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L’école est un cauchemar

Un jeune de 13 ans, qui ne croit pas à son diagnostic de douance, a changé d’école trois fois au primaire

L’école est un cauchemar
Photo collaboration spéciale, Sophie Lavoie

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À 5 ans, Fabrice Déry voulait devenir écrivain. Plus tard, il voulait ouvrir son propre musée, être photographe ou historien. Le Saguenéen de 13 ans refuse encore de croire qu’il est doué, mais l’école « normale » est pour lui un cauchemar au quotidien.

« Fabrice a un parcours scolaire en dents de scie. Il est allé à l’école pendant certaines périodes, d’autre fois il restait à la maison, car il était anxieux à l’idée de se rendre en classe. Il faisait des crises, dit sa mère, Dominique Coulombe. Les gens ne le savent pas, mais l’enfant doué a des besoins... de grands besoins. »

Son garçon, qui est maintenant en première secondaire, a eu une relation difficile avec l’école dès les premiers jours de maternelle, où il avait même fini par crier dans les corridors.

« Il m’avait expliqué qu’il était tanné de faire la même affaire... on fait des ronds, on nomme les couleurs, on compte les jours de la semaine. Il était tellement mal. Il avait crié et on l’avait mis longtemps face à un mur », explique Mme Coulombe.

Comme d’autres surdoués, Fabrice savait lire avant même de commencer l’école.

Selon sa mère, il faisait semblant de ne pas savoir lire à un certain moment, car il adorait qu’on lui lise des histoires.

Néanmoins, au fil des années, sa relation avec l’école ne s’est jamais vraiment améliorée.

« Plus ça avançait, pire c’était. Il me disait : “Moi, je n’ai pas le temps d’aller à l’école... C’est une perte de temps, j’ai des choses à faire et là je n’ai pas le temps” », raconte Mme Coulombe.

Résultats en chute libre

À plusieurs reprises, il a été retiré de l’école. Il a dû faire ses études à la maison.

Il a changé trois fois d’école primaire. Il a aussi sauté une année de la première à la deuxième, mais cela n’a pas été suffisant, dit la mère.

Ses résultats scolaires sont passés de 100 % à 60 %, jusqu’à ce qu’il arrête tout simplement de remettre ses travaux.

Puis à 9 ans, une psychologue a proposé aux parents du jeune de lui faire passer des tests de douance.

« On a appris que Fabrice était doué. Lui, dans sa tête, il y a plein d’idées qui trottent. Il a plein de projets et de questionnements. Il est en ébullition. Faire ses petits exercices dans les cahiers d’école, ça le tue », dit Mme Couloumbe.

C’est que Fabrice comprend vite et il le dit lui-même, il a horreur de répéter des choses. « Mais ça ne veut pas dire que tout est plus facile moi », dit le garçon qui s’exprime comme un adulte au bout du fil, avec une articulation impeccable.

Plusieurs intérêts

Bien que Fabrice éprouve des difficultés à entrer dans le moule pour ce qui est de l’école, c’est un jeune d’une grande curiosité qui s’intéresse à tout.

Il était perfectionniste dans tout ce qu’il faisait déjà très jeune. À 5 ans, il voulait aménager un coin de la maison pour commencer à écrire des livres...

Mais l’école, il n’arrivait pas à s’y faire.

« J’aime bien apprendre, mais quand vient le temps d’appliquer et de répéter, ça m’ennuie énormément et j’ai de la difficulté à travailler », dit-il.

Ce qu’il aime dans l’école, c’est le concret et le côté social, avec les élèves et les professeurs.

« Mais en même temps, je trouve ça difficile, parce que les gens n’étaient pas toujours gentils avec moi. Je n’ai aucune idée pourquoi. »

Le jeune refuse encore de croire qu’il est doué.

« Je ne me sens pas différent des autres élèves, assure-t-il. Et je ne veux pas en parler aux autres, parce que sinon ils vont avoir des attentes plus exigeantes. Ils vont me donner beaucoup de choses à faire et ça m’énerve. Ça devient un désavantage. »

Fini, l’école

Cette année, Fabrice ne fréquente pas l’école secondaire avec les autres élèves.

« L’an passé, j’ai eu des problèmes avec l’école, j’ai terminé mon année avec un professeur à la maison. Cette année, je continue de le voir. J’aime ça, il est assez intelligent. C’est intéressant de parler avec lui. On aborde des sujets qui m’intéressent. On ne parle pas juste de l’école... », raconte-t-il.

 

Des intérêts très variés

  • Il est passionné d’histoire, de culture, de langue française.
  • Il joue de la harpe.
  • Il adore la technologie, le jeu de rôle grandeur nature et les bandes dessinées.
  • Il a lu toutes les bandes dessinées Tintin, Astérix, les Gaston Lagaffe et Torgal.
  • Il a eu une passion passagère pour les mouches à pêche, les bateaux.
  • Il a pratiqué le piano, mais sentait qu’il l’avait suffisamment exploré et ne voulait pas continuer.
  • Il a pratiqué le judo.
  • À 3 ans, il racontait déjà des récits qui duraient des heures.
  • Très jeune, il fabriquait des mondes miniatures.
  • Il se laisse toutes les portes ouvertes pour ses plans de carrière.

 

Un plan sur mesure pour lui

 

Au lieu d’aller à l’école secondaire avec les autres jeunes de son âge le matin, Fabrice Déry suit des cours individuels de français, de maths et d’anglais avec un enseignant qui est lui aussi surdoué.

L’après-midi, il fréquente une école alternative où il s’occupe entre autres d’une serre et développe des comportements écoresponsables.

La Commission scolaire des Rives du Saguenay a mis sur pieds ce plan scolaire individualisé spécialement pour lui.

La directrice adjointe aux services éducatifs, Catherine Gagné, explique que l’enseignement traditionnel ne répondait pas aux besoins de Fabrice.

« Le sens critique et social de certains enfants à haut potentiel est tellement aiguisé que ça cristallise plus des habiletés sociales incompétentes dans un fonctionnement de groupe où l’on remet tout en question, où l’on questionne le prof, où l’on doute de tout ce qu’on nous dit. C’était le cas de Fabrice », dit la directrice adjointe.

Il avait besoin de vivre du succès, de se reconstruire une image positive du milieu scolaire, de faire des projets concrets qui ont du sens pour lui et de créer des liens significatifs, notamment avec des adultes, ajoute-t-elle.

Il est stagiaire

Le matin, Fabrice suit donc son cursus scolaire normal en accéléré, seul avec un enseignant. Ensuite, il se rend à l’école Au millénaire, à Saguenay, un nouveau concept d’établissement scolaire où l’on enseigne les langues, l’horticulture, la transformation des produits et où les technologies virtuelles sont de pointe.

« Il n’est pas étudiant, mais plutôt stagiaire. Il travaille avec une technicienne sur les produits de la serre et réfléchit sur les comportements écoresponsables. Il accompagne les élèves dans leurs projets. Je crois que c’est un milieu ultra stimulant pour lui. Mais on est encore juste au début », explique Mme Gagné.

L’objectif demeure de diplômer Fabrice, dit-elle, en sachant qu’il a les capacités d’entreprendre des études supérieures.

« C’est vraiment une réponse individuelle à un élève qui avait des besoins particuliers. Il n’existe pas de programme spécifique pour les jeunes comme lui ici », dit-elle.

La directrice adjointe travaille actuellement sur trois autres dossiers de jeunes doués en difficulté dans la région.