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Voyage au centre de ma chair

Voyage au centre de ma chair

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J’ai toujours la liberté de choisir mes sujets ainsi que la façon dont je vais les aborder. Par contre, on m’a demandé cette semaine de parler de «se relever après l’épreuve». Comme c’est un sujet auquel je m’identifie facilement, j’ai eu envie de parler de ma plus grande épreuve à moi et de comment je l’ai surmontée.

Je sais que mon expérience entre dans la catégorie des sujets tabous. Ce qui est stressant avec les sujets tabous, c’est que comme on n’en parle jamais, on ne sait pas non plus s’il y aura de la place pour les entendre. Tout ce que je sais, c’est que j’ai envie de sortir cette histoire-là de mon ventre, parce que je veux faire de la place à autre chose.

Dans quelques semaines, ça fera 3 ans que j’ai vécu l’expérience la plus éprouvante de ma courte vie. Trois ans depuis que mon chum a eu à subir l’image de sa blonde qui franchit une ligne qu’on ne devrait jamais franchir. Trois ans depuis que mes parents ont été appelés pour assister à la scène de leur fille qui tenait un rôle qui ne lui allait pas du tout.

Si ce n’était que de ça, je préférerais oublier cet anniversaire. Sauf que je tiens à m’en rappeler, parce que dans quelques semaines, ça fera aussi 3 ans que ça va de mieux en mieux.

Sans entrer dans les détails, en 2015 j’ai traversé une période qui ressemblait à un grand labyrinthe. J’étais perdue, j’avais peur et je commençais à penser qu’il n’y avait pas d’issue. Je me souviens qu’à ce moment-là, un psychologue m’a dit que j’avais toutes les réponses enfouies en moi. Alors, pour les trouver, j’ai commencé me couper des petites fenêtres sur le corps, pour voir mieux à l'intérieur. Évidemment, ce que j’y ai vu m’a beaucoup plus mêlée qu'autre chose.

J’avais 18 ans. J’étais censée être dans la fleur de l’âge, mais je ressemblais à un pétale qui avait pris au vent pour aboutir dans du barbelé. À force de me déchirer de plus en plus, j’ai fini par vouloir m’engourdir le bobo pour de bon. Un peu comme Obélix qui est tombé dans la potion quand il était petit, j’ai pensé que si je les prenais toutes d’un coup, peut-être que je n’aurais plus jamais besoin de Tylenols de ma vie.

Ce moment-là a marqué la fin d’un chapitre. Il a fallu que ça en arrive là, mais c’est aussi ce qui m’a donné un élan pour l’ascension. Remonter la pente ce n’est pas facile, mais quand tu te sauves de ce qu’il y a en bas parce que tu sais que tu ne veux plus jamais retourner là, je garantis que tu n’hésites pas à donner les coups de pédales que ça prend.

C’est ce qui est arrivé. J’allais mal, puis un moment donné je me suis tannée. Ça ne me tentait plus d’être en position de victime. Ça ne me tentait plus d’attendre que le bonheur me tombe sur la tête. Ça me tentait plus de m’inventer des excuses.

Mais se relever après l’épreuve, c’est pas mal plus que le nom de 42 000 livres de développement personnel. Parce que se relever après l’épreuve, c’est aussi de retomber. Ça se peut que même si ta tête souhaite aller ailleurs, par habitude, tes pieds finissent quand même par retourner prendre le chemin le plus souvent emprunté. Même si ce n’est pas le plus beau. C’est correct. L’avantage avec les pieds, c’est que tu peux les virer de côté pour faire demi-tour et te ré-enligner.

Quand tu traverses un grand labyrinthe, il n’existe pas de raccourcis vers la sortie. Ça vaut vraiment la peine que tu apprennes à trouver ton chemin par toi-même, parce que des dédales sinueux et recouverts de garnotte, la vie t’en réserve surement d’autres. Heureusement, avec le temps tu apprends à t’outiller. Tes labyrinthes deviennent pas mal plus faciles à traverser quand tu as une lampe de poche pour t’éclairer et un jet-pack pour t’élever au-dessus de ton problème puis avoir une vision d’ensemble.

Tout le monde a son lot d’épreuves qui les gruge. Je pense que c’est parce que notre but sur Terre, c’est de remplir nos trous. Naitre passoire et mourir casserole. Un excellent truc pour remplir ses trous, c’est d’en jaser.

Moi, je me suis relevée depuis mon épreuve. Ça commence à faire un bon moment déjà que je me tiens debout, et je m’en viens assez solide sur mes pattes. Ça ne veut pas dire pour autant que je suis tout à fait étanche. Mais aujourd’hui, juste en m’offrant un petit peu de place pour vous en parler, vous venez de m’aider à patcher un trou de plus.


► Vous pouvez entendre Rosalie Bonenfant sur les ondes du 107,3 Rouge tous les vendredis matin à 7 h 30.