de dépôt et placement du Québec avaient investi « nos » 3,3 milliards dans le capital-actions de Bombardier au lieu d’obtenir des parts de la CSeries et de Bombardier Transport, « notre » investissement se serait apprécié d’au moins 1,2 milliard de dollars de plus que le gain engrangé sur papier jusqu’à présent.

Lorsque Québec et la Caisse ont négocié les ententes avec la haute direction de Bombardier, vers la mi-octobre 2015, le cours de l’action de Bombardier se négociait autour de 1,65 $. Vendredi, l’action clôturait à 3,06 $. Pour une appréciation de 85 %. Avec une telle appréciation, « notre » investissement de 3,3 milliards vaudrait hypothétiquement 6,1 milliards, pour un gain théorique de 2,8 milliards.

LA RÉALITÉ

Maintenant, la réalité est bien différente, et ce pour trois raisons.

Un, on ne peut pleinement profiter de la hausse de l’action de Bombardier, car Québec a préféré investir directement 1,3 milliard dans la CSeries et la Caisse 2 milliards dans Bombardier Transport.

Deux, la CSeries en arrache au point où Bombardier en a gratuitement cédé le contrôle à Airbus, qui détient aujourd’hui 50,01 % des parts. Résultat : la part de 49,5 % de Québec dans la CSeries a fondu à 18,5 %. Et elle va continuer de baisser... Pas rassurant ! Trois, l’investissement de la Caisse dans Bombardier Transport repose certes sur des assises plus solides que la CSeries. Le problème ? Lorsque la Caisse a investi ses 2 milliards (1,5 milliard US) pour acquérir 30 % de la division, elle donnait à Bombardier Transport une valeur théorique de 6,7 milliards (5 milliards US). À l’époque, cette valeur (6,7 milliards) apparaissait nettement surévaluée, car la valeur boursière totale de Bombardier s’élevait à seulement 3,8 milliards de dollars.

L’hypothétique valeur marchande de Bombardier Transport est probablement plus élevée aujourd’hui que l’évaluation de 6,7 milliards d’octobre 2015. Soyons généreux. En admettant que Bombardier Transport vaille aujourd’hui 9,3 milliards (7,5 milliards US). Dans un tel cas, le placement de la Caisse vaudrait 780 millions de plus.

Là où Québec et la Caisse profitent pleinement de l’appréciation de l’action de Bombardier, c’est avec les blocs de bons de souscription qu’ils ont obtenus en retour de leurs investissements massifs. À eux deux, ils détiennent 206 millions de bons de souscription à un prix d’exercice de 2,21 $. Au cours actuel de 3,06 $ l’action, ces bons rapportent sur papier un gain de 175 millions de dollars.

CONCLUSION

Comme possible profit accumulé sur papier jusqu’à présent, on parle donc de 955 millions (780 millions avec Bombardier Transport et 175 millions avec les bons de souscription). Si on avait plutôt investi les 3,3 milliards dans le capital-actions de Bombardier, l’appréciation atteindrait 2,8 milliards. On parle donc d’un écart de 1,8 milliard. En raison de l’effet de dilution qu’aurait eu un investissement direct dans le capital-actions de Bombardier, coupons du tiers l’écart, et ramenons-le si vous voulez à 1,2 milliard. Un milliard deux cents millions, voilà le « manque à gagner » qu’on a laissé sur la table en investissant directement dans la CSeries et Bombardier Transport au lieu d’investir dans le capital-actions de Bombardier.

Pendant ce temps-là, la famille Bombardier-Beaudoin voyait la valeur de son bloc d’actions passer de 492 millions (octobre 2015) à 912 millions (aujourd’hui), pour un gain de 420 millions. Et ce grâce à Québec et la Caisse !