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Dieudonné et la haine

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Est-ce que le rôle des auteurs est de nous réconforter avec des sujets faciles ou de sonder l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus sombre et de plus dégueulasse ?

Bien sûr, je suis pour que les écrivains soient libres de toucher à tous les sujets, sans censure, même les sujets qui dérangent.

Mais quand j’ai appris que l’humoriste français Dieudonné préparait un livre sur les motivations des terroristes islamistes, j’ai eu la nausée. Et quand j’ai appris qu’il avait contacté un des auteurs de la tuerie du 13 novembre 2015 à Paris, qui a fait 130 morts, j’étais dégoûtée.

QUE DES INEPTIES

Dieudonné a parfaitement le droit d’écrire les livres qu’il veut sur les sujets qui lui plaisent. Mais c’est son attitude qui révolte.

Il a envoyé une lettre à Salah Abdeslam, le « cerveau » des attaques du 13 novembre qui croupit en prison. Dieudonné voulait l’interviewer. Il l’a approché en ces termes : « Ce qui nous intéresse est de comprendre votre état d’esprit et les raisons qui vous ont poussé à agir. La violence est un mode d’expression qui surgit quand tous les autres ont échoué : l’attentat a pour but d’envoyer un message fort qu’on ne peut transmettre autrement. C’est en tout cas comme ça que nous le comprenons. En discutant avec vous, nous espérons mieux comprendre la profonde révolte qui vous habite et à laquelle la société reste sourde. »

On savait que Dieudonné était le roi de la provocation, mais considérer l’auteur d’un attentat terroriste comme une pôvre petite victime de la vilaine société qui ne le comprend pas et qui n’« écoute » pas sa « révolte », c’est pousser le bouchon assez loin.

Salah Abdeslam, ce terroriste sanguinaire, serait en réalité un être brimé dans sa liberté d’expression, incompris, qui fait pitié, et qui choisit d’organiser l’attentat du Bataclan et des terrasses parisiennes parce que c’est sa seule façon de « faire sortir le méchant » ? Quelle ineptie !

À la place des survivants des attentats du 13 novembre, à la place des parents des victimes du 13 novembre, je serais écœurée.

JE NE SUIS PAS DIEUDONNÉ

Dieudonné montre de plus en plus de quel côté de la décence il se trouve. Après les attentats de janvier 2015, il avait écrit sur Facebook : « Je me sens Charlie Coulibaly ». Charlie, pour Charlie Hebdo. Coulibaly, comme le nom d’un des trois terroristes islamistes responsables des tueries au magazine satirique et à l’épicerie juive Hyper Cacher. C’est comme si après Polytechnique, un humoriste de chez nous avait écrit sur les médias sociaux : « Je me sens Poly Lépine ».

Ce n’est plus de la provocation, c’est de l’indécence.

Dans une autre vie, à une autre époque, on imagine Dieudonné écrire une lettre à Adolf Hitler, pour le rencontrer afin d’écrire un livre sur les dictateurs. « La solution finale et l’exter­mination de 6 millions de juifs sont un mode d’expression qui surgit quand tous les autres ont échoué : le four crématoire a pour but d’envoyer un message fort qu’on ne peut transmettre autrement. C’est en tout cas comme ça que nous le comprenons ».

Décidément, cet homme qui m’a déjà fait rire est devenu un triste clown qui ne peut que nous faire pleurer.