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Je n'ai jamais fumé de drogue

Je n'ai jamais fumé de la drogue
Montage - Philippe Melbourne-Dufour

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Bonjour. Je m’appelle Germain, j’ai 22 ans et je n’ai (encore) jamais fumé de drogue de ma vie.

C'est drôle, parce que même si je me suis toujours assumé, ça me gêne pareil. Comme si j’avais honte d'avouer que je n'ai pas fait quelque chose d'illégal. C'est quand même bizarre, non?

Pourtant, c'est bien vrai. Je n'ai jamais fumé de drogue.

Je n'en ai pas non plus sniffé, en passant.

J'ai quand même passé trois ans au cégep et j'étudie toujours à l'UQAM. On me dit que ça relève de l'exploit, un peu comme un sympathisant de Trump qui serait opposé à la peine de mort et aux armes à feu.

Quand on se retrouve en rond dans une ruelle derrière un bar, au petit matin, ou dans la cour arrière d'un bungalow, et que le joint me passe sous le nez, je l’aide tout simplement à poursuivre sa route. En revanche, je prends une grande gorgée de bière. Et personne ne me juge. Mais chaque fois, on m'en offre tout de même. Que voulez-vous, mes amis sont si généreux, même si on comprend aussi que je n'en veuille pas.

J’ai l’air bon comme ça, mais je n’ai pas tant de mérite. Si ça avait été légal pendant que j'étais en 1re secondaire et si je m'étais retrouvé avec des amis qui roulent pour la première fois, j'aurais fort probablement pris une première puff, moi aussi. Juste pour essayer. Pis j'aurais probablement aimé ça. Comme tout le monde, aussi.

Le problème, avec les choses que j'aime, c'est que j'ai de la misère à me limiter. Ceux qui me connaissent savent que j'aime les chars, par exemple. Je demeure à Montréal et j'en ai quatre. Pis j'en veux d'autres. Pourtant, je n'en ai pas besoin pantoute. Mais j'aime ça. Donc j'en achète et je n'arrive pas à arrêter. Encore la semaine passée, je suis allé en voir un à vendre.

Mais en même temps, je me dis que la cigarette, elle, elle est légale, et pourtant, je n'ai jamais fumé de tabac. Ça, c'est une autre histoire, je dois l'admettre. Je suis né en 1995 et, durant la fin de mon primaire et tout mon secondaire, on nous a sermonnés en nous disant presque que la cigarette, c'était le diable incarné. Elle a carrément été démonisée. Bref, autour de moi, il n'y a pas grand monde qui fume la cigarette, mais tout le monde fume du weed.

Alors que la société est polarisée entre ceux qui jubilent à l'idée de pouvoir consommer légalement de la marijuana et ceux qui ont peur que toute la population soit complètement gelée à 9 h du matin l’été prochain, moi, je ne me sens interpellé par aucun des deux camps.

Je suis comme l’incarnation de la Suisse, dans ce débat.

C'est peut-être égoïste de penser comme ça, mais, pour moi, si le pot devient légal, ça ne changera rien.

Et si le pot légal est plus cher que le pot dans la rue, ben, mes amis, ils vont continuer de l'acheter sur le marché noir. Parce qu'enrichir ou non le crime organisé, quand t'es sur ton balcon un vendredi soir avec tes chums, tu t'en crisses ben.