/sacchips/inmybag
Navigation

Le Salon de l’Amour et de la Séduction: la fois où j’ai été surprise de voir autant de pénis sans mouiller

Le Salon de l’Amour et de la Séduction: la fois où j’ai été surprise de voir autant de pénis sans mouiller
Photos Myriam Lafrenière

Coup d'oeil sur cet article

Je pensais que le Salon de l’Amour et de la Séduction c’était une série de kiosques de personnes en robes de mariée avec des fleurs dans les cheveux, des sexologues qui te proposent thérapies de couple et mots coquins à chuchoter, des cœurs au chocolat et quelques strap-on pour jouer aux aventuriers. C’est plutôt un immense sex-shop avec sucettes en forme de vulves, soumis attachés à une croix et danseuses burlesques qui portent un mignon serre-tête en forme de hamburger.

Pendant trente minutes j’avais discuté avec la copine qui m’y accompagne d’un artiste qui fait de la peinture avec son pénis. Je trouvais que c’était glorifier la queue sans raison et que ça n’avait rien à voir avec l’amour ou la séduction. « Je ne juge pas ceux que ça séduit, il doit y en avoir, mais je serais plus séduite par une fille qui m’apprendrait enfin à tailler un cœur dans le poil de ma chatte. » Je ne comprenais pas ce que ferait ce mec parmi toutes les personnes que j’imaginais habillées thématique Saint-Valentin chanter Crazy in Love de Beyonce.

 

Quand j’entre finalement au Salon, je me trouve naïve. Les lumières sont plus que tamisées. Il n’y a pas de sexologue, mais une docteure et animatrice radio qui projette sur grand écran des fautes d’orthographe et l’image d’une fille qui joue avec une grosse banane.

Gâteau en forme de pénis et bonbons pétillants pour sexe oral

Alors que nous observons un bodypainter dessiner un geai bleu sur la cuisse d’une cliente, Laura Hubert, une jeune pâtissière, nous propose une bouchée au caramel. Mon amie refuse parce qu’elle est allergique au gluten, au sperme et aux petites culottes made in China. Laura Hubert nous parle de sa cuisine, de ses prochaines confections (« Je ne fais pas que des gâteaux en forme de pénis. Mon prochain projet est une licorne végane. ») et de son plus grand admirateur, son amoureux, qui, avant de la connaître, n’aimait pas les desserts. Depuis qu’elle l’a abordé pendant une partie de basketball, les deux se soutiennent et sont fiers l’un de l’autre. « Et il fait souvent le ménage », qu’elle me dit, complètement sous le charme.

Ma copine et moi croyons avoir vus des pompiers, alors je lui dis que je veux absolument les rencontrer. Je ne lui dis pas que j’ai l’habitude de crier très fort dès que j’en vois. Elle me prévient que ce ne sont pas des vrais et je déchante un peu. Nous les trouvons après que j’aie hésité à acheter des BJ Blast, des bonbons pétillants pour le sexe oral. J’entends quelqu’un près de moi annoncer un truc dangereux : « Je voulais le sucer sensuellement, mais je ne peux pas résister à l’envie de croquer. »

Conseil de séduction d’un pompier : « Les pipes peuvent te sauver. »

 

Je déclare aux pompiers que je les aime. Ma copine rit de moi et je suce nerveusement ma sucette, donnant l’impression pour la première fois de ma vie que je suis prête à mouiller en gros chandail de laine dans un party de bachelorettes. Je raconte à personne la fois où j’ai baisé dans une garde-robe avec un danseur nu, entre un balai et des produits d’entretien, ce qui m’avait valu une réputation incroyable parce que la rumeur était que j’avais baisé avec les trois danseurs invités à une fête entre collègues (je ne travaillais pas comme chroniqueuse au Sac de Chips à l’époque, mais dans un studio de webcam, un travail que j’ai lâché parce que me masturber devant des écrans d’ordinateur me donnait des conjonctivites à répétition).

Lorsque je propose à un des pompiers de la compagnie Ducharme Productions de me confier un conseil de séduction, il me dit que c’est important d’être authentique. Je lui réponds que c’est ce que tout le monde répète. Il ajoute que tout est dans le regard. « Si tu n’as pas de yeux, tu fais quoi? », que je demande en souhaitant gagner le prix de la question la plus profonde et empathique du monde entier. « Si tu n’en as pas, va au gym. Essaie d’avoir des pipes. Si tu es capable d’avoir des pipes, ça peut te sauver. »

 

« Le 1er janvier il y avait 16 000 personnes dans ma chambre. »

Nous marchons un peu n’importe où, placotant d’une nouvelle laveuse frontale qui ne tache pas les vêtements et des expériences sexuelles d’une copine qui a utilisé avec un peu trop d’ardeur un strap-on lors d’un trip à trois. Une mannequin pour un site de webcam aux yeux verts et amicaux nous attire. Je veux lui demander une question aussi originale que celle que j’ai posé au pompier, mais la jeune femme nous parle tout de suite avec candeur de son quotidien et du site pour lequel elle travaille depuis le mois de novembre. « Je m’appelle Nelly Spicy. Spicy parce qu’avant je portais une perruque rousse. Mais les abonnés du site ont vu que c’était faux. C’est difficile à mettre une perruque, mais encore plus de la garder bien en place, quand tu es couchée et que tu te touches avec un jouet. Ils m’ont pardonnée depuis, mais c’est vraiment important d’être soi-même. C’est la personnalité qui fait le succès des filles », clame-t-elle, avant de préciser que jouer avec les lumières et bien éclairer ses seins est une bonne stratégie également. Ma copine et moi sommes fascinées par cette fille qui apprécie les costumes de collégienne, joue aux échecs en ligne avec un client, vend les oreillers sur lesquels elle a squirté, et s’excuse quand elle prononce le mot slut.

Nelly Spicy parle avec enthousiasme des abonnés à sa page, auxquels elle laisse l’honneur de nommer ses jouets sexuels. « J’ai un dildo multicolore. Un ami l’a surnommé Skittles. Je réussis à me faire payer en extra pour chaque couleur que j’entre en moi. » Elle tourne son ordinateur vers moi, pour me montrer ses statistiques. « Le 1er janvier il y avait 16 000 personnes dans ma chambre. »

 

Un ex enseignant en foresterie me mansplain sur la guerre des sexes et les dangers du cellulaire

Si la soirée s’était terminée avec Nelly qui nous parle avec fierté de cordes et d’ouverture d’esprit, j’aurais été comblée, mais un homme nous arrête pour nous offrir des massages. Quand nous refusons, il nous entretient des problèmes entre les hommes et les femmes : « C’est une épidémie. Il y a une division terrible entre les sexes. Je vois ça depuis longtemps. J’enseignais en foresterie avant et je voyais ça chez mes étudiants. Il y en a que pour le capitalisme sauvage et le puritanisme. Il y a toujours eu des mononcles. On en parle maintenant pour enlever des statuts et faire de l’argent. On se demande pas si Jutra et Rozon étaient avec des gens aussi cochons qu’eux. Je dis pas que c’est correct ce qu’ils ont fait, mais ça a toujours été comme ça. » Je décide de garder un visage neutre devant son délire et le collier qu’il porte comme s’il était une vedette de Disney de treize ans. Je lui demande alors ce serait quoi, pour lui, la solution à cette épidémie. « Ce serait de fermer son cellulaire. Même les vendeurs ambulants au Mexique ou à Cuba, ils ne m’achalent plus, ils sont tous sur leur téléphone eux aussi maintenant. »

Le Salon de l’Amour et de la Séduction, là où une modèle de webcam convient que les gens sont extrêmement seuls, où un mec peint avec son pénis et où les massages ne sont pas nécessairement rassurants. Et où, en partant, je croise une copine, nous nous sautons dans les bras, et elle m’apprend qu’elle vient de presque gagner un concours de twerk.