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Une bande criminelle inondait les États-Unis de pot québécois

Un Montréalais vient d’échouer dans sa tentative d’éviter la justice américaine

elisabeth barrer
Photo d'archives Les policiers ont saisi 416 kg de pot, 25 kg de cocaïne et 2,8 millions $ en argent comptant dans cette enquête. Chaque semaine, pendant quatre ans, le réseau a exporté entre 20 et 40 poches de hockey remplies de marijuana québécoise en sol américain.

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Un Montréalais qui aurait aidé un audacieux réseau de contrebandiers à exporter pour un milliard $ en pot québécois devra aller s’expliquer devant la justice américaine.

Leslie Grant vient d’apprendre que l’arrêt Jordan, rendu par la Cour suprême afin de réduire les délais judiciaires au Canada, « ne peut s’appliquer dans le contexte d’une demande d’extradition » comme celle dont il fait l’objet depuis son arrestation en 2014.

En rendant cette décision la semaine dernière, le juge Guy Cournoyer a ordonné l’incarcération de l’homme de 38 ans jusqu’à ce qu’il soit escorté à Albany, dans l’État de New York, où il risque jusqu’à 20 ans de taule.

elisabeth barrer
Photo courtoisie

« Passoire de fer »

Grant, qui habitait à Pierrefonds, fut l’une des dernières cibles de l’opération « Rideau de fer » de la DEA (Drug Enforcement Administration), qui a mené une quinzaine de Québécois devant les tribunaux américains.

Ceux-ci ont tous été accusés d’avoir transporté de la drogue ou de l’argent pour une organisation criminelle qui a inondé la côte Est américaine de quantités massives de « Quebec Gold », entre 2006 et 2009.

À l’évidence, le « Rideau de fer » à la frontière avait plutôt des allures de passoire. Chaque semaine, ce réseau faisait passer entre 500 et 900 kg de marijuana canadienne dans le nord des États-Unis, pour un chiffre d’affaires potentiel d’un milliard $ sur quatre ans, selon des documents de cour dont Le Journal a obtenu copie.

La drogue était camouflée dans des poches de hockey transportées par des convois de camionnettes ou de motoneiges. Ils traversaient souvent la frontière par la réserve mohawk d’Akwesasne.

Cocaïne en sens inverse

Des chauffeurs qui devançaient le cortège sans rien transporter étaient chargés d’avertir leurs complices par radio quand ils voyaient des patrouilleurs ou de faire exprès pour que les policiers les interceptent, afin que les contrebandiers aient la voie libre.

Payés à peine 1000 $ du voyage, les « courriers » québécois allaient aussi collecter aux trafiquants américains la part de leurs employeurs sur la vente de pot à New York et à Boston.

Une partie de cet argent était réinvestie « chaque semaine » pour commander à des associés californiens du réseau « des douzaines de kilos de cocaïne » à destination de Montréal.

En plus d’avoir transporté de la mari, Grant aurait rapporté 182 000 $ en argent sale et 25 kg de cocaïne au Québec, selon des témoins collaborateurs de la poursuite.

Les frappes de la DEA semblent toutefois avoir semé la zizanie au sein de cette PME clandestine du pot.

<b>Leslie Grant</b></br>
<i>Accusé</i>
Photo courtoisie
Leslie Grant
Accusé

Un agent de la DEA allègue qu’au printemps 2012, Leslie Grant lui aurait admis avoir fait feu en direction du présumé « numéro 2 » du réseau, Mihale Leventis.

« Il croyait que “Rookie” [surnom de Leventis] avait eu le contrat de le tuer à la demande d’un membre de la pègre irlandaise », soutient par écrit l’agent Michael Norian.

Contrat de meurtre

Selon le SPVM, Leventis a échappé à une tentative de meurtre au restaurant Cavalli de la rue Peel, le 9 novembre 2011. Grant a nié ces allégations devant le juge Cournoyer. Détenu à Montréal, Leventis conteste son extradition devant la Cour d’appel.

<b>Jeffrey Colegrove</b></br>
<i>Détenu</i>
Photo courtoisie
Jeffrey Colegrove
Détenu

La DEA allègue que le dirigeant du réseau serait le Montréalais Jeffrey Colegrove, qu’elle associe à la pègre irlandaise. Colegrove n’est pas accusé ni visé par ces procédures d’extradition. Il purge une peine de 12 ans de pénitencier pour possession d’un kilo de cocaïne à Montréal.


Une enquête du Journal, publiée en février 2015, a établi que la fugitive Elisabeth Barrer, 32 ans, qui fut assassinée par balles à Lachine, au printemps 2014, était reliée à cette organisation. Son meurtrier court toujours.

Opération Rideau de fer

  • Le réseau aurait fait passer aux États-Unis entre 450 et 900 kg de pot québécois par semaine, de 2006 à 2009, soit jusqu’à 180 tonnes en quatre ans.
  • Le prix de leur livre de pot variait entre 2300 $ et 3700 $, pour des recettes annuelles potentielles de 300 millions $.
  • Le leader des « courriers » du réseau, Steven Sarti, de Brossard, âgé de 23 ans lors de son arrestation en 2009, a été condamné à 64 mois d’incarcération.